Les data centers du monde pourraient avoir une empreinte hydrique d’environ 9 300 milliards de litres par an en 2030, selon une étude de l’Université des Nations unies publiée le 3 juin 2026. Aux États-Unis et en Europe, les nouveaux centres sont désormais contestés autant pour leur eau que pour leur électricité. L’Afrique, où les projets se multiplient, arrive après : elle peut encore écrire les règles avant les chantiers. Au Cap, un recours contre un projet d’Equinix montre que le débat a commencé sur le continent.
Ce que boivent les data centers
Un centre de données consomme de l’eau de deux façons. Directement, pour refroidir ses serveurs. Indirectement, par l’eau utilisée pour produire l’électricité qui l’alimente, notamment dans les centrales thermiques.
La distinction change tout. Un centre qui affiche une faible consommation sur place peut avoir une lourde empreinte si son électricité vient d’une source gourmande en eau. L’intelligence artificielle aggrave le problème : plus le calcul est intense, plus les machines chauffent et plus il faut les refroidir.
L’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé de l’Université des Nations unies (UNU-INWEH) estime que les data centers ont consommé environ 448 térawattheures (TWh) d’électricité en 2025, et en consommeront 945 TWh en 2030. Les 9 300 milliards de litres correspondent à l’empreinte hydrique associée, eau de l’électricité comprise, et non à la seule eau de refroidissement prélevée sur place.
L’UNU compare ce volume aux besoins domestiques essentiels des 1,3 milliard d’habitants d’Afrique subsaharienne. C’est un ordre de grandeur, pas l’affirmation que les data centers priveront d’eau ces populations. Pour la seule eau de refroidissement, l’Agence France-Presse (AFP), citant le cabinet Rystad Energy, évoque environ 222 milliards de litres en 2025.
Au Cap, le premier recours africain
L’Afrique n’est plus extérieure au débat. Le Cap, en Afrique du Sud, a frôlé en 2018 le « Day Zero », le jour où les robinets de la ville auraient dû être coupés faute de réserves ; la coupure a finalement été évitée. C’est là qu’un projet de centre hyperscale porté par le groupe américain Equinix est contesté.
Le 6 août 2026, la Housing Assembly, organisation de défense du droit au logement, et le groupe britannique Foxglove, avec l’appui du Legal Resources Centre, ont déposé un recours contre l’autorisation accordée au projet. Ils invoquent l’insuffisance des informations sur la consommation d’eau et d’électricité, et sur les effets cumulés avec d’autres centres prévus dans la zone. Aucune décision sur ce recours n’a été rapportée à ce jour : le projet est contesté, pas annulé.
Le continent attire pourtant les investisseurs : l’Agence Ecofin recense 8,76 milliards de dollars de projets de data centers en Afrique. L’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya, l’Égypte et le Maroc accélèrent, et le Cameroun accueille à Douala le projet Cybastion de 42 milliards de FCFA, présenté sans aucun chiffre sur l’eau.
L’avantage d’arriver après
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’Afrique consommait en 2024 moins de 1 kilowattheure d’électricité de data centers par habitant, contre environ 540 aux États-Unis. Le continent n’a pas de parc ancien à corriger. Il peut imposer des normes aux nouvelles installations, ce qui coûte moins cher qu’une mise aux normes après coup.
L’Europe montre ce qu’il en coûte d’agir tard. Depuis 2024, certains centres doivent y déclarer leurs performances énergétiques et environnementales. Le 21 septembre 2026, la Commission européenne a proposé un système commun de notation qui intègre l’efficacité énergétique, l’efficacité hydrique, l’énergie propre et la réutilisation de la chaleur.
Trois règles s’en dégagent pour les pays africains. D’abord, publier : aucun grand centre sans déclaration régulière de ses prélèvements d’eau, de leur origine et de sa consommation électrique. Ensuite, réserver l’eau potable en dernier recours, au profit des eaux usées traitées et des circuits fermés. Enfin, faire de l’eau un critère du permis de construire, avec un scénario de sécheresse.
Pas de solution gratuite
Réduire l’eau peut augmenter l’électricité : un refroidissement sec ou en circuit fermé économise l’eau mais consomme davantage d’énergie, sur des réseaux africains déjà fragiles. Le climat local doit donc guider la technologie, et un modèle conçu pour l’Europe du Nord ne vaut pas à Lagos ou à Douala.
Le projet annoncé par Microsoft et le groupe émirien G42 au Kenya illustre une autre voie : une alimentation par l’énergie géothermique et des technologies d’économie d’eau prévues dès la conception. L’Afrique a besoin de data centers pour garder ses données et développer une IA qui lui soit propre, comme le montrait notre dossier sur l’IA africaine sous contrainte, et sa feuille de route sur les infrastructures numériques le rappelle. La question est de savoir, avant chaque mégawatt autorisé, combien de litres il coûtera.