La note BDEAC chez Moody’s reste Ba3, avec une perspective stable. L’agence a maintenu le 25 septembre 2026, à l’issue de sa revue annuelle, la note de crédit en devises étrangères de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale, dix mois après la lui avoir attribuée pour la première fois. Trois crans séparent toujours l’institution de Brazzaville de la catégorie « investissement ».
Pour la banque, qui prépare sa première sortie sur les marchés internationaux, l’enjeu n’est pas une médaille. C’est le prix auquel elle pourra emprunter, et donc celui auquel elle pourra prêter aux six États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Ce que Moody’s retient
La BDEAC avait obtenu sa première note internationale le 21 novembre 2025. Dans son communiqué publié le 29 septembre 2026, la banque indique que Moody’s met en avant trois points :
- une liquidité solide, grâce à des sources de financement diversifiées, à une gestion financière rigoureuse et au soutien de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) ;
- une qualité des actifs en cours d’amélioration, liée au plan stratégique « Azobé 2023-2027 », qui a réformé la gestion des risques ;
- des fonds propres renforcés par l’augmentation de capital mise en œuvre depuis 2023.
Le plan Azobé est évalué à environ 1 700 milliards de francs CFA. La banque estime que la poursuite de ces progrès « soutiendra le renforcement de sa notation de crédit dans les mois et années à venir ». C’est son analyse, pas un engagement de l’agence.
BDEAC Moody’s : trois crans sous la catégorie investissement
Sur l’échelle de Moody’s, la catégorie « investissement », réservée aux émetteurs à faible risque de crédit, s’arrête à Baa3. En dessous viennent Ba1, Ba2, puis Ba3 : la BDEAC est donc dans la tranche haute de la catégorie spéculative, mais il lui faudrait trois relèvements successifs pour en sortir.
La comparaison avec sa voisine d’Afrique de l’Ouest est parlante. La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) est notée Baa1 par Moody’s, soit cinq crans au-dessus. C’est cette note qui lui permet d’emprunter à long terme à des conditions favorables auprès de bailleurs et d’investisseurs.
Une perspective stable ne signifie pas absence de risque. Elle veut dire que, dans son scénario central, Moody’s ne prévoit pas de modifier la note à court terme, ni vers le haut, ni vers le bas.
Emprunter moins cher pour prêter moins cher
Une banque de développement lève des ressources puis les transforme en prêts longs : routes, énergie, industrie, agriculture. Plus elle emprunte bon marché, plus elle peut, en théorie, proposer de bonnes conditions aux projets du Cameroun, du Gabon, du Congo, du Tchad, de la Centrafrique ou de la Guinée équatoriale. À condition de répercuter cet avantage.
Jusqu’ici, les ressources de la BDEAC, fondée en 1975, venaient surtout de ses actionnaires et de partenaires au développement, comme la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), qui lui a accordé une ligne de 30 millions d’euros (environ 19,7 milliards de francs CFA). Le 12 juin 2026, son conseil d’administration a approuvé le principe d’un accès aux marchés de capitaux. Une note publique donne aux fonds et aux banques internationales une référence externe : elle ne suffit pas à convaincre, mais elle est souvent nécessaire pour être regardé.
Le point faible : ses propres actionnaires
La note de la BDEAC ne peut pas être lue indépendamment de la santé budgétaire de la CEMAC. Ses actionnaires et une partie de ses emprunteurs sont les États de la zone, et Moody’s cite le soutien de la BEAC parmi ses points forts. Si les budgets nationaux se dégradent, la capacité de soutien des actionnaires et la qualité du portefeuille de prêts s’en ressentent.
Or plusieurs États de la zone négocient ou préparent de nouveaux programmes avec le Fonds monétaire international (FMI), sur fond de tensions budgétaires. Le prochain test pour la BDEAC sera de montrer, dans ses comptes, que ses prêts sont remboursés à temps malgré ce contexte, et de lever ses premiers fonds internationaux avant que le climat souverain ne renchérisse le coût de l’emprunt.
Sources
- BDEAC, « L’agence de notation de crédit internationale Moody’s maintient la note de la BDEAC à son niveau actuel de « Ba3 » avec perspective stable », communiqué publié le 29 septembre 2026 : bdeac.org.
- APA News, « La BDEAC conserve sa note Ba3 auprès de Moody’s », 29 septembre 2026.
- Ecomatin, 22 novembre 2025 et 12 février 2026 ; Agence Ecofin, 24 novembre 2025 et 15 juin 2026.
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