Ouagadougou a validé le 22 juillet 2026 un programme national de recherche sur la tomate. La décision arrive après l’ouverture de deux unités de transformation fin 2024, une troisième en préparation, et une suspension des exportations de tomates fraîches en mars 2026 pour sécuriser l’approvisionnement des usines. La séquence dit l’essentiel : l’industrie a été construite avant la matière première.
La chronologie qui explique la décision
L’ordre des événements est plus éclairant que le programme lui-même. En novembre 2024, la Société burkinabè de tomate (SOBTO) entre en service ; un mois plus tard, la Société Faso Tomates (SOFATO) démarre à son tour, une troisième unité étant prévue à Tenkodogo. Chacune affiche une capacité annoncée de 100 tonnes par jour, pour un financement public de l’ordre de 5 à 5,65 milliards de francs CFA et plusieurs centaines d’emplois attendus.
En mars 2026, le gouvernement suspend la délivrance des autorisations spéciales d’exportation de tomates fraîches, afin de réserver la matière première à des transformateurs confrontés à des difficultés d’accès. En juillet 2026, un programme de recherche couvrant la période 2026-2031 est validé lors d’un atelier réunissant l’interprofession, les services de vulgarisation et des chercheurs. Autrement dit : les usines ont été construites, elles ont manqué de tomates, l’État a fermé la vanne de l’exportation, puis s’est tourné vers la recherche agronomique. Le programme n’est pas le point de départ d’une stratégie industrielle, il en est la réponse corrective.
Le problème n’est pas seulement le rendement
Une filière destinée à la transformation ne pose pas les mêmes exigences qu’une filière de tomate fraîche. Le concentré requiert des variétés à forte teneur en matière sèche, une récolte concentrée dans le temps pour alimenter l’usine en continu, une logistique de collecte rapide et des volumes contractualisés à l’avance. Aucune de ces conditions ne se décrète : elles supposent des semences adaptées, des contrats de production entre usines et producteurs, et un prix d’achat garanti supérieur à ce que le producteur obtiendrait sur le marché frais ou à l’exportation.
C’est précisément là que la suspension des exportations révèle une tension. Un producteur qui vendait à l’extérieur à un prix rémunérateur n’a aucune raison économique de livrer une usine locale à un prix inférieur. Fermer l’exportation contraint l’offre sans résoudre le différentiel de prix. Une politique durable ne peut donc reposer sur la seule interdiction : les producteurs ont besoin de contrats indiquant volumes, qualité, dates de livraison et prix, et de savoir qui supporte les pertes lorsque l’usine ralentit ou que les fruits ne répondent pas aux spécifications industrielles.
Ce que la recherche peut réellement apporter
Elle a un rôle net à jouer sur trois fronts : la sélection de variétés adaptées à la transformation et résistantes aux ravageurs ; la réduction des pertes après récolte, déperdition majeure dans les filières maraîchères sahéliennes ; et l’adaptation des itinéraires techniques, notamment la production de contre-saison. Ce dernier point est décisif : la tomate burkinabè est essentiellement une culture de saison sèche irriguée, et une usine qui ne tourne que quelques mois par an supporte des coûts fixes toute l’année. Étendre la fenêtre de production, c’est augmenter le taux d’utilisation des capacités industrielles.
La chaîne du froid reste le maillon faible. La tomate est périssable : une hausse des rendements n’a de valeur que si les fruits sont collectés rapidement, triés et acheminés. Les investissements dans les caisses, les pistes rurales, les centres de collecte et le stockage sont donc aussi importants que la sélection variétale.
Une politique cohérente, un séquençage discutable
Le programme s’inscrit dans l’offensive agropastorale des autorités de transition, dont la souveraineté alimentaire est le marqueur central. L’objectif de réduire les importations de concentré et de sauces est économiquement fondé. Mais la leçon vaut au-delà du Burkina Faso : plusieurs pays ouest-africains ont installé des unités de transformation avant d’avoir sécurisé les volumes agricoles correspondants. L’usine est visible, inaugurable, politiquement rentable ; la construction d’un bassin de production contractualisé prend cinq ans et ne se coupe pas de ruban. La prochaine preuve ne sera pas l’ouverture d’un nouveau bâtiment, mais la capacité des sites à acheter régulièrement une tomate burkinabè, à payer les producteurs et à vendre une pâte compétitive.







