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Uber quitte le Nigeria et l’Ouganda, 4e départ en un an

Circulation dense sur une artère de Lagos au Nigeria, marché quitté par Uber

Uber a cessé ses activités au Nigeria et en Ouganda le mercredi 2 septembre 2026, le jour même où son directeur général Dara Khosrowshahi annonçait la suppression d’environ 3 300 emplois dans le monde. Après la Côte d’Ivoire en septembre 2025 et la Tanzanie en janvier 2026, c’est le quatrième marché africain que la plateforme abandonne en douze mois. Elle n’opère plus que dans quatre pays du continent.

Un arrêt immédiat, sans cause désignée

« Après un examen approfondi de nos activités, nous avons pris la décision difficile de mettre fin à nos opérations au Nigeria, à compter du 2 septembre 2026 », indique le communiqué du groupe, cité par Africanews. Uber précise que « cette décision se limite strictement à ces deux marchés et n’a aucune incidence sur nos opérations dans le reste du continent ».

Selon Bénin Web TV, l’entreprise justifie son choix par la volonté de concentrer ses investissements sur les marchés où elle peut offrir aux chauffeurs des revenus à grande échelle, et dément tout lien avec un différend réglementaire sur l’accès aux aéroports.

Elle ne va pas plus loin. Ni le carburant, ni l’inflation, ni la concurrence ne sont cités. Tout ce qui suit relève d’analyses extérieures, et doit être lu comme tel.

La sortie a pris les usagers en pleine course

La coupure a été brutale. Reuters, cité par Africa Briefing, rapporte que les utilisateurs cherchant une course se sont vu répondre qu’aucun véhicule n’était disponible. The Register évoque des trajets interrompus en cours de route.

Les chauffeurs ont été prévenus par un courriel — « nous savons que c’est une nouvelle difficile », selon TechCabal — leur promettant un geste de bonne volonté ponctuel. Le centre d’assistance reste ouvert vingt et un jours, jusqu’au 23 septembre, pour solder les litiges.

Uber était arrivé à Lagos en 2014, avant de s’étendre à Abuja et à d’autres villes, et avait même lancé en 2019 un service de bateaux-taxis sur la lagune. En 2023, son directeur pays Tope Akinwumi chiffrait les revenus collectifs des chauffeurs à environ 6,1 milliards de nairas par an. À Kampala, où la plateforme s’était installée en 2016, le message aux usagers parlait d’« un privilège absolu » d’avoir servi la ville, selon le Daily Monitor.

L’équation économique du chauffeur nigérian

Le contexte, lui, est documenté. La suppression de la subvention à l’essence en mai 2023, puis la libéralisation du taux de change, ont fait bondir les coûts d’exploitation — carburant, pièces importées, entretien — pendant que les tarifs des applications suivaient avec retard.

Les commissions d’Uber, montées jusqu’à 25 % du prix de la course selon Bénin Web TV, ont nourri des grèves répétées. En mars 2026 encore, des chauffeurs d’Uber, Bolt et inDrive manifestaient à Lagos contre des tarifs jugés inférieurs à leurs coûts, rappelle The Africa Report.

C’est le point central du dossier, et il ne concerne pas qu’Uber : entre ce que le passager peut payer et ce qui doit rester au chauffeur pour couvrir ses charges, l’écart s’est refermé. Le marché n’a pas disparu — une étude Ipsos commandée par Bolt estime à environ trois millions le nombre de travailleurs de plateformes au Nigeria, dont près d’un quart dans le transport de personnes. C’est le prix d’équilibre qui a cessé d’exister.

La concurrence n’a pas attendu

L’estonien Bolt, présent dans plus de trente villes nigérianes, détiendrait environ deux tiers du marché du transport à la demande, selon une estimation de 2025 citée par The Africa Report — qui n’en indique pas la source.

inDrive, plateforme internationale fondée en Russie et dont le siège est aux États-Unis, laisse chauffeur et passager négocier le prix, prélève des commissions plus faibles, et a lancé dès le 2 septembre une campagne de recrutement des anciens chauffeurs Uber. LagRide, service soutenu par l’État de Lagos, a porté sa flotte au-dessus de 2 000 véhicules avec un programme de location-vente. En Ouganda, Bolt, Faras, Yango et le local SafeBoda — passé des motos-taxis aux voitures — se partagent le terrain.

Reste le cas des chauffeurs endettés. Beaucoup ont financé leur véhicule via Moove, société de financement automobile née à Lagos et dont le modèle est adossé aux revenus des courses Uber. Moove a autorisé ses chauffeurs à travailler pour Bolt et inDrive dès le 2 septembre, selon Technext.

Ibrahim Ayoade, secrétaire général du syndicat des transporteurs par application (AUATON-NG), avertit dans TechCabal que le départ d’Uber ne transfère pas automatiquement chauffeurs et clients à ses rivaux : « c’est désormais un marché libre pour tout le monde ».

Les robotaxis ne roulent pas à Lagos

Le retrait africain s’inscrit dans une restructuration mondiale. Dans une note interne du 2 septembre, Dara Khosrowshahi a annoncé la suppression d’environ 3 300 postes — la plus forte coupe depuis la pandémie de Covid-19 — pour simplifier les structures, concentrer les équipes mondiales à New York et San Francisco, et rediriger les capitaux vers les produits historiques, la rémunération des chauffeurs et livreurs, et les véhicules autonomes.

TechTimes chiffre à plus de 10 milliards de dollars l’investissement d’Uber dans les robotaxis, et relève ce que cet arbitrage signifie : cette technologie ne peut pas circuler sur les routes de Lagos. Le capital part là où le véhicule autonome est déployable, c’est-à-dire hors du continent.

Neuf marchés africains en 2013, quatre en 2026

Entré en Afrique par Johannesburg en 2013, Uber avait compté jusqu’à neuf marchés. Le retrait de Côte d’Ivoire en septembre 2025, après six ans à Abidjan, a laissé la place au russe Yango ; celui de Tanzanie, le 30 janvier 2026, a suivi un bras de fer réglementaire sur les tarifs. Il ne reste que l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Ghana et le Kenya.

Une réserve sur ce décompte : Africa Presse évoque un retour d’Uber au Maroc axé sur le tourisme, après sept ans d’absence — information que nous n’avons pas pu confirmer, et qui contredirait le chiffre de quatre marchés repris par Africanews et Bénin Web TV.

Le nombre de chauffeurs concernés reste lui aussi incertain : Africtelegraph et TechTimes parlent de dizaines de milliers, Africa Presse de plus de 5 000 au Nigeria à l’apogée. Uber n’a communiqué aucun chiffre.

Ce que ce départ dit du continent

Le schéma rappelle celui de Jumia, qui a levé 50 millions de dollars en août 2026 pour viser l’équilibre : une forte demande, un faible pouvoir d’achat, une volatilité monétaire qui érode des revenus comptabilisés en dollars, et une régulation qui se durcit — Lagos comme Kampala travaillent à des cadres plus stricts en matière de licences, de prélèvements et d’obligations sociales.

La question que pose ce retrait n’est pas celle de la solidité d’Uber, qui va très bien. C’est celle de savoir si des champions régionaux peuvent tenir là où une plateforme mondiale renonce. Bolt, SafeBoda et LagRide en donnent un début de réponse — sans qu’aucun n’ait encore prouvé sa rentabilité sur la durée dans ces conditions.

Sources : communiqué d’Uber via Africanews (3 septembre 2026) ; Bénin Web TV, The Africa Report, TechCabal, The Register, TechTimes, Africa Briefing (citant Reuters), Technext, Daily Monitor, Africtelegraph, Africa Presse, 2-4 septembre 2026.

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