Les chefs d’État africains réunis à Brazzaville à l’occasion des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque africaine de développement ont plaidé pour une accélération des investissements dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et du financement climatique.
Lors du Dialogue présidentiel organisé mardi en ouverture des travaux, plusieurs dirigeants ont insisté sur la nécessité pour l’Afrique de mobiliser davantage de capitaux privés afin de soutenir son développement économique dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et financières.
Une rencontre de haut niveau à Brazzaville
La table ronde a réuni le président gabonais Brice Oligui Nguema, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, le président congolais Denis Sassou N’Guesso ainsi que le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Dr Sidi Ould Tah.
Les échanges se sont déroulés au Centre international de conférences de Kintélé, à Brazzaville, devant un public composé de responsables gouvernementaux, de représentants d’institutions financières, de partenaires au développement, d’acteurs du secteur privé et de membres de la société civile, autour du thème : «Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté»
Le Gabon mise sur la biodiversité et l’écotourisme
Le président Brice Oligui Nguema a présenté la stratégie du Gabon visant à transformer ses ressources naturelles et forestières en moteur de croissance durable.
Le dirigeant gabonais a notamment évoqué les initiatives mises en place pour valoriser les crédits carbone et développer la finance liée à la biodiversité grâce à une agence spécialisée chargée de gérer les actifs environnementaux du pays.
«Nous souhaitons développer nos forêts tout en préservant la nature», a déclaré le président gabonais, soulignant également le potentiel de l’écotourisme comme levier économique.
Il a appelé la communauté internationale à mieux rémunérer les pays du bassin du Congo qui contribuent à la préservation des grands écosystèmes forestiers mondiaux.
Le Congo veut accélérer son industrialisation
Le président Denis Sassou N’Guesso a insisté sur la nécessité pour les économies africaines de réduire leur dépendance aux hydrocarbures malgré le poids important du pétrole et du gaz dans les recettes nationales du Congo.
Il a mis en avant plusieurs projets industriels liés à l’exploitation des réserves de potasse, de phosphate et de gaz naturel afin de développer une industrie locale de production d’engrais destinée aux marchés africains et internationaux.
📣 Ne manquez plus rien de l’actualité africaine en direct sur notre chaîne WHATSAPP
Le chef de l’État congolais a également rappelé le rôle central de l’énergie dans le développement industriel du continent, évoquant notamment le potentiel hydroélectrique du bassin du fleuve Congo. «Il est impossible de parvenir au développement sans énergie», a-t-il affirmé.
Denis Sassou N’Guesso a aussi souligné l’importance de soutenir les activités agricoles et l’élevage dans les zones rurales afin de limiter la pression sur les ressources naturelles et la chasse.
La Centrafrique appelle à davantage d’investissements
Le président Faustin-Archange Touadéra a plaidé pour un soutien accru aux pays enclavés afin de développer les infrastructures routières, la production d’électricité et les réseaux régionaux de transport.
Selon lui, la stabilité retrouvée en République centrafricaine ouvre désormais des perspectives favorables aux investisseurs. «Nous avons un potentiel énorme», a déclaré le président centrafricain, estimant que plusieurs secteurs économiques du pays peuvent désormais attirer des financements internationaux.
Lire : BAD : cap sur une nouvelle architecture financière africaine
Il a également réaffirmé le soutien de son gouvernement à la Mission 300, initiative portée conjointement par la Banque africaine de développement et la Banque mondiale pour fournir un accès à l’électricité à 300 millions d’Africains d’ici 2030.
Mobiliser les capitaux africains
Interrogé sur le déficit de financement du continent, le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Dr Sidi Ould Tah, a estimé que l’Afrique dispose d’importantes ressources financières encore sous-exploitées.
Lire : BAD : Thierry Hot honoré par le Congo
Selon lui, près de 4 000 milliards de dollars détenus par des acteurs africains pourraient être mobilisés pour financer des projets rentables et structurants. «Le rôle du Groupe de la Banque est de collaborer avec les États et les institutions financières pour concevoir des projets bancables et mobiliser les financements nécessaires», a-t-il expliqué.
Dr Ould Tah a également insisté sur la nécessité d’améliorer le climat des affaires, de sécuriser les investissements et de renforcer les partenariats avec le secteur privé afin d’attirer davantage de capitaux étrangers.
La jeunesse au cœur du développement africain
Les discussions ont également mis l’accent sur le rôle stratégique de la jeunesse africaine dans la transformation économique du continent.
Pour plusieurs intervenants, le développement de l’éducation, de la formation technique et des compétences constitue un levier essentiel pour soutenir l’industrialisation et l’innovation. «La plus grande richesse de l’Afrique, ce ne sont pas ses ressources minières, mais sa jeunesse», a déclaré Brice Oligui Nguema .
Les dirigeants africains présents à Brazzaville ont ainsi appelé à une mobilisation collective autour des investissements énergétiques, des infrastructures vertes et du capital humain afin de renforcer la résilience économique du continent.