Rebranding Africa Forum 2026 23 & 24 octobre 2026 · Bruxelles « Systèmes de santé en Afrique :
Innover pour soigner,
Soigner pour développer. »
Réserver ma place

Eni Sénégal : 5 blocs offshore étudiés, aucun contrat

Installation pétrolière offshore au large du Sénégal, où Eni va évaluer cinq blocs

Chapô — Le ministre sénégalais de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, a signé le lundi 14 septembre 2026 à Bangkok, en marge du salon Gastech, un protocole d’accord avec le groupe italien Eni portant sur l’évaluation du potentiel pétrolier et gazier de cinq blocs offshore. Eni financera les études à ses frais. Le texte n’est ni un contrat pétrolier ni un titre d’exploration, et n’ouvre aucun droit automatique à un contrat futur.

Ce que le protocole Eni Sénégal prévoit exactement

Les cinq blocs concernés sont SN01M, SN02M, SN03M, SN07M et SN40M. Selon le communiqué du ministère de l’Énergie et du Pétrole, Eni conduira à ses frais un programme d’études géologiques et géophysiques exploitant les données sismiques 2D et 3D ainsi que les données de puits déjà acquises. Il ne s’agit donc pas d’acquérir de nouvelles données sur le terrain, mais de relire celles qui existent.

Petrosen Exploration & Production, filiale de la société nationale des pétroles du Sénégal, est reconnue comme partenaire technique. Elle participera aux ateliers et au transfert de connaissances prévus pendant la phase d’évaluation.

Le communiqué encadre la portée du texte avec une précision inhabituelle : le protocole ne constitue ni un contrat pétrolier ni l’attribution d’un titre d’exploration ou d’exploitation, et n’accorde pas à Eni un droit automatique à un futur contrat. Toute étape ultérieure resterait soumise au Code pétrolier de 2019 et à ses procédures d’attribution.

« Le Sénégal dispose d’un bassin sédimentaire à fort potentiel que nous voulons mieux connaître, promouvoir et valoriser », a déclaré El Hadji Abdourahmane Diouf, qui dit vouloir « remettre l’exploration au cœur » de la stratégie pétrolière du pays.

Pourquoi Dakar cherche un explorateur

Le Sénégal est devenu producteur de pétrole le 11 juin 2024, avec le premier baril du champ de Sangomar, exploité par l’australien Woodside aux côtés de Petrosen, pour une production visée d’environ 100 000 barils par jour. Le projet a mobilisé près de 5 milliards de dollars d’investissement. Un an plus tard, le gaz de Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, entrait à son tour en production.

Mais ces deux projets sont l’héritage de découvertes faites au milieu des années 2010. Depuis, l’exploration s’est essoufflée : plusieurs compagnies ont rendu leurs permis et aucun opérateur de premier plan n’est venu les remplacer. Le domaine minier sénégalais compte des dizaines de blocs offshore libres, dont ceux visés par le protocole.

L’enjeu financier est direct. Le groupe Petrosen portait 660,2 milliards de FCFA de dette fin 2024, contre 32,2 milliards cinq ans plus tôt — soit à elle seule plus du tiers de la dette du secteur parapublic sénégalais, et une dette presque entièrement extérieure. Ces emprunts sont liés à l’exploration, au raffinage et aux projets gaziers. Dans le même temps, les recettes d’hydrocarbures figurent parmi les piliers de la trajectoire budgétaire présentée au Fonds monétaire international, comme nous l’avons détaillé début septembre.

Sans découvertes nouvelles, la production sénégalaise plafonnera puis déclinera au tournant des années 2030. Relancer l’exploration aujourd’hui, c’est préparer la génération de projets qui succédera à Sangomar.

Ce que l’accord coûte à chacun : rien

C’est la caractéristique du montage. Eni évalue gratuitement des données que l’État possède déjà ; l’État obtient une expertise qu’il n’aurait pas financée et un signal envoyé au marché. Aucune des deux parties n’engage de capital.

Eni est l’un des explorateurs les plus actifs du continent, présent notamment en Côte d’Ivoire, en Égypte, au Mozambique et au Congo-Brazzaville. Sa réputation régionale tient à sa capacité à convertir rapidement une découverte en production — le champ ivoirien de Baleine, entré en production très peu de temps après sa découverte, est la référence citée dans toute la sous-région. Le Sénégal était jusqu’ici absent de son portefeuille ouest-africain.

Reste que ce qui ne coûte rien ne lie personne. Un protocole d’études se dénonce sans frais, et rien n’oblige Eni à demander ensuite un contrat de recherche et de partage de production. Le vrai test viendra à la fin de la phase d’évaluation, dont la durée n’a pas été précisée : c’est seulement si Eni sollicite un titre que le sujet deviendra un engagement financier, avec sismique nouvelle et forages à plusieurs dizaines de millions de dollars.

Les conditions que Dakar posera alors seront le second test. Le Code pétrolier de 2019 réserve à Petrosen une participation portée, et le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a fait de la renégociation des contrats pétroliers un thème politique assumé. Le Sénégal avait déjà cherché du côté algérien, avec Sonatrach, un partenariat du même ordre.

À ce stade, le Sénégal n’a rien cédé et Eni n’a rien promis. C’est ce qui fait la valeur de l’accord pour les deux parties — et sa fragilité. Eni n’a de son côté publié aucune communication sur ce protocole : l’information reste, à ce jour, unilatérale.

Source : communiqué du ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines du Sénégal, 14 septembre 2026.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app