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Côte d’Ivoire numérique : de 17 à 700 services publics

Côte d'Ivoire numérique : le quartier du Plateau à Abidjan

La Côte d’Ivoire veut porter à 700 le nombre de services publics numériques coordonnés, et atteindre une administration « zéro papier » à l’horizon 2030. Le point de départ est modeste : dix-sept services effectivement digitalisés aujourd’hui. Le ministre de la Transition numérique a reconnu à la clôture de l’atelier que des projets antérieurs avaient été « conçus en fonction des financements disponibles plutôt qu’à partir des besoins réels ». C’est cet aveu, plus que l’objectif, qui rend la démarche intéressante.

L’objectif et le point de départ

L’atelier national de priorisation des services publics numériques s’est tenu les 3 et 4 septembre 2026 à Abidjan, organisé par le ministère de la Transition numérique et de l’Innovation technologique avec la Société nationale de développement informatique.

Le ministre Djibril Ouattara y a annoncé l’objectif : 700 services publics numériques coordonnés et à fort impact. Un premier portefeuille d’une centaine de services prioritaires doit être constitué à l’issue des travaux, avec les premières orientations d’une feuille de route nationale.

Une précision s’impose sur l’échéance, car les sources divergent. Selon les reprises, l’objectif des 700 services est fixé « d’ici trois ans », à l’horizon 2028 ou d’ici 2029 ; le « zéro papier » vise 2030. Sur un programme dont le ministre reconnaît lui-même les défauts de pilotage passés, cette imprécision de calendrier est le premier point à clarifier.

Ce que le ministre a reconnu

C’est l’élément le plus significatif de la séquence, et il est rare dans une communication gouvernementale.

Djibril Ouattara a estimé que des initiatives antérieures avaient été conçues « en fonction des financements disponibles plutôt qu’à partir des besoins réels de l’administration et des populations ».

Cette phrase décrit un mécanisme documenté dans de nombreux programmes de numérisation africains : un bailleur finance une plateforme sectorielle, l’administration concernée la déploie, et le pays se retrouve avec une collection d’applications qui ne communiquent pas entre elles.

Cent vingt et une initiatives, dix-sept services

Les chiffres donnent la mesure exacte du problème.

Selon un rapport réalisé en 2023 et publié en 2025, la Côte d’Ivoire comptait déjà près de 211 initiatives de transformation du service public, dont 121 numériques — soit 57,34 % de l’ensemble.

Cent vingt et une initiatives numériques pour dix-sept services effectivement digitalisés. L’écart n’est pas un retard de déploiement : il mesure la dispersion. Des projets ont été lancés, financés, parfois livrés, sans que l’usager final voie un service utilisable.

Le changement de méthode

La réponse annoncée porte sur trois volets, et le premier est le plus structurant.

L’infrastructure commune. Plutôt que de multiplier les plateformes, le gouvernement veut construire des socles partagés : identité numérique unique, plateforme d’interopérabilité, échange de données, paiements, services de confiance et registres de référence.

Le principe est celui de la brique réutilisable. Une fois l’identité numérique établie, chaque nouveau service s’y adosse au lieu de recréer son propre système d’authentification. C’est ce qui distingue une administration numérique d’une juxtaposition de sites.

La priorisation par l’impact. Les services sont évalués selon trois critères — impact, faisabilité et transversalité — et non selon la seule faisabilité technique. Pour chaque service retenu, les groupes de travail doivent identifier les données, registres et échanges nécessaires.

La gouvernance. « La priorité numéro un, c’est d’arriver à mettre un cadre de gouvernance sur la transition numérique », a déclaré le ministre. « Si on n’a pas un cadre de gouvernance, on ne pourra rien faire. »

Le milliard de FCFA qui changerait tout

Trois projets de décrets sont envisagés : deux sur la gouvernance du numérique, un sur la normalisation de la fonction de directeur des systèmes d’information dans les ministères.

S’y ajoute un seuil d’un milliard de francs CFA, également envisagé, au-delà duquel tout projet numérique serait soumis à un mécanisme renforcé de validation et de coordination.

C’est le point le plus concret du dispositif. Il institue un contrôle centralisé sur les dépenses informatiques significatives — précisément le mécanisme qui empêche un ministère de commander une plateforme redondante avec l’argent d’un bailleur. Il reste au stade de l’intention : rien n’indique qu’il soit adopté.

Ce que les participants eux-mêmes ont relevé

Deux difficultés ont été formulées à l’issue des travaux, et elles se renforcent mutuellement.

Certaines structures attendues n’ont pas pris part à l’atelier. Et la maturité numérique demeure très variable d’une administration à l’autre. Une administration en retard qui ne participe pas à la définition des standards communs sera d’autant plus difficile à raccorder ensuite.

Le pays dispose pourtant d’acquis réels : services dématérialisés dans les secteurs fiscal et douanier, guichets uniques, et un registre national des personnes physiques fondé sur un identifiant unique. C’est ce dernier élément qui rend crédible le projet d’identité numérique — le socle existe, il s’agit de le connecter.

Trois pays, la même idée

Le calendrier ivoirien s’inscrit dans un mouvement régional.

Le Burkina Faso annonçait en juillet 2026 avoir dématérialisé 220 licences administratives, dans un programme incluant le rapatriement des données publiques vers deux centres de données nationaux et un système d’identification électronique unique.

Le Nigeria a dévoilé le 18 août une politique nationale du cloud visant 750 millions de dollars d’investissements privés et 90 000 kilomètres de fibre.

Les trois convergent sur la même architecture : l’identité numérique et l’interopérabilité comme socles, la souveraineté des données comme objectif.

Trois indicateurs plus parlants que le chiffre de 700

Le nombre de services effectivement mis en ligne à échéance intermédiaire — fin 2027 par exemple — rapporté aux dix-sept actuels. C’est la seule mesure d’avancement qui ne se prête pas à l’annonce.

Le taux d’usage réel ensuite. Un service dématérialisé qu’aucun citoyen n’utilise ne remplace pas le guichet : il s’y ajoute, et il coûte davantage. C’est l’écueil habituel des programmes de gouvernement électronique.

L’accessibilité enfin, et elle est rarement chiffrée. Un service en ligne suppose une connexion et un terminal. Or le segment des smartphones sous 100 dollars s’est contracté de 34 % en Afrique au deuxième trimestre 2026, sous l’effet de la flambée du coût des puces mémoire.

Une administration entièrement dématérialisée en 2030 suppose que l’usager puisse y accéder. Ce n’est pas le ministère du Numérique qui en décidera.

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