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Importations Algérie : 130 milliards demandés en 6 mois

Port de commerce en Algérie, contrôle administratif des importations

Le ministère algérien du Commerce extérieur a révélé le 5 septembre 2026 que 3 961 opérateurs employant entre zéro et cinq salariés avaient déposé, pour le seul second semestre 2026, des programmes prévisionnels d’importation totalisant 130,32 milliards de dollars. Soit près de trois fois les importations annuelles du pays. Le 7 septembre, une réunion présidée par Abdelmadjid Tebboune a qualifié ces demandes de « déclarations mensongères ».

Le chiffre est matériellement impossible, et c’est précisément pour cette raison qu’il a été rendu public.

Ce qu’a révélé le ministère

Le communiqué porte sur les programmes prévisionnels d’importation (PPI), déclarations que les entreprises algériennes doivent déposer sur une plateforme numérique dédiée aux importations de matières premières, d’intrants et d’équipements de production, pour validation par le ministère de Kamel Rezig.

L’extraction des données du second semestre 2026 a fait apparaître que 3 961 opérateurs de zéro à cinq salariés sollicitaient 130,32 milliards de dollars d’autorisations.

Le ministère a également relevé une anomalie de calendrier. Certaines entreprises avaient déclaré des salariés à la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS) de janvier au 31 mars 2026, n’en déclaraient plus aucun en avril, mai et juin, puis en déclaraient de nouveau à partir du 1er juillet — « période coïncidant avec les phases de dépôt et d’examen » des programmes. Des effectifs qui apparaissent quand il faut justifier une demande, et disparaissent ensuite.

Une ventilation qui ne s’additionne pas

La répartition par tranche d’effectifs a circulé dans la presse algérienne sous la forme suivante : 149 opérateurs sans salarié pour 484,58 millions de dollars ; 949 entreprises à un salarié pour 21,84 milliards ; 851 à deux salariés pour 88,76 milliards ; 722 à trois salariés pour 15,52 milliards ; 641 à quatre pour 1,74 milliard ; 649 à cinq pour 13,84 milliards.

Le nombre d’opérateurs est cohérent : ces six tranches totalisent bien 3 961 entreprises. Les montants, eux, ne le sont pas. Additionnés, ils donnent environ 142 milliards de dollars, et non les 130,32 annoncés par le ministère.

L’écart d’environ 12 milliards n’est expliqué par aucune source. Deux lectures coexistent : soit la tranche des entreprises à deux salariés a été mal transcrite — un montant proche de 76,9 milliards rendrait le total compatible avec le chiffre officiel —, soit le total lui-même recouvre un périmètre différent. Aucune n’est établie. Notre Afrik publie la ventilation telle qu’elle circule, en signalant qu’elle ne s’additionne pas.

130 milliards demandés ne sont pas 130 milliards importés

La distinction est décisive et le ministère l’a lui-même posée. Ces montants ne correspondent ni à des marchandises entrées en Algérie, ni à des devises dépensées, ni même à des devises réclamées à la Banque d’Algérie.

Il s’agit de programmes prévisionnels soumis à validation. Le ministère rappelle leur « caractère indicatif » et écrit, dans le même communiqué, que ce caractère « ne signifie pas nécessairement que les montants annoncés sont irréalistes ou incompatibles avec les besoins d’une entreprise ».

Trois explications possibles, aucune établie

L’Algérie importe, toutes catégories confondues, de l’ordre de 45 à 50 milliards de dollars de biens par an. Que 3 961 très petites entreprises demandent, pour six mois, l’équivalent de deux ans et demi d’importations nationales appelle une explication. À titre de comparaison, la Turquie tout entière a vendu 13,3 milliards de dollars de marchandises à l’ensemble du continent africain en sept mois.

Trois circulent dans la presse algérienne, et elles ne s’excluent pas :

  • La fraude : des sociétés créées pour obtenir des autorisations d’importation, soit pour revendre les quotas, soit pour surfacturer et transférer des devises — un schéma que la justice algérienne poursuit depuis 2019.
  • La sur-déclaration stratégique : dans un système où les programmes sont validés puis rabotés par l’administration, des opérateurs demandent très large pour obtenir suffisamment.
  • L’erreur de saisie : des montants en dinars entrés comme des dollars, ou des zéros surnuméraires, sur une plateforme récente. Cette hypothèse expliquerait aussi une partie de l’incohérence arithmétique relevée plus haut.

La présidence a tranché pour la première. Le ministère, dans son communiqué initial, laissait la porte ouverte aux autres. Aucune enquête n’a abouti à ce jour.

Du « caractère indicatif » aux « déclarations mensongères »

Le 7 septembre, le président Abdelmadjid Tebboune a présidé une réunion consacrée à ces données, en présence du Premier ministre Sifi Ghrieb, de Kamel Rezig, de la ministre du Commerce intérieur Amel Abdellatif, du ministre des Finances Mohamed Lamine Lebbou et du directeur général des Douanes.

Le communiqué de la présidence évoque des « déclarations mensongères » susceptibles de porter atteinte aux finances publiques et annonce des mesures contre leurs auteurs. Les sanctions concrètes — retrait de registre du commerce, exclusion de la plateforme, poursuites — n’ont pas été détaillées.

Le glissement de ton en quarante-huit heures est notable : du « caractère indicatif » et des « vérifications » du samedi aux « déclarations mensongères » du lundi.

Un commerce extérieur sous allocation administrative

L’épisode éclaire le fonctionnement du commerce extérieur algérien, l’un des plus administrés du continent. Depuis 2020, Alger a multiplié les instruments pour comprimer la facture d’importation et protéger ses réserves de change : interdictions ciblées, obligation de domiciliation bancaire, programmes prévisionnels validés, plateforme numérique pour les intrants industriels.

La logique est celle d’une allocation administrative des devises, où l’accès à l’importation est un privilège accordé et non un droit. D’où la tentation de le capter, et la nécessité pour l’État de vérifier qui le demande. Le volet industriel de cette politique, lui, produit des résultats plus lisibles : Alger a par exemple mis la production locale au service de son secteur ferroviaire.

Le ministère présente la publication de ces données comme une preuve d’efficacité de la plateforme : sans elle, ces demandes n’auraient jamais été agrégées ni rendues visibles. C’est exact. Mais l’affaire révèle aussi la fragilité d’un dispositif qui repose sur des déclarations dont l’administration découvre l’incohérence après coup — et pose la question de ce qui a été validé lors des semestres précédents.

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