Partenaire RAF Academy — formations Intelligence Artificielle. Six modules pour professionnels, dès septembre 2026. Découvrir les formations

Café africain : qui capte la valeur ? Trois chiffres

Infographie sur la valeur du café africain : accises belges, taxe allemande et réexportations

Dossier — Qui capte la valeur ? (épisode 1/6). Du champ africain au milliard d’euros allemand : trois chiffres pour ouvrir l’enquête. 228 millions d’euros : ce que le Trésor belge a encaissé en accises sur le café en seize ans, sans posséder un seul caféier. 1,038 milliard d’euros : ce que la taxe allemande sur le café a rapporté à Berlin pour la seule année 2025. 66 % : en 2024, les réexportations belges de café vert ont représenté près des deux tiers des volumes importés la même année. Trois chiffres, trois indices d’une même énigme économique — celle que Notre Afrik va suivre, épisode après épisode, du champ africain jusqu’à la tasse européenne : au bout de la chaîne, qui capte la valeur du café ?

Trois chiffres de la chaîne de valeur du café africain : 228 millions d'euros d'accises en Belgique, 1,038 milliard en Allemagne, 66 % de réexportations
Infographie Notre Afrik — sources : SPF Finances, Destatis, CBI/Eurostat

Le temps : 228 millions d’euros, seize ans, un métronome

Le premier chiffre vient de la comptabilité de caisse du Service public fédéral belge des Finances, que nous avons dépouillée exercice par exercice. Entre 2010 et 2025, la Belgique — un pays où le café ne pousse pas — a perçu 228 millions d’euros d’accises sur le café mis à la consommation sur son territoire : près de 150 milliards de francs CFA, au rythme d’environ 9 milliards de FCFA par an, avec une régularité que ni la crise financière, ni le Covid, ni les plus violentes secousses des cours mondiaux n’ont entamée. Ces recettes portent sur tout le café consommé en Belgique, quelle qu’en soit l’origine — nous y reviendrons. Ce qu’elles établissent dès maintenant est plus simple : à l’extrémité de la chaîne, dans les pays où le café se boit, il existe aussi une valeur fiscale, largement indépendante du prix auquel le grain a été acheté au producteur.

L’échelle : un milliard d’euros en une seule année

Le deuxième chiffre donne la mesure du phénomène. En Allemagne, premier marché du café d’Europe, la Kaffeesteuer a rapporté 992 millions d’euros en 2024 et 1,038 milliard en 2025, selon l’office fédéral de statistique. Un milliard d’euros — 681 milliards de FCFA — prélevés en douze mois par un État sur une boisson dont pas un grain ne pousse sur son sol. Soit, en 2025, environ soixante-quatorze fois la recette belge. La Kaffeesteuer allemande existe, elle, depuis des décennies. Nous consacrerons un épisode entier à cette fiscalité du café et à ce qu’elle pèse face au revenu des producteurs.

Le mouvement : le café qui ne fait que passer

Le troisième chiffre déplace le regard de l’impôt vers les flux. En 2024, environ 282 000 tonnes de café vert ont été importées en Belgique, tandis qu’environ 184 000 tonnes ont été réexportées vers le reste de l’Europe — un volume équivalent à près des deux tiers des importations de l’année. La Belgique importe plusieurs fois plus de café qu’elle n’en boit : elle ne se contente pas de le consommer, elle le réceptionne, l’entrepose, le finance, le négocie et le réexpédie. Anvers, régulièrement décrit comme le premier lieu de stockage de café vert au monde, est le cœur de ce système — et il aura, lui aussi, son épisode.

Ce que racontent ces trois chiffres ensemble

Pas que l’Europe « vole » le café africain — ce serait la conclusion avant l’enquête. Ils racontent quelque chose de plus intéressant : entre le champ où naît le grain et la tasse où s’achève son voyage, une économie entière se construit. Transport, stockage, financement, négoce, transformation, distribution, fiscalité : à chaque étape, de la valeur apparaît et change de mains. Au départ de la chaîne, le producteur reste largement exposé au prix agricole ; à l’arrivée, une partie de la valeur est devenue fret, entreposage, warrant, marge industrielle, marge commerciale et prélèvement fiscal. La question qui traverse ce dossier tient en une phrase : quelle part revient à celui qui a cultivé le café ?

Comment nous allons enquêter

Notre méthode sera la même à chaque épisode : suivre le produit, suivre l’argent, identifier les acteurs, mesurer ce qui reste en Afrique — et distinguer, à chaque étape, ce qui est mesuré de ce qui reste à établir. Après ce premier volet, nous suivrons un kilo de café de la parcelle au rayon du supermarché (épisode 2) ; nous entrerons dans les entrepôts d’Anvers pour comprendre qui gagne quoi quand le café dort (épisode 3) ; nous poserons la question structurelle — pourquoi l’Afrique exporte-t-elle encore l’essentiel de son café vert, non transformé ? (épisode 4) ; nous détaillerons ce que les fiscs des pays consommateurs prélèvent, et le comparerons à ce que touche le planteur (épisode 5) ; et nous terminerons par les stratégies de reconquête — pays pionniers, Organisation interafricaine du café, ZLECAf, et ce règlement européen contre la déforestation (EUDR) qui, à partir de fin décembre 2026, peut redistribuer la chaîne de valeur ou alourdir encore la facture des producteurs : la question sera posée, pas tranchée d’avance.

Qui produit, qui stocke, qui transforme, qui finance, qui taxe — et, au bout de la chaîne, qui capte la valeur ? Réponse en six épisodes.

CAFÉ AFRICAIN — QUI CAPTE LA VALEUR ?

Une enquête Notre Afrik en six épisodes. Retrouvez tous les épisodes et le calendrier de publication sur la page du dossier. Prochain épisode, la semaine prochaine : « Le voyage d’un kilo ».

Sources

SPF Finances (Belgique), open data « Recettes totales selon la nature et selon l’administration : réalisations », détail des accises (tableau 1.2.1), extraction du 28 août 2026 : série des recettes de l’accise café 2010-2025, comptabilité de caisse — cumul de 228 057 973 euros.

Destatis (office fédéral allemand de statistique), base GENESIS, recettes fiscales par impôt : Kaffeesteuer, 992,3 millions d’euros (2024) et 1 037,9 millions d’euros (2025).

CBI (Centre de promotion des importations, ministère néerlandais des Affaires étrangères), données Eurostat : importations belges de café vert (~282 000 tonnes) et réexportations (~184 000 tonnes) en 2024.

Parité fixe : 1 euro = 655,957 FCFA.

Articles similaires

Get the app