Au Gabon, la critique visant le président Brice Clotaire Oligui Nguema ne vient pas de la direction du Parti démocratique gabonais (PDG), mais du camp d’Ali Bongo Ondimba, qui conteste cette direction. Son secrétaire général revendiqué, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, reproche à la présidence d’avoir reçu le 30 octobre 2026 la seule équipe de Blaise Louembé, à quatre semaines d’un congrès que ce camp conteste. C’est la suite directe de la revendication de la présidence du PDG par Ali Bongo le 20 octobre : la question n’est plus seulement de savoir qui dirige le parti, mais si le chef de l’État arbitre ou départage.
Ce que reproche le camp d’Ali Bongo au sein du PDG
La critique tient en deux textes. Le premier est un communiqué d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue, dont le site Gabonactu a rendu compte le 31 octobre 2026. Le média le présente comme « secrétaire général du PDG, nommé par Ali Bongo Ondimba » ; cette fonction n’est revendiquée que par le camp d’Ali Bongo. Il y conteste la légitimité de la délégation reçue au palais et invoque l’article 15 des statuts du parti, qui rendrait l’appartenance au PDG incompatible avec une alliance avec un parti rival, selon Gabonactu.
Le second est une tribune intitulée « Laisser vivre les partis ou renier la restauration », dont Gabonreview a publié le compte rendu le 1er novembre 2026. L’auteur y écrit, selon ce site : « La Présidence n’est pas une instance d’investiture ». Gabonreview résume le texte comme la dénonciation de ce que son auteur « considère comme une ingérence présidentielle dans la crise du parti » ; le mot est celui du journal, il ne figure pas dans les extraits de la tribune cités entre guillemets.
Dans son communiqué (selon Gabonactu) comme dans sa tribune (selon Gabonreview), Ali Akbar Onanga Y’Obegue affirme que le chef de l’État aurait déclaré ne reconnaître qu’un seul PDG, celui de ses interlocuteurs du 30 octobre, et aurait évoqué une meilleure place pour ses cadres dans les nominations. Il dit tenir ces propos d’un compte rendu, dont ni l’origine ni l’auteur ne sont précisés, et en demande lui-même la confirmation publique, selon Gabonreview. Ils ne figurent pas dans le communiqué de la présidence et n’ont été confirmés par aucune autre source consultée.
Il réclame la neutralité du chef de l’État et un processus inclusif avant le congrès, qui risquerait sinon, selon Gabonreview, de « consacrer l’exclusion de ceux qu’il devrait réunir ».
Ce que dit la présidence de l’audience du 30 octobre
Le communiqué publié le 31 octobre 2026 par la présidence de la République indique que l’audience a eu lieu « à l’initiative du Parti Démocratique Gabonais ». La délégation venait exprimer sa reconnaissance au chef de l’État, lui soumettre ses doléances et réaffirmer son engagement à accompagner sa vision.
Selon ce texte, le président a salué la discipline du parti et rappelé les valeurs de dialogue associées à Omar Bongo Ondimba. Il a exprimé « sa disponibilité à accompagner cette formation politique » dans la préparation du congrès prévu du 27 au 29 novembre 2026. Le communiqué ne mentionne ni nominations, ni reconnaissance d’un PDG unique, ni le camp d’Ali Bongo. Le quotidien L’Union rapporte en outre cette phrase du chef de l’État : « Le Gabon n’a pas besoin de division, non ! ».
Au 2 novembre 2026, aucune réponse de la présidence ou du gouvernement au communiqué ni à la tribune d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue n’a été retrouvée dans les médias consultés.
Ce que dit la direction de Blaise Louembé
Le président du PDG a, lui, revendiqué le rapprochement. « Cette rencontre nous donne la possibilité de saluer avec force votre politique d’inclusivité », a déclaré Blaise Louembé au chef de l’État, selon Gabonreview. Il a ajouté : « Depuis la transition, depuis la libération, nous avons toujours soutenu le président de la République, chef de l’État, et là nous allons confirmer notre positionnement à ce soutien ».
Sur la querelle elle-même, sa position publique reste celle que Gabon Media Time lui a attribuée le 27 octobre, d’après des propos relayés par la presse : « Je m’en remets au congrès du parti prévu les 27, 28 et 29 novembre prochain. » Aucune réaction de la direction à la tribune n’a été retrouvée au 2 novembre.
Gabonreview estime que le chef de l’État « semble avoir choisi son interlocuteur », tout en notant qu’il « ne s’est certes pas prononcé explicitement sur la querelle de leadership ».
Deux directions, deux lectures des statuts
La direction en place tire sa légitimité d’un congrès extraordinaire tenu fin janvier 2025, qui a élu Blaise Louembé. Sous sa conduite, le PDG a soutenu Brice Clotaire Oligui Nguema à la présidentielle d’avril 2025, un choix contesté par une partie des cadres, selon Gabonactu. Aux législatives de 2025, le parti est arrivé deuxième, derrière l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti du chef de l’État.
Le camp d’Ali Bongo conteste, lui, les changements intervenus à la tête du parti depuis une réunion du 7 mars 2024. Dans son adresse du 20 octobre 2026, l’ancien président, renversé le 30 août 2023, affirme : « Je n’avais ni démissionné, ni autorisé une direction en dehors de nos règles », selon Gabon Media Time. Il dit privilégier une issue négociée : « Le droit est de mon côté. Mais je ne veux pas voir le PDG se déchirer devant les tribunaux. » Le camp d’Ali Bongo a saisi la justice en 2025, sans qu’une décision sur le fond de la succession ait été retrouvée dans les sources consultées.
Le congrès de novembre, prochaine épreuve
L’enjeu dépasse les personnes : le camp reconnu disposera du nom, des militants, des investitures et du pouvoir de négocier des alliances.
La direction Louembé a convoqué le congrès ordinaire du parti du 27 au 29 novembre 2026. Ali Akbar Onanga Y’Obegue appelle à ne pas cautionner ce processus, qui devrait selon lui être l’aboutissement d’un accord, et alerte sur les risques d’un « bicéphalisme », rapporte Gabonactu.
Trois points restent ouverts : la confirmation, ou le démenti, par la présidence des propos que lui prête le camp d’Ali Bongo ; les règles d’accréditation du congrès ; et la participation, ou non, des deux camps.