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Carburant au Nigeria : 1 350 nairas, subvention ou pas ?

Pompiste remplissant le réservoir d'un véhicule, prix du carburant au Nigeria

Le litre de carburant au Nigeria se vend autour de 1 350 nairas dans les stations de la compagnie publique, soit environ 600 francs CFA au cours du 19 octobre 2026. Le 17 octobre 2026, à Bangkok, en marge des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, le ministre des Finances Taiwo Oyedele a exclu tout retour de la subvention à l’essence. Neuf jours plus tôt, Abuja annonçait pourtant un plafond de 1 350 nairas sur le coût de l’essence sortie de dépôt, un dispositif que le cabinet BMI chiffre jusqu’à 1 770 milliards de nairas, soit 0,4 % du produit intérieur brut (PIB).

Carburant au Nigeria : 1 350 nairas, soit environ 600 FCFA le litre

Les stations de la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC) affichaient début octobre 1 355 nairas le litre à Lagos et 1 370 à Abuja, selon l’International Centre for Investigative Reporting (ICIR). Depuis le 1er octobre 2026, la NNPC applique une remise dans son propre réseau, qui ramène le litre à 1 350 nairas et court jusqu’au 31 octobre, selon son communiqué du 9 octobre. Au cours du 19 octobre 2026, environ 1 326 nairas pour un dollar et 1,12 dollar pour un euro, 1 350 nairas valent un peu plus d’un dollar, soit près de 600 francs CFA. Avant la suppression de la subvention, le 29 mai 2023, le litre coûtait moins de 200 nairas.

Ce niveau n’a rien d’arbitraire : c’est le prix sortie d’usine que la raffinerie Dangote applique depuis le 11 septembre 2026, après une hausse de 85 nairas, selon BusinessDay. NotreAfrik avait relevé fin septembre un litre à 1 400 nairas malgré Dangote : le plafond ramène les prix d’une cinquantaine de nairas, pas davantage.

Ce qu’Abuja a promis au FMI à Bangkok

Lors d’un point presse tenu le samedi 17 octobre 2026 à l’issue des Assemblées annuelles, qui se tenaient du 12 au 18 octobre à Bangkok, en Thaïlande, Taiwo Oyedele, ministre des Finances et ministre coordinateur de l’Économie depuis le 21 avril 2026, a déclaré selon Nairametrics : « Qu’il n’y ait aucun doute : il n’y aura pas de retour aux subventions sur les carburants ni aux taux de change multiples. »

Le ministre a cité une croissance de 4,4 % au deuxième trimestre 2026, des recettes fiscales à 12,5 % du PIB fin 2025 et des réserves de change supérieures à 35 milliards de dollars. Il a averti qu’un retour aux subventions pourrait provoquer des sorties de capitaux et pousser le litre vers 2 000 nairas et le dollar vers 3 000 nairas : une anticipation du ministre, pas un mouvement de marché constaté.

Le FMI ferme la porte : « protéger les gens, pas le prix »

Trois jours plus tôt, le FMI avait posé le cadre. Le 14 octobre 2026, lors de la présentation du Moniteur des finances publiques, Rodrigo Valdés, directeur du département des finances publiques, a résumé la doctrine : « Protéger les gens n’est pas la même chose que protéger le prix des carburants. » Selon lui, les subventions et les mesures qui empêchent les prix de s’ajuster au choc énergétique coûtent en 2026 entre 1 % et 1,5 % du PIB aux pays qui les pratiquent ; le FMI recommande des aides ciblées et temporaires aux ménages vulnérables.

Le contexte rend l’exercice périlleux : le Brent cotait environ 109 dollars le baril le 19 octobre 2026, en hausse d’environ 79 % sur un an, sur fond de tensions autour du détroit d’Ormuz, et l’essence nigériane suit désormais les cours mondiaux.

Le plafond de 1 350 nairas, une subvention qui ne dit pas son nom ?

C’est là que se loge l’ambiguïté. Le 8 octobre 2026, à Abuja, Taiwo Oyedele a présenté un paquet de mesures, selon l’ICIR : une remise de 30 jours dans les stations NNPC, en priorité pour les transporteurs publics ; un plafond négocié de 1 350 nairas sur le coût de sortie de dépôt ou de débarquement, révisé chaque mois ; des ventes à terme de brut aux raffineries locales à prix convenu ; une hausse des transferts monétaires. « Ce n’est ni une subvention ni un contrôle des prix », a insisté le ministre.

Sa défense repose sur une distinction comptable : la NNPC renonce à sa marge de détail, avec l’accord de la présidence, sans argent du budget fédéral. Au-delà du plafond, raffineurs et importateurs absorbent le surcoût et le récupèrent quand le brut et le naira s’amélioreront. La NNPC précise de son côté que la remise ne concerne que ses propres points de vente et ne fixe aucun prix national.

BMI, filiale de Fitch Solutions, accepte la distinction mais pas le calendrier. Dans une note relayée le 19 octobre 2026, le cabinet estime le coût entre 0,2 % et 0,4 % du PIB, soit 883 à 1 770 milliards de nairas, en supposant un dispositif d’environ six mois retiré au début du deuxième trimestre 2027. « Une remise qui s’installe est un engagement budgétaire sous un autre nom », avertit-il. Le gouvernement n’a publié aucune estimation de coût.

Dangote, faiseur de prix et dépendance réciproque

Le prix sortie d’usine de la raffinerie privée de Lekki, d’une capacité nominale de 650 000 barils par jour, sert désormais de référence nationale. Mais la dépendance est réciproque : le ministre reconnaît que le Nigeria ne parvient pas encore à fournir les 700 000 barils par jour de brut que réclame la raffinerie, dont NotreAfrik décrivait début octobre l’appétit, de Lagos jusqu’à Lamu au Kenya. BMI soulève deux risques : la contrebande, puisque Aliko Dangote affirmait en septembre que son litre à 1 350 nairas est 30 % à 50 % moins cher que chez les voisins ; et la tentation, pour les raffineurs, de privilégier l’exportation si le contrôle se resserre.

Inflation, filets sociaux et campagne de 2027

Selon le Bureau national des statistiques (NBS), l’inflation est tombée à 14,63 % sur un an en septembre 2026, contre 15,39 % en août ; l’inflation alimentaire reste à 19,59 %. Les filets sociaux restent minces : selon la Banque mondiale, 658,9 milliards de nairas de transferts monétaires ont atteint 10,46 millions de ménages à fin septembre 2026, avec des lacunes de couverture et de régularité, un an après les 67 millions de personnes enregistrées pour 7 payées que NotreAfrik relevait en septembre.

La bataille est désormais politique, à l’approche des élections générales de 2027. Atiku Abubakar, candidat de l’African Democratic Congress, demande ce qui se passera « au 31e jour », quand la remise expirera, et le Nigeria Labour Congress a adressé au gouvernement un ultimatum de quatorze jours sur l’essence et les salaires, selon Vanguard. La crédibilité de la réforme dépendra moins des déclarations de Bangkok que de la date à laquelle le plafond sera levé, et de qui, entre la NNPC, les raffineurs et le contribuable, aura porté la différence entre-temps.

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