Les élections du 3 novembre 2026 donnent aux démocrates la majorité au Congrès américain, selon les projections de l’agence Associated Press (AP), mais ces résultats ne sont pas certifiés et les élus n’entreront en fonction que le 3 janvier 2027. Pour l’Afrique, la nouvelle majorité pourra voter des crédits et contrôler l’exécutif ; elle ne pourra ni annuler seule une décision de Donald Trump, ni garantir que l’argent voté sera dépensé. Et la première échéance, le 11 décembre 2026, tombe avant son arrivée.
Un résultat projeté, pas encore certifié
L’AP a attribué le Sénat aux démocrates dans la soirée du 3 novembre, puis la Chambre des représentants le 4 novembre. Au 5 novembre, selon le suivi de Roll Call, ils avaient pris sept sièges au Sénat et 42 à la Chambre, les républicains en gagnant deux à la Chambre. Le 6 novembre, CBS News indiquait que plusieurs courses restaient à départager.
Ce sont des projections de médias : les résultats officiels relèvent de la certification par chaque État, et le total des sièges peut encore bouger. Jusqu’au 3 janvier 2027, le Congrès sortant, à majorité républicaine, reste celui qui légifère.
Congrès américain et AGOA : l’échéance n’est pas fin 2026
L’African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui ouvre le marché américain sans droits de douane à certains produits africains, n’expire pas le 31 décembre 2026. Cette date, fixée par la loi de février 2026, a été repoussée au 31 décembre 2028 par la prolongation de l’AGOA promulguée début septembre 2026. Le nouveau Congrès n’a donc pas à sauver le programme : il hérite d’un dispositif en vigueur pour deux ans.
Le 2 novembre 2026, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a annoncé l’intention de Donald Trump de retirer l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’AGOA au 1er janvier 2027. Selon le Service de recherche du Congrès (CRS), ce retrait relève du président, qui doit prévenir le Congrès 60 jours avant. Or le 1er janvier précède de deux jours l’entrée en fonction des nouveaux élus.
Pour revenir sur une telle décision, il faudrait une loi, que le président pourrait bloquer par son veto, sauf vote aux deux tiers dans chaque chambre. Richard Neal, démocrate de la commission des Voies et Moyens de la Chambre, a déjà réclamé une explication détaillée à l’administration, selon Reuters.
Les droits de douane forment un autre plafond. Selon un rapport du CRS du 14 août 2026, les voitures particulières paient 25 % au titre de la section 232, et un droit de 12,5 % vise l’Angola, le Nigeria et l’Afrique du Sud au titre de la section 301. Le maintien de l’AGOA n’efface pas ces mesures, prises en vertu d’autres textes. Pour un exportateur, ce qui compte reste le droit réellement payé sur chaque produit, pas la couleur de la majorité.
Aide et santé : des crédits votés, pas forcément dépensés
Depuis le 1er juillet 2025, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) n’existe plus comme agence autonome. La loi de rescision signée le 24 juillet 2025 a annulé environ 7,9 milliards de dollars d’aide internationale, les sénateurs en ayant retiré 400 millions de coupes visant le Plan présidentiel d’urgence de lutte contre le sida (PEPFAR).
Fin août 2025, la Maison-Blanche a notifié une « rescision de poche » de 4,9 milliards de dollars, transmise si tard que les fonds expiraient avant tout vote. Le 26 septembre 2025, la Cour suprême a autorisé l’administration à ne pas dépenser environ 4 milliards, selon Roll Call. Une majorité peut donc inscrire un montant dans la loi sans être certaine de son décaissement.
Pour l’exercice 2026, la loi signée le 3 février 2026 prévoit 9,4 milliards de dollars pour la santé mondiale, selon la fondation américaine KFF. Pour 2027, le président demandait 5,1 milliards, quand le projet de la commission des crédits de la Chambre en retenait 8,9. La Chambre a adopté son texte le 15 juillet 2026 ; le Sénat ne l’avait pas examiné à la mi-septembre, selon le CRS.
Selon une fiche de KFF arrêtée au 8 octobre 2026, Washington a signé 36 accords bilatéraux de santé, dont 25 avec des pays d’Afrique subsaharienne, pour 15,9 milliards de dollars américains sur 2026-2030 et 10,3 milliards de cofinancement des pays partenaires, l’appui américain baissant de 34 %. Une partie de la facture passe donc aux budgets nationaux, à des conditions négociées pays par pays.
Visas et sécurité : contrôler, pas commander
Les restrictions d’entrée reposent sur l’article 212(f) de la loi sur l’immigration, qui permet au président de suspendre l’entrée de catégories d’étrangers. La proclamation 10998, en vigueur depuis le 1er janvier 2026, vise 39 pays, dont douze africains en suspension totale et quatorze en suspension partielle, selon le cabinet Alston & Bird et le site Wego. La pause des visas d’immigrant pour 75 pays a, elle, été annulée en août 2026 par un tribunal fédéral de New York, sans effet sur cette proclamation.
Pour changer la règle, le Congrès devrait voter une loi restreignant cet article, puis surmonter un éventuel veto. Même logique pour le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) : auditions, confirmations au Sénat et vote forcé possible au titre de la résolution de 1973 sur les pouvoirs de guerre, qu’un veto peut bloquer sauf majorité des deux tiers.
Trois dates et un contrôle à surveiller
- 11 décembre 2026 : fin du financement provisoire de l’État fédéral. Le Congrès sortant devra voter les crédits de 2027 ou prolonger ce provisoire.
- 1er janvier 2027 : date annoncée pour la sortie de l’Afrique du Sud et du Rwanda de l’AGOA.
- 3 janvier 2027 : début des mandats des élus du 3 novembre.
Le changement le plus concret tient au contrôle. La majorité de chaque chambre détient les présidences de commission, fixe l’agenda des auditions et dispose du pouvoir d’assignation. Cela peut signifier davantage de questions sur l’exécution des crédits de santé, les accords bilatéraux et les listes de visas, sans garantie de résultat.
Pour les gouvernements et les exportateurs africains, l’enjeu est donc de documenter les contrats, les emplois et les programmes de santé touchés, plutôt que d’attendre un revirement. Le vote du 3 novembre ouvre un contre-pouvoir ; il ne change encore aucune règle.