Le conseil d’administration de la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a approuvé le 16 septembre 2026 une facilité de dette pouvant atteindre 414,2 millions de dollars pour le projet d’uranium de Dasa, dans le nord du Niger. Le détail compte : 397,4 millions de prêt à terme et 16,8 millions destinés à couvrir d’éventuels dépassements de coûts. Mais aucun dollar n’est décaissé, et cinq conditions restent à lever — dont la première ne dépend pas de l’entreprise : trouver par où sortir le concentré d’uranium d’un pays enclavé.
Ce qui a été approuvé, et ce qui ne l’est pas
Le communiqué de Global Atomic, société canadienne cotée à Toronto, a été publié le 16 septembre après une suspension de cotation. Le montant dépasse nettement les 295 millions envisagés jusque-là. La société indique avoir déjà signé des accords de vente couvrant 8,8 millions de livres d’octoxyde de triuranium sur les sept premières années de production.
Trois formulations doivent être respectées. Ce n’est pas une subvention versée au Niger. Ce n’est pas une prise de participation. C’est un financement de projet, conditionnel, au bénéfice d’une entreprise privée.
Avant tout décaissement, Global Atomic doit : identifier une route d’exportation viable pour le concentré ; obtenir la prolongation de sa convention minière et de son permis dans des termes compatibles avec la durée du financement ; obtenir des assurances du gouvernement nigérien sur les autorisations liées au remboursement du prêt ; conclure un accord direct entre la DFC et l’État nigérien ; et négocier la documentation définitive. La société précise elle-même qu’elle ne peut garantir que toutes ces conditions seront remplies.
La production commerciale est désormais visée au second semestre 2028. Le projet la promettait initialement pour 2026.
Le gisement, et qui le détient
Dasa se situe à environ 105 kilomètres au sud d’Arlit, dans la région d’Agadez. Le projet est porté par la Société minière de Dasa, détenue à 80 % par une filiale de Global Atomic et à 20 % par l’État nigérien. Son PDG, Stephen G. Roman, décrit « la plus grande mine d’uranium à haute teneur en Afrique », avec une étude de faisabilité révisée en 2026 portant sur 68,1 millions de livres sur plus de vingt ans.
C’est le seul grand projet d’uranium du pays porté par un opérateur occidental non français — une singularité qui explique l’essentiel de l’affaire.
Pourquoi Washington revient par le minerai
Deux ans après le retrait de ses troupes du Niger, les États-Unis reviennent par le financement de projet plutôt que par la base militaire. L’uranium figure depuis 2025 sur la liste américaine des minerais critiques, et Washington cherche à sécuriser des approvisionnements qui, autrement, pourraient s’orienter vers des puissances rivales.
Le Niger, de son côté, a rompu avec son partenaire historique : retrait du permis d’Imouraren, nationalisation de la société d’exploitation d’Arlit, contentieux devant l’arbitrage international. Il cherche des acheteurs. Accepter un financement américain, c’est prouver que la rupture avec Paris n’est pas une rupture avec l’Occident — alors que la Russie est devenue le pivot sécuritaire du pays, 200 hommes de l’Africa Corps ayant repris la base 101.
Le schéma n’est pas isolé. La même agence américaine finance quatre projets de minerais critiques sur le continent, dont la valeur ajoutée part aux États-Unis.
Le verrou logistique, et personne ne le tient
La première condition de la DFC est la plus difficile, et c’est celle sur laquelle l’entreprise a le moins de prise. Le Niger est enclavé. Le concentré d’uranium d’Arlit sortait historiquement par la route vers le port de Cotonou ; la frontière avec le Bénin est fermée depuis le coup d’État de juillet 2023.
Les alternatives — Lomé via le Burkina Faso, Lagos via le Nigeria, l’Algérie vers le nord — supposent chacune un accord politique et la sécurisation de plusieurs centaines de kilomètres de route. Aucune n’est acquise : les relations avec Alger se sont tendues, trois gardes ayant été tués en septembre 2026. Global Atomic n’a pas indiqué quelle option elle privilégie.
Une négociation à trois qui commence
Les autres conditions engagent directement l’État nigérien : extension de la convention, garanties de transfert de devises, accord direct avec l’agence américaine. Elles supposent qu’un régime militaire qui a expulsé les soldats américains signe avec une agence du gouvernement des États-Unis des engagements qui l’obligent pour deux décennies.
Le dossier Dasa condense la nouvelle donne sahélienne : un pouvoir qui a chassé les armées occidentales mais négocie leur argent ; une puissance qui revient par le prêt plutôt que par la base ; une compagnie canadienne au milieu, qui porte le risque. Ce que le 16 septembre annonce, ce n’est pas une mine : c’est une négociation à trois qui commence. C’est une lecture de la rédaction.








