Les exportations du Cameroun vers les États-Unis ont atteint 151,9 milliards de FCFA entre janvier et juillet 2026, contre 69,3 milliards un an plus tôt. Une progression de 119,2 %, selon les statistiques du U.S. Census Bureau. Le chiffre est spectaculaire. Il repose sur deux mois, et le tableau qui le porte ne dit ni quels produits ont été vendus, ni par qui.
Ce que disent les chiffres, et d’où ils viennent
Ces données sont celles de l’administration statistique américaine : elles enregistrent les importations des États-Unis en provenance du Cameroun, et non les déclarations douanières camerounaises. Les deux séries peuvent diverger, et il ne faut pas les confondre.
En valeur, la hausse représente 82,6 milliards de FCFA de ventes supplémentaires, soit environ 269 millions de dollars sur la période contre 122,7 millions un an auparavant.
Le flux inverse progresse presque au même rythme : les exportations américaines vers le Cameroun passent de 49,5 à 97,7 milliards de FCFA sur les sept premiers mois, une hausse de 97,3 %. Le solde reste favorable à Yaoundé, avec un excédent commercial bilatéral de 54,2 milliards de FCFA, environ 96 millions de dollars. Une précision compte : ce solde ne couvre que les biens. Les échanges de services en sont absents — un domaine où les États-Unis affichent généralement une position exportatrice dominante.
Deux mois font plus de la moitié de l’année
C’est la lecture mensuelle qui rend le chiffre suspect, au sens journalistique du terme.
Janvier, février et mars s’inscrivent dans la continuité de l’année précédente : 12,2 milliards, 19,7 milliards, puis 11,2 milliards de FCFA. Rien d’anormal. La rupture intervient au deuxième trimestre. Avril grimpe à 56,2 milliards de FCFA, mai à 29,7 milliards.
À eux seuls, ces deux mois pèsent 85,9 milliards, soit 56,5 % des exportations de la période.
L’effet est plus net encore si l’on isole la croissance. D’une année sur l’autre, les achats américains d’avril et mai passent de 37,2 à 152,1 millions de dollars. Cet écart de 114,9 millions représente 78,5 % du surplus total enregistré sur les sept mois.
Autrement dit, la performance annuelle du Cameroun sur le marché américain se joue sur deux livraisons. Une telle concentration évoque des cargaisons ponctuelles de matières premières plutôt qu’un élargissement durable de la base exportatrice.
Le trou noir : que vend le Cameroun aux États-Unis ?
Le tableau bilatéral ne précise ni les produits, ni les entreprises à l’origine des flux. Il ne permet pas non plus de distinguer l’effet des prix de celui des quantités vendues.
Cette lacune n’est pas technique, elle est décisive. Une hausse de 119 % en valeur peut recouvrir trois réalités très différentes : une augmentation réelle des volumes exportés, une envolée des cours mondiaux sur un produit inchangé, ou l’entrée en jeu d’un nouveau produit à forte valeur unitaire. Les trois n’ont pas les mêmes implications pour l’emploi, les recettes fiscales ou la stratégie industrielle.
L’exercice précédent invite à la prudence. Selon une note de conjoncture du Conseil national des chargeurs du Cameroun, les volumes exportés vers le marché américain avaient progressé de 12 959 à 14 588 tonnes entre 2024 et 2025 — soit 12,6 % de plus — pendant que la valeur reculait de 46 à 38,3 milliards de FCFA, en baisse de 16,6 %. Plus de tonnes, moins de recettes. Le découplage entre volume et valeur est donc documenté sur cette relation commerciale précise.
Le contexte tarifaire et diplomatique
Deux éléments encadrent la période.
D’abord les droits de douane : Washington applique depuis août 2025 une taxe de 15 % sur certaines importations, dont des produits camerounais. La progression de 2026 s’observe donc malgré ce prélèvement, ce qui rend l’analyse produit par produit d’autant plus nécessaire.
Ensuite le calendrier diplomatique. Le premier dialogue économique et commercial bilatéral s’est tenu les 27 et 28 août 2026 à Yaoundé et a identifié quatre à six secteurs de coopération. Les montants cités divergent selon les reprises : environ 4 000 milliards de FCFA d’opportunités identifiées d’un côté, près de 7 milliards de dollars — soit environ 4 200 milliards de FCFA — de l’autre. Nous n’avons pas pu trancher entre les deux.
Parmi les projets évoqués figurent celui de rutile et terres rares de Minta, dans la région du Centre, développé par l’américain Tronox et l’australien Lion Rock Minerals pour un montant annoncé de 500 millions de dollars, et un projet cobalt-nickel-manganèse sur le gisement de Nkamouna-Lomié, dans le Haut-Nyong, en négociation avec la société américaine ARM. Ces annonces relèvent de niveaux de maturité très inégaux : certaines sont engagées, d’autres au stade de la discussion.
Ne pas confondre le signal et le socle
Il faut enfin remettre l’ensemble à l’échelle. Le rapport sur l’économie camerounaise en 2025 place l’Union européenne au premier rang des destinations, avec 50,1 % des exportations, devant l’Asie orientale (23,6 %) et l’Afrique centrale (8,5 %). L’Amérique du Nord n’en capte que 5,6 %, dont environ trois quarts pour les seuls États-Unis.
Doubler une part marginale reste un doublement d’une part marginale. Le chiffre mérite d’être relevé, pas célébré — et surtout pas interprété comme un basculement de l’orientation commerciale du pays. Sur la même période, les exportations camerounaises ont perdu 187 milliards de FCFA toutes destinations confondues.
La question utile n’est donc pas de savoir si les exportations ont augmenté. C’est de savoir ce qui est parti dans les cales d’avril et mai, et si cela repartira l’an prochain.
Sources
- Investir au Cameroun, « Cameroun–États-Unis : les exportations camerounaises progressent de 119 % à 151,9 milliards de FCFA en sept mois », 13 septembre 2026.
- Africtelegraph, reprise détaillée de la même série mensuelle, septembre 2026.
- U.S. Census Bureau, statistiques d’échanges bilatéraux — source de base, non consultée en primaire.
- Conseil national des chargeurs du Cameroun, note de conjoncture sur les volumes et valeurs exportés vers les États-Unis en 2024-2025, citée par Africa Supply Chain Magazine.
- Comptes rendus du dialogue économique bilatéral des 27-28 août 2026 et parts par destination, reprises de presse camerounaise.








