Le 5 octobre 2026, le World Gold Council (WGC), l’association des grands producteurs d’or, a invité les sociétés qui exploitent des mines de doré, un or semi-raffiné, à publier chaque année la destination de leur métal. Une semaine plus tard, l’Agence Ecofin constate que plusieurs miniers actifs en Afrique ne nomment toujours pas leurs raffineurs d’or. Or, selon l’organisation non gouvernementale (ONG) suisse SWISSAID, 79 % des relations recensées entre mines industrielles africaines et raffineries passent par la Suisse, l’Afrique du Sud et, dans une moindre mesure, l’Inde.
Ce que demande le World Gold Council
La note présentée par Vivien Glass, responsable de l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement au WGC, propose un rapport annuel de transparence et un modèle commun, pour rendre les publications comparables d’un producteur à l’autre. La démarche est volontaire. Le WGC reconnaît la nécessité de concilier la transparence avec des considérations « de sécurité, de confidentialité, juridiques et commerciales ».
Selon l’Agence Ecofin, les 33 membres du WGC qui exploitent des mines, soit environ 1 300 tonnes d’or par an, s’étaient engagés dès septembre 2023 à publier le nom de leurs partenaires de raffinage. Trois ans plus tard, la pratique reste inégale.
Raffineurs d’or : les explications des miniers
Ecofin, dans un article d’Emiliano Tossou daté du 12 octobre 2026, rappelle les positions recueillies en 2023 par SWISSAID. B2Gold, qui exploite notamment la mine de Fekola au Mali, expliquait alors que publier cette information n’était pas dans ses habitudes ; il cite désormais Rand Refinery, en Afrique du Sud, parmi ses partenaires. Barrick jugeait l’information « de portée limitée » pour son activité. Newmont disait avoir besoin de l’autorisation préalable de ses raffineurs ; le groupe les nomme désormais dans ses rapports de durabilité 2024 et 2025. Perseus Mining, présent en Côte d’Ivoire et au Ghana, indiquait avoir demandé cette autorisation sans l’obtenir. Endeavour Mining publiait déjà ces informations avant l’engagement de septembre 2023, selon Ecofin.
Ne pas nommer un raffineur n’est pas illégal et ne signifie pas qu’une expédition serait irrégulière. Cette discrétion limite en revanche la possibilité, pour les États producteurs et le public, de recouper les flux d’or.
Une poignée de raffineries au bout de la chaîne
Dans son rapport publié le 30 mars 2023, SWISSAID a identifié 142 relations commerciales, existantes ou passées, entre 116 mines industrielles africaines et 16 raffineries, sur la période 2015-2023. Selon le décompte repris par le site Le360 Afrique, Rand Refinery en totalise 49, le suisse Metalor 26 et le groupe genevois MKS PAMP 21, pour des sites en Suisse et en Inde. Ce sont des nombres de relations, pas des volumes d’or.
Sur les 16 raffineries, seules six ont confirmé à SWISSAID le nom des mines qui les approvisionnent ; dix ont refusé, en invoquant la confidentialité ou la concurrence. SWISSAID jugeait cette opacité déroutante, l’information étant publiée par la plupart des sociétés minières partenaires ou déjà dans le domaine public. « Ce rapport met certes en lumière les différentes pratiques de transparence des raffineries, mais il prouve surtout que la culture du secret entretenue par certaines raffineries n’a pas lieu d’être », résumait Yvan Schulz, chargé de projet chez SWISSAID.
Les règles se durcissent aussi côté raffineurs. Depuis le 1er janvier 2026, la troisième version des orientations de la London Bullion Market Association (LBMA), qui accrédite les raffineries « Good Delivery » acceptées sur le marché de Londres, leur demande de publier les mines membres du WGC qui les approvisionnent et les pays d’origine de l’or.
Le raffinage, nouvel enjeu de souveraineté
Plusieurs États veulent rapatrier ce maillon. Le 28 septembre 2026, le président burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, a inauguré à Ouagadougou RAFFINOR-BF, première raffinerie d’or du pays. Selon Sidwaya, elle a coûté plus de 11 milliards de francs CFA et affiche une capacité de 164 tonnes par an en première phase, puis 515 tonnes à terme. En Guinée, un décret signé le 8 juillet 2026 par le président Mamadi Doumbouya impose le raffinage dans une installation agréée du pays avant toute exportation d’or ; selon Ecofin, qui cite PDI Gold, la période de transition de 90 jours a expiré le 6 octobre ; son application concrète reste à préciser. Le Mali développe son propre projet de raffinerie avec le groupe russe Yadran, et la Côte d’Ivoire annonce la sienne pour la fin du premier semestre 2027.
Aucune de ces nouvelles unités ne figure à ce jour, selon les sources consultées, sur la liste « Good Delivery » de la LBMA. Les premiers rapports annuels prévus par le WGC diront qui raffine réellement l’or extrait du continent.
Sources
- World Gold Council, « Greater transparency, stronger trust: building confidence », Vivien Glass, 5 octobre 2026.
- Agence Ecofin, « Gold producers still keep refinery partners out of the spotlight despite transparency efforts », Emiliano Tossou, 12 octobre 2026.
- SWISSAID, présentation du rapport sur le commerce de l’or industriel africain, 30 mars 2023.
- Le360 Afrique, « Voici les principales raffineries qui traitent l’or des mines d’Afrique », 2023.
- LBMA, Disclosure Guidance Version 3.
- Sidwaya, « Souveraineté minière : le Président du Faso inaugure la première raffinerie d’or », 28 septembre 2026.
- Guinéenews, décret sur le raffinage local obligatoire, 8 juillet 2026.
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