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Tomate à Nouakchott : le kilo 10 fois plus cher qu’en août

Chargement de tomates en caisses sur un pick-up, photo d'illustration de la pénurie de tomate à Nouakchott

Le kilo de tomate à Nouakchott s’est vendu 350 nouvelles ouguiyas le 12 octobre 2026, soit près de 8 euros ou environ 5 100 francs CFA, au marché dit « marocain » du centre-ville. Le 8 août, il s’en vendait à 35 ouguiyas : dix fois moins. Le gouvernement mauritanien accuse la spéculation, la presse marocaine évoque des exportations suspendues, et la récolte locale n’arrivera pas avant l’hiver.

Combien coûte un kilo de tomate à Nouakchott ?

Le piège tient à la monnaie. Le 1er janvier 2018, la Mauritanie a retiré un zéro : une nouvelle ouguiya (code MRU) vaut dix anciennes (MRO). Les commerçants et une partie de la presse comptent encore en anciennes. « 3 500 ouguiyas » au marché signifie donc 350 MRU. Au cours d’environ 45 ouguiyas pour un euro relevé le 22 octobre 2026, une nouvelle ouguiya vaut près de 15 francs CFA.

Converties dans cette unité, les sources convergent :

  • 8 août 2026, Le360 Afrique : 35 MRU le kilo, cité par un vendeur, soit moins de 80 centimes d’euro (environ 510 FCFA) ;
  • 12 octobre, Sahara Médias : 3 500 MRO, soit 350 MRU, près de 8 euros (environ 5 100 FCFA) ;
  • 14 octobre, ministère du Commerce : jusqu’à 5 000 MRO, soit 500 MRU, environ 11 euros (7 300 FCFA) ;
  • 20 octobre, Le360 Afrique : 300 à 400 ouguiyas, soit 6,70 à 8,90 euros (4 400 à 5 800 FCFA).

Une réserve : le même correspondant de Le360 situe le prix « normal » entre 80 et 100 ouguiyas, soit 1,80 à 2,20 euros. Rapporté à cette référence, le kilo a été multiplié par quatre environ, et non par dix. Le rapport de dix se mesure face au prix d’août, en pleine abondance.

Saisie à El Mina : ce que fait le gouvernement

Le 14 octobre 2026, le ministère du Commerce et du Tourisme a annoncé la saisie de 4,7 tonnes de tomates dans la moughataa (département) d’El Mina, à Nouakchott. Ses équipes de protection des consommateurs et de lutte contre la fraude y ont constaté, selon son communiqué rapporté par Sahara Médias, des « pratiques spéculatives » ayant porté le kilo à 5 000 MRO.

Après l’intervention du syndicat des fournisseurs de fruits et légumes, un accord a permis de vendre le stock saisi sous le contrôle des inspecteurs, entre 120 et 130 MRU le kilo (2,70 à 2,90 euros). Ce prix ne vaut que pour ce lot, pas pour l’ensemble des étals de la capitale. Le syndicat s’est engagé à fixer avec le ministère un prix plafond.

La qualification de spéculation émane de l’administration, non d’un tribunal, et aucun commerçant n’a été nommé. Quatre tonnes et demie, sans chiffre sur la consommation quotidienne de la ville, ne permettent pas de mesurer la part de la pénurie résorbée.

Fin de saison, exportations marocaines : les causes avancées

Les explications divergent selon la source. Le communiqué du ministère relayé par Sahara Médias attribue la hausse à une pénurie saisonnière liée à la fin de la saison, et annonce l’arrivée de la production nationale. Les vendeurs rencontrés le 12 octobre parlaient d’une crise d’approvisionnement commencée la veille.

Le360 Afrique, média marocain, met en avant une « décision des autorités marocaines de suspendre temporairement les exportations de tomate ». Il rappelle qu’en avril 2026, l’Agence autonome de contrôle et de coordination des exportations (EACCE) avait suspendu les envois vers les marchés africains pour contenir les prix au Maroc. Le site ne cite toutefois aucune décision officielle propre au mois d’octobre.

Le même article affirme que le Maroc assure 70 % de la tomate consommée en Mauritanie, sans en donner la source ; nous n’avons pas pu recouper ce chiffre avec des statistiques douanières. Il ajoute que les négociations pour plafonner le prix avec les importateurs ont échoué, ce que le ministère mauritanien n’a pas confirmé. Des opérateurs y annoncent un retour prochain des livraisons, sans calendrier public.

Une production locale qui arrive trop tard

La Mauritanie produit pourtant de plus en plus de légumes. Selon le ministre de l’Agriculture, qui s’exprimait en juin 2026, la production maraîchère a atteint 255 000 tonnes lors de la campagne 2025-2026, couvrant 46 % des besoins nationaux. Les bassins se situent le long du fleuve Sénégal, dans le Trarza, le Brakna et le Gorgol.

Le calendrier joue contre Nouakchott. Les campagnes démarrent après l’hivernage, à l’automne, et les récoltes n’arrivent qu’en début d’année suivante. Entre les deux, la capitale dépend des camions venus du nord.

Le gouvernement connaît le problème. Le 14 septembre 2026, le Premier ministre El Moctar Ould Djay a réuni le comité ministériel chargé de la campagne maraîchère, selon l’Agence mauritanienne d’information. Commercialisation, stockage, régulation des prix, eau, électricité et routes y figuraient parmi les difficultés listées. M. Ould Djay, reconduit le 9 octobre à la tête d’un gouvernement de 29 membres, n’a pas encore présenté de bilan de ces instructions.

Ce que la crise d’octobre révèle

Saisie, prix plafond négocié, attente de la récolte : la réponse traite la flambée, pas sa cause. Sans stockage ni production à l’automne, chaque rupture d’approvisionnement venue du Maroc se répercute en quelques jours sur le panier des ménages de Nouakchott.

La valeur se concentre aux deux bouts de la chaîne : chez l’exportateur qui arbitre entre ses marchés, et chez le grossiste qui détient le stock pendant la soudure. Des relevés de prix publics et réguliers, distinguant gros et détail, permettraient de mesurer séparément l’effet des contrôles, le retour des camions et l’arrivée de la récolte nationale.

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