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Diaspora camerounaise : 650 milliards FCFA, un seul guichet

Siège de la BEAC à Yaoundé, où les banques ont réclamé un pôle unique pour l'épargne de la diaspora camerounaise

Le Cameroun ne manque plus de projets pour capter l’épargne de sa diaspora camerounaise ; il risque d’en avoir trop, sans architecture commune. Réunis le 29 septembre 2026 au siège de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) à Yaoundé, dans le cadre des consultations sur la Stratégie nationale de mobilisation de la diaspora camerounaise (SNMDC), les représentants du secteur bancaire et financier ont recommandé la création d’un pôle unique de coordination. En face, les transferts des Camerounais de l’étranger ont atteint environ 650 milliards de francs CFA en 2025, selon la direction générale du Trésor.

Trois guichets en préparation

Le chantier le plus avancé est porté par la Caisse des dépôts et consignations du Cameroun (CDEC). Dans le cadre de Diasdev, programme soutenu par l’Agence française de développement, elle a présenté le 7 juillet 2026 à Yaoundé l’étude de faisabilité d’un produit d’épargne réglementée destiné à la diaspora, avec un objectif affiché de 2 000 milliards de francs CFA mobilisés en dix ans pour financer les infrastructures. En mai 2026, l’ambassade du Cameroun à Bruxelles avait relayé une consultation de la diaspora installée en Belgique. Mais gouvernance, gestion des risques, distribution et rémunération restent à définir : Diasdev n’est pas encore un placement que le Camerounais de Bruxelles, Paris ou Montréal peut acheter.

La Société immobilière du Cameroun (SIC) prépare de son côté un Diaspora Bond pour financer des programmes immobiliers. Elle a signé le 19 mai 2026 un protocole d’accord avec le ministère des Relations extérieures et échange avec la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF) sur la structuration du titre. Montant, maturité, taux, devise et garanties ne sont pas publics. Des collectivités territoriales réfléchissent aussi à leurs propres mécanismes, pendant que MTN Cameroun a lancé une plateforme dédiée à la diaspora et que l’association Cameroon Diaspora Financial Solutions réclame des offres bancaires spécifiques.

Diaspora camerounaise : ce que demandent les banques

Les banques ne demandent pas de fusionner tous les instruments en un seul produit. Un compte d’épargne et une obligation immobilière n’ont pas le même objectif. Elles demandent une architecture qui dise qui fait quoi, pour quel investisseur, sous quel régulateur, avec quelle garantie et quelle information, et surtout qui parle au nom de la stratégie nationale. Sans coordination, plusieurs campagnes simultanées s’adresseront à la même population, se concurrenceront, et l’échec de l’une pourra contaminer la confiance dans les autres. Le risque de réputation est collectif.

Les banques proposent d’associer l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au futur pôle. L’OIM accompagne déjà le ministère des Relations extérieures dans l’élaboration de la stratégie, dont la version finale est attendue en novembre 2026, avant un atelier de validation annoncé pour janvier 2027. Elle évoque aussi l’interopérabilité régionale et l’infrastructure de paiement GIMACPAY pour souscrire depuis l’étranger : un produit qui exigerait plusieurs déplacements au Cameroun perdrait l’essentiel de son intérêt.

De la consommation à l’investissement

Les chiffres eux-mêmes divergent. Le Trésor retient environ 650 milliards de francs CFA en 2025, pour une moyenne annuelle de 450 milliards sur cinq ans ; la CDEC compte 652 milliards en 2024, dont 35 % en provenance de France ; le rapport « Sending Money Home 2026 » du Fonds international de développement agricole (FIDA) donne 690 millions de dollars, soit environ 394,5 milliards de francs CFA. L’écart tient vraisemblablement aux méthodes de mesure. Dans tous les cas, ces fonds servent d’abord aux besoins courants des ménages, santé, éducation, soutien familial, et financent peu de projets productifs.

Passer de la remittance au capital exige une condition : la confiance. Une obligation peut offrir un bon rendement, l’épargnant n’achètera pas s’il doute de la gouvernance, du remboursement ou de l’usage de l’argent. S’ajoute une question juridique : la loi de 1968 sur la nationalité prévoit qu’un Camerounais majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère perd en principe la sienne, alors qu’une partie de la diaspora est binationale. Définir qui est éligible, citoyens, personnes d’origine camerounaise, descendants, déterminera la taille du marché. La question à laquelle le pays doit répondre tient en une phrase : quand un Camerounais de l’étranger veut investir 10 000 euros chez lui, à quelle porte frappe-t-il ?

Sources

  • Investir au Cameroun et Le Financier d’Afrique, 1er octobre 2026 ; Africtelegraph, 1er octobre 2026 ; consultations SNMDC du 29 septembre 2026.
  • Financial Afrik, 15 avril 2026, déclaration du directeur général du Trésor ; Ecomatin, 8 juillet et 18 septembre 2026 ; Capmad, juillet 2026, sur Diasdev.
  • AllAfrica et Camer.be, 19 mai 2026, sur la consultation en Belgique ; OIM Cameroun ; CDEC ; SIC ; FIDA, « Sending Money Home 2026 ».

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