Le cacao au Ghana est désormais payé 42 400 cedis la tonne au planteur, contre 1 200 FCFA le kilo en Côte d’Ivoire. Le Ghana Cocoa Board (COCOBOD) a fixé ce prix le 25 septembre 2026, trois mois après la déclaration du 16 juin par laquelle les deux premiers producteurs mondiaux s’engageaient à harmoniser leurs prix. Selon les conversions publiées dans la presse ouest-africaine, le planteur ghanéen touche l’équivalent d’environ 2 100 FCFA le kilo, soit près de 900 FCFA de plus que son voisin ivoirien.
Une rupture annoncée, mais pas officielle
Le 28 septembre 2026, le quotidien ivoirien Le Moment a affirmé à sa une que la Côte d’Ivoire aurait décidé de sortir du mécanisme d’harmonisation des prix bord champ avec le Ghana. L’information a été reprise par Abidjan.net, puis par Africtelegraph, au conditionnel. À la date du 30 septembre 2026, NotreAfrik n’a retrouvé aucun communiqué du gouvernement ivoirien, du Conseil du café-cacao, du gouvernement ghanéen, du COCOBOD ou de l’Initiative cacao Côte d’Ivoire-Ghana annonçant une dénonciation formelle de l’accord.
Le dernier message public de l’Initiative, début août 2026, affirmait au contraire que les deux pays poursuivaient leurs travaux techniques. Un groupe de travail conjoint sur l’harmonisation des prix s’était réuni à Accra les 28 et 29 juillet 2026. L’accord politique n’est donc pas déclaré mort. Mais son objectif principal, rapprocher les prix payés aux producteurs, est contredit par les prix annoncés.
Cacao : ce que le Ghana paie désormais
Le COCOBOD a relevé le prix producteur de 41 392 à 42 400 cedis la tonne, une hausse de 2,4 %, soit 2 650 cedis pour un sac de 64 kilos. Selon le régulateur ghanéen, ce prix représente 71,18 % de la valeur FOB brute réalisée, c’est-à-dire du prix obtenu à l’exportation. Il s’applique depuis le vendredi 25 septembre 2026.
Côté ivoirien, le ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, a fixé le 1er septembre 2026 le prix de la campagne principale 2026-2027 à 1 200 FCFA le kilo bord champ, en invoquant la chute et la volatilité des cours mondiaux. C’est bien moins que les 2 800 FCFA de la campagne principale précédente. Pour compenser, l’État ivoirien a annoncé 280 milliards FCFA d’appuis directs à la filière. Le syndicat de planteurs SYNAP-CI appelle toutefois à la grève contre ce prix, selon la presse ivoirienne.
900 FCFA par kilo : ce que l’écart change pour les planteurs
Prenons une tonne. À 1 200 FCFA le kilo, elle rapporte 1,2 million FCFA à un planteur ivoirien. Au Ghana, au taux de conversion retenu par la presse, elle approche 2,1 millions. Même en retirant le transport, les intermédiaires et le risque, l’écart crée une incitation forte à faire passer les fèves de l’autre côté de la frontière.
C’est exactement ce que l’accord de juin voulait éviter. Quand un pays paie mieux que l’autre, les fèves traversent : l’État le moins généreux perd une partie de sa récolte, le Conseil du café-cacao perd la visibilité sur les volumes, et les statistiques ghanéennes peuvent intégrer du cacao produit en Côte d’Ivoire. À l’heure du règlement européen contre la déforestation, qui exige une traçabilité des fèves jusqu’à la parcelle, une fève qui change clandestinement de pays devient aussi un problème de conformité.
Deux systèmes qui divergent quand les cours chutent
La déclaration signée le 16 juin 2026 à Abidjan par les présidents Alassane Ouattara et John Dramani Mahama ne portait pas seulement sur un prix identique. Elle prévoyait l’alignement des primes, l’harmonisation des calendriers de campagne et une « synergie du marché » entre deux pays qui assurent ensemble environ 60 % de la production mondiale. Elle prolongeait l’Initiative cacao Côte d’Ivoire-Ghana née de la Déclaration d’Abidjan de mars 2018, qui a imposé aux acheteurs le différentiel de revenu décent.
Le problème tient aux mécanismes. Le Ghana indexe le prix producteur sur une part de la valeur FOB réalisée ; la Côte d’Ivoire fonctionne avec un prix garanti et un système de stabilisation piloté par le Conseil du café-cacao. Proches quand les marchés sont calmes, ces deux architectures divergent vite lorsque les cours chutent. Harmoniser, ce n’est donc plus annoncer le même prix le même jour, mais s’accorder sur une formule commune.
Reste à savoir si Abidjan assume une rupture de doctrine ou un ajustement tactique pour une campagne difficile. La réponse viendra d’une éventuelle confirmation officielle, et du prix fixé pour la campagne intermédiaire.
Sources
- Ghana News Agency, « Ghana opens 2026/27 cocoa season with producer price of GH¢42,400 per tonne », 26 septembre 2026 : gna.org.gh
- Gouvernement ivoirien, prix bord champ de la campagne principale 2026-2027, 1er septembre 2026.
- Initiative cacao Côte d’Ivoire-Ghana, déclaration conjointe du 16 juin 2026 et réunion du groupe de travail d’Accra des 28-29 juillet 2026.
- Africtelegraph, « La Côte d’Ivoire rompt l’accord cacao d’harmonisation avec le Ghana », 29 septembre 2026 (d’après Le Moment et Abidjan.net).
- L’Œil d’Afrique, « Prix du cacao : le Ghana relève le sien, la Côte d’Ivoire reste à 1 200 F CFA le kilo », 28 septembre 2026.
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