Selon l’indice Mo Ibrahim publié le 31 octobre 2026 au Caire, le Burkina Faso (-6,9 points) et le Nigeria (-5,2) enregistrent les plus fortes baisses de gouvernance du continent entre 2016 et 2025. La moyenne africaine progresse à peine, portée par l’économie, les infrastructures et la santé, pendant que la sécurité et la participation politique reculent. Plus d’un Africain sur deux vit dans un pays où la gouvernance n’a pas progressé en dix ans.
Ce que mesure l’indice Mo Ibrahim 2026
L’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG) note les 54 pays du continent à partir de 96 indicateurs construits avec les données de 51 sources, regroupés en 16 sous-catégories et quatre catégories : sécurité et État de droit ; participation, droits et inclusion ; fondements des opportunités économiques ; développement humain. L’édition 2026 couvre la décennie 2016-2025.
La note moyenne de gouvernance globale atteint 50,1 sur 100 en 2025, contre 49,3 en 2016, soit +0,8 point en dix ans, dont +0,5 point entre 2021 et 2025, selon le document des principaux résultats de la Fondation Mo Ibrahim. Trente pays progressent, 23 reculent. Les pays en progrès n’abritent que 49,6 % de la population africaine. Les séries étant recalculées à chaque édition, les variations citées ici sont celles de l’édition 2026, pas un écart avec les classements passés.
Burkina Faso et Nigeria, les deux plus fortes chutes
Le Burkina Faso, 26e avec 50,7 points, perd 6,9 points sur la décennie et 13 places : c’est la plus forte baisse du continent, et sa trajectoire est classée en « détérioration accélérée ». Selon l’agence Ecofin, sa sous-catégorie « participation » recule de 38 points, un chiffre que nous n’avons pas pu recouper sur le portail de l’indice. Les débats récents sur les libertés, comme le vote sur le retour de la peine de mort au Burkina, relèvent précisément de cette catégorie des droits.
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, tombe au 38e rang (44,2 points, -5,2), seul pays classé en « détérioration ralentie ». Avec la Gambie, il est l’une des deux seules exceptions à l’amélioration des infrastructures. Selon Ecofin, sa note en sécurité et État de droit chute de 11,2 points en dix ans. Comme il pèse 15,3 % de la population africaine, son recul alourdit le bilan pondéré par la population.
Suivent le Soudan (-3,2), la Tunisie (-3,0), les Comores (-2,8), le Mali (-2,4), la Guinée-Bissau (-2,2), le Niger (-2,1) et la Guinée (-2,0). Le Mali et le Niger sont ex aequo au 33e rang avec 45,6 points, mais leurs trajectoires divergent : le Mali est classé en « redressement », le Niger en « détérioration accélérée ».
La Fondation relève que la gouvernance globale a reculé dans huit des dix pays ayant connu un coup d’État au cours de la décennie. Les deux exceptions sont le Gabon (+7,0, 24e) et le Tchad (+3,6). Il faut éviter une lecture trop simple : la période commence en 2016, avant plusieurs de ces putschs, et l’insécurité comme les déplacements de population les précédaient souvent. L’indice décrit des trajectoires, il n’attribue pas chaque variation à un gouvernement.
L’économie avance, la sécurité et les droits reculent
Les « fondements des opportunités économiques » gagnent 3,7 points (51,1 en 2025) et progressent dans 44 pays représentant 68 % de la population. Le « développement humain » reste la catégorie la mieux notée (53,2, +2,5). Les infrastructures, portées par l’accès à l’énergie, à Internet et au mobile, s’améliorent dans 52 pays ; la santé dans 40 pays, l’éducation dans 34.
En face, la catégorie « sécurité et État de droit » tombe à 47,8 (-1,7) et recule dans 34 pays où vivent 78 % des Africains. « Participation, droits et inclusion » descend à 48,5 (-1,0) dans 31 pays (60 % de la population). La sous-catégorie « participation » perd 5,0 points, le recul le plus marqué des 16 sous-catégories. L’indice de l’État de droit du World Justice Project éclaire ce volet sous un autre angle.
Selon le communiqué, 25 pays (près de 47 % de la population) ont progressé économiquement malgré une sécurité dégradée, mais les gains économiques sont en moyenne plus forts dans les 20 pays où la sécurité s’améliore aussi. Mo Ibrahim, président et fondateur de la Fondation, résume : « Il reste qu’un tel compromis n’est pas viable à long terme. » La dégradation sécuritaire ralentit toutefois depuis 2022, avec une amélioration dans 27 pays.
Qui progresse : Seychelles, Gabon, Gambie, Maroc
Les Seychelles dominent le classement 2025 (78,6) et signent aussi la plus forte hausse (+8,3). Suivent Maurice (75,0), Cabo Verde (70,3), le Botswana, l’Afrique du Sud, la Namibie, le Maroc et le Sénégal ex aequo (63,6), le Ghana (62,8) et le Kenya (61,0). Le Maroc (+6,4) entre dans les dix premiers à la place de la Tunisie. Mais six des dix pays de tête ont reculé sur la décennie, dont l’Afrique du Sud, 5e, en « détérioration accélérée ».
En Afrique de l’Ouest, le Sénégal (+1,8) et la Côte d’Ivoire (17e, 58,1, +4,0) sont en « accélération de l’amélioration », tout comme le Bénin, 12e. La Gambie (21e, 54,8, +6,9) et le Togo (22e, 54,3, +3,6) progressent plus lentement. Le Ghana (-1,4) est en « redressement » et Cabo Verde (-0,6) en « détérioration accélérée ». Les pays de l’Alliance des États du Sahel, qui avancent par ailleurs sur leur union douanière, reculent tous trois sur la décennie.
En bas du tableau, le Soudan du Sud (20,4) précède la Somalie (26,6) et le Soudan (27,4).
Ce que l’indice ne dit pas encore
L’IIAG agrège des données publiées par des tiers, avec un décalage : les évolutions les plus récentes, dont les coups d’État de 2025 en Guinée-Bissau et à Madagascar, n’y pèsent que partiellement.
Qui paie le déséquilibre ? D’abord les ménages exposés aux violences et aux restrictions, qui supportent un transport plus cher et des services moins fiables, et les contribuables qui financent des infrastructures dont l’usage dépend de la sécurité. Les notes détaillées par pays et par indicateur sont consultables sur le portail iiag.online et dans le communiqué de la Fondation Mo Ibrahim. Le message de l’édition 2026 n’est pas que les progrès africains sont illusoires : sans sécurité ni participation, ils restent fragiles.








