Combien coûte réellement un kilowattheure livré à Kinshasa, Lubumbashi ou Kisangani ? Personne ne le sait avec précision, et c’est le problème que l’électricité en RDC doit régler avant d’attirer de nouveaux investisseurs. Du 21 au 25 septembre 2026, l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) et la Banque africaine de développement (BAD) ont validé à Kinshasa trois outils : une étude du coût du service, une méthode tarifaire harmonisée et un cadre réglementaire du raccordement au réseau. La BAD l’a annoncé le 30 septembre 2026.
Les travaux ont réuni le ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, l’ARE, la Société nationale d’électricité (SNEL), des opérateurs privés et d’autres institutions publiques. Ils s’inscrivent dans le Programme d’assistance technique au secteur de l’énergie en Afrique (AESTAP) de la BAD.
Un million de clients, 10 000 GWh : un marché très déséquilibré
L’étude tarifaire porte sur le périmètre de la SNEL. Selon le rapport annuel 2024 de l’entreprise, cité par la BAD, la société publique comptait près d’un million de clients facturés et vendait environ 10 000 gigawattheures (GWh) par an. Plus de 99 % de ces clients sont raccordés en basse tension, le niveau de tension des foyers et des petits clients.
Pourtant, l’essentiel de l’énergie part ailleurs : vers un petit nombre de grands consommateurs industriels raccordés en haute tension. Diviser 10 000 GWh par un million de clients donnerait 10 000 kWh par client et par an, une moyenne qui ne décrit personne. D’un côté, des centaines de milliers de foyers consomment peu ; de l’autre, quelques sites industriels pèsent la majorité des ventes.
Ce déséquilibre rend toute décision tarifaire délicate. Une hausse appliquée à quelques gros clients change fortement les recettes de la SNEL ; une hausse appliquée aux ménages touche immédiatement le pouvoir d’achat. La BAD souligne aussi le besoin de meilleures données pour prévoir la demande nationale.
Électricité en RDC : le tarif doit couvrir le coût
Le principe existe déjà dans la loi. Depuis la loi n° 14/011 du 17 juin 2014, qui a mis fin au monopole de la SNEL, les tarifs aux consommateurs finals sont approuvés par le ministre chargé de l’énergie sur proposition de l’ARE, et doivent refléter les coûts de fourniture, rappelle une note de l’Institut français des relations internationales (Ifri) publiée en avril 2025. Encore faut-il connaître ces coûts. C’est l’objet de l’étude validée en septembre.
L’étude recommande une approche progressive : un cadre tarifaire simple et opérationnel d’abord, des mécanismes plus avancés ensuite, à mesure que les données et les capacités du régulateur s’améliorent. Selon la BAD, la démarche doit protéger le pouvoir d’achat des ménages tout en permettant aux compagnies de couvrir leurs coûts et de financer la production, le transport et la distribution. Le communiqué ne publie toutefois ni le coût calculé du kilowattheure, ni de nouveau tarif.
Pour Callixte Kambanda, chef de la division Politique énergétique, réglementation et statistiques de la BAD, une régulation économique efficace conditionne l’investissement et la qualité du service, selon le communiqué. La directrice générale de l’ARE, Soraya Aziz, estime que l’étude aidera le régulateur à mieux comprendre les coûts, l’évolution de la demande et l’effet des décisions de prix.
Le raccordement, clé des mini-réseaux
Le troisième outil fixe les règles techniques, de sécurité et d’accès pour raccorder une nouvelle centrale ou une grande industrie au réseau existant. Selon l’ARE, il consacre le « libre accès des tiers au réseau » : un opérateur privé doit savoir, sans dépendre du bon vouloir d’un monopole, comment injecter son électricité dans les lignes de transport. C’est la condition pour intégrer les mini-réseaux, le solaire et l’hydroélectricité dans les provinces.
L’enjeu est considérable. L’ARE estimait la capacité de production totale du pays à 3 239 mégawatts en 2023, et son taux d’électrification à 7,4 %, quand d’autres sources l’évaluent jusqu’à 21,5 %, selon l’Ifri. Ces réformes s’inscrivent dans Mission 300, l’initiative de la BAD et de la Banque mondiale qui vise à raccorder 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030.
Le cas congolais rejoint un constat plus large sur la bancabilité des projets d’énergie en Afrique : sans tarifs prévisibles, les capitaux ne viennent pas. Au Nigeria, l’agence d’électrification rurale chiffre le trou à 20,5 milliards de dollars. La prochaine étape, en RDC, sera de voir si ces outils produisent un tarif publié, et à quel prix.
Sources
- Banque africaine de développement, « La RDC renforce la régulation de son secteur de l’électricité avec l’appui de la Banque africaine de développement », 30 septembre 2026 : afdb.org.
- Autorité de régulation du secteur de l’électricité, « Modernisation du secteur de l’électricité en RDC : l’ARE et la BAD dotent le pays d’outils de régulation de dernière génération », 30 septembre 2026 : are.gouv.cd.
- Ifri, « Le secteur électrique en RDC », avril 2025 : ifri.org.








