Le Congrès national africain (ANC) recule à 30,89 % aux municipales sud-africaines du 4 novembre 2026, selon le tableau de bord de la Commission électorale indépendante (IEC, Independent Electoral Commission), avec 99 % des voix dépouillées le 7 novembre. Ces résultats restent provisoires : à cette date, l’IEC ne les avait pas proclamés. L’ANC perd 14,7 points par rapport à 2021, et dans sept métropoles sur huit aucun parti ne dépasse la moitié des voix. La question devient donc : qui dirigera les grandes villes ?
ANC aux municipales : quel chiffre retenir ?
Plusieurs pourcentages circulent, et ils ne se contredisent pas. Les électeurs sud-africains votent sur deux bulletins principaux, l’un pour un conseiller de quartier, l’autre pour une liste de parti à la proportionnelle. Le tableau de bord de l’IEC additionne les deux : l’ANC y recueille 30,89 %, soit 9,07 millions de voix, relevé du 7 novembre vers 15 h, heure de Paris. Le site ESP, qui reprend ces données, le donnait quelques heures plus tôt à 31,1 % sur le seul bulletin proportionnel et à 30,9 % sur le bulletin de quartier.
La barre des 32 %, reprise par la presse, correspond à un état plus ancien : vendredi 6 novembre, avec 85,9 % des bureaux, l’ANC était donné à 31,8 %. L’IEC chiffre le recul à 14,7 points par rapport à 2021. Aux élections générales du 29 mai 2024, il avait recueilli 40,18 %, mais la comparaison porte sur un autre type de scrutin.
Le classement national provisoire de l’IEC s’établissait ainsi le 7 novembre :
- ANC : 30,89 %
- Alliance démocratique (DA, Democratic Alliance) : 24,59 %
- uMkhonto weSizwe (MK), le parti de Jacob Zuma : 9,63 %
- Combattants pour la liberté économique (EFF, Economic Freedom Fighters) : 6,25 %
- ActionSA : 5,68 %
Le MK, dont c’étaient les premières municipales, reste loin de ses 14,58 % de 2024. Le Parti communiste sud-africain (SACP), allié historique de l’ANC, se présentait seul à l’échelle nationale et recueillait 2,39 %.
Participation : un chiffre encore à confirmer
Masego Sheburi, directeur général adjoint des élections à l’IEC, a annoncé 15,9 millions de votants à titre préliminaire, selon le Mail & Guardian, qui en déduit environ 54,5 % de 29,2 millions d’inscrits. Les tableaux de résultats affichaient 52,0 % le 7 novembre, à partir des bulletins enregistrés. Les deux chiffres dépassent nettement les quelque 46 % de 2021.
La proclamation est attendue le dimanche 8 novembre selon Business Day et The Sowetan, l’IEC disposant de sept jours pour déclarer les résultats. Cet article sera actualisé avec les résultats définitifs.
Cinq métropoles pour la DA, Durban pour le MK
Le pouvoir local se joue conseil par conseil, en sièges. Le tableau de l’IEC donnait ceci le 7 novembre, en part des voix sur les deux bulletins :
- Le Cap : DA 53,95 %, avec 133 sièges pour 118 requis, seule majorité absolue.
- Johannesburg : DA 34,98 %, ANC 20,16 %, ActionSA 16,25 %, à 98 % du dépouillement.
- Tshwane (Pretoria) : DA 34,28 %, ActionSA 22,12 %, ANC 20,27 %, sans majorité : DA 74 sièges, ActionSA 48, ANC 44, et il en faut 108.
- Ekurhuleni : DA 31,1 %, ANC 21,7 %, ActionSA 18,55 %, à 98 % du dépouillement.
- Nelson Mandela Bay : DA 44,17 %, ANC 25,48 %, sans majorité : DA 53 sièges, ANC 32, et il en faut 61.
- eThekwini (Durban) : MK 39,72 %, DA 24,43 %, ANC 16,64 %, à 90 % du dépouillement.
- Buffalo City : ANC 42,01 %, Mouvement démocratique uni (UDM) 18,43 %, DA 16,89 %.
- Mangaung : ANC 33,91 %, DA 33,48 %, sans majorité : ANC 36 sièges, DA 33, et il en faut 51.
En voix, l’ANC ne mène donc plus que dans deux métropoles sur huit, et le recul y est brutal : 59,3 % à Buffalo City et 50,6 % à Mangaung en 2021, selon Business Day. Le panneau des métropoles de l’IEC le place pourtant en tête à Johannesburg et à Ekurhuleni, mais ce classement porte sur des sièges encore partiels : ces conseils y sont marqués « en cours », avec 57 sièges pour l’ANC et 50 pour la DA à Johannesburg, loin du total. Au Gauteng, province de Johannesburg et de Pretoria, l’IEC donne la DA à 34,04 %, devant l’ANC à 21,42 % et ActionSA à 16,96 %.
128 conseils sans majorité : qui négociera, et sur quoi ?
Le 7 novembre, l’IEC comptait 128 conseils sans majorité sur 213, 72 contrôlés par un parti, dont 51 par l’ANC et 12 par la DA, et 13 pas encore calculés. Geordin Hill-Lewis, chef de la DA, a estimé le 6 novembre à Midrand qu’environ 150 à 160 conseils devront être gouvernés par des coalitions. Il promet, selon Business Day, de publier tous les accords.
La DA annonce comme conditions, « non négociables » selon son chef, la lutte contre la corruption, les nominations au mérite et l’investissement dans les infrastructures. Dans le Gauteng, ActionSA devient un partenaire que personne ne peut ignorer : avec 22,12 % à Tshwane selon l’IEC, et Louw Nel, analyste politique chez Oxford Economics, jugeait la DA « en position de force » dans la province. Côté ANC, Nomvula Mokonyane, première secrétaire générale adjointe, a déclaré que son parti ne se voyait pas comme un parti appelé à disparaître et que ce scrutin lui donnait l’occasion de « se reconditionner ».
Le précédent de 2021, avec cinq métropoles sans majorité, a installé le risque que les habitants connaissent déjà : l’élection du maire, le vote du budget et le suivi des contrats dépendent d’accords entre partis aux priorités divergentes.
Gouvernement d’unité nationale, services : ce que change le scrutin
Le vote local ne touche pas au Parlement, où l’ANC, avec 159 sièges sur 400 depuis 2024, gouverne avec la DA et d’autres formations. Il modifie l’équilibre entre les deux partenaires. Fikile Mbalula, secrétaire général de l’ANC, avait lancé le 15 octobre « nous devons réexaminer la place de la DA » dans ce gouvernement, selon TimesLIVE. Nous n’avons retrouvé aucune déclaration officielle sur son avenir depuis le scrutin.
Ce gouvernement doit aussi gérer d’autres fronts, dont la menace américaine de sortir l’Afrique du Sud de l’AGOA et, pour Cyril Ramaphosa, la procédure liée à l’affaire Farmgate. Il serait pourtant excessif de lire ces municipales comme une projection des élections générales attendues en 2029 : les électeurs peuvent sanctionner une gestion locale sans changer de préférence nationale.
Tessa Dooms, directrice du Rivonia Circle, explique dans le Mail & Guardian que les défaillances municipales atteignent désormais des banlieues de classe moyenne qui s’en protégeaient en payant des services privés. Le test viendra après la proclamation, dans les conseils effectivement constitués et leurs premiers budgets.








