Les bourses africaines affichent des performances que peu de marchés mondiaux égalent. La BRVM a clôturé 2025 sur une hausse de 25,26 % de son indice Composite. À fin mai 2026, l’indice NGX-Industrial du Nigeria progressait de 69,96 % depuis janvier, le GSE-Composite ghanéen de 69,59 %.
Un investisseur ivoirien ne peut toujours pas acheter simplement une action ghanéenne. La performance est réelle ; l’accès ne l’est pas. C’est ce second constat qui commande le premier.
Une précision de méthode avant les chiffres
Cet article n’est pas un compte rendu de séance et ne prétend restituer aucun palmarès quotidien. Les données citées proviennent de relevés publiés et datés, non d’un classement du jour que nous n’avons pas pu consulter.
Une réserve s’impose d’ailleurs sur ces performances, et elle est méthodologique. Une partie de ces hausses reflète l’inflation domestique et les mouvements de change plutôt qu’une création de valeur réelle. Un indice qui progresse de 70 % en naira dans un pays dont la monnaie s’est dépréciée ne dit pas la même chose qu’une hausse équivalente en devise stable.
Ce que mesurent ces classements
L’Afrique compte trente-deux bourses de valeurs et environ 2 000 sociétés cotées. Deux seulement sont régionales : la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), à Abidjan pour les huit pays de l’UEMOA, et la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC), à Douala. Les trente autres sont nationales.
La BRVM a atteint fin 2025 un niveau historique de 345,75 points, avec une progression cumulée proche de 100 % sur cinq ans. Sa capitalisation s’établissait à 24 781,3 milliards de FCFA, soit 18,37 % du PIB de l’UEMOA.
Le classement de fin mai 2026 plaçait le NGX-All Share à 45,05 %, devant le Zimbabwe (28,63 %), l’Ouganda (19,65 %) et la BRVM (16,44 %).
Le problème que les palmarès ne montrent pas
C’est le point structurel, et il donne son intérêt à ces comparaisons.
Un investisseur africain qui constate qu’Accra progresse de 70 % ne peut pas, en pratique, y placer son épargne depuis Abidjan ou Douala. Il lui faudrait ouvrir un compte auprès d’un intermédiaire ghanéen, convertir sa monnaie, se conformer à deux réglementations de change et accepter un risque de rapatriement.
Les performances sont publiques. L’accès ne l’est pas.
Cette limite a un nom et une tentative de réponse : l’African Exchanges Linkage Project, porté par l’Association des bourses de valeurs africaines et la Banque africaine de développement, vise l’interconnexion des places du continent, afin qu’un ordre passé sur une bourse puisse être exécuté sur une autre. Le projet existe depuis plusieurs années ; son état d’avancement mérite d’être documenté avant toute conclusion sur son efficacité.
Ce que le dossier Dangote a rendu visible
La démonstration la plus récente de ce cloisonnement est venue du plus gros actif industriel privé du continent.
La raffinerie Dangote prépare une introduction en Bourse d’environ 5 milliards de dollars. Johannesburg, Nairobi, Accra, Kigali et la BRVM ont manifesté leur intérêt ; les fonds de pension kényans pourraient mobiliser jusqu’à 500 millions de dollars.
Aucune double cotation simultanée n’est prévue. La Bourse de Johannesburg a confirmé des discussions pour une cotation secondaire postérieure à l’opération nigériane, et des solutions alternatives sont à l’étude — certificats de dépôt, instruments reflets.
La raison n’est pas politique. Elle tient à l’absence d’accords de compensation et de conservation des titres entre infrastructures de marché, et à l’hétérogénéité des régimes de change.
Pendant ce temps, Glencore prépare une cotation secondaire à Sydney pour accéder aux 3 100 milliards de dollars des fonds de pension australiens.
L’écart qui compte vraiment
Un chiffre traverse ces dossiers et mérite d’être posé nettement.
Les investisseurs institutionnels africains — fonds de pension, assureurs, fonds souverains — gèrent environ 4 000 milliards de dollars d’actifs. Moins de 2,7 % sont alloués aux infrastructures et aux secteurs productifs du continent, selon la Banque africaine de développement.
Ce n’est pas un manque d’épargne. C’est un manque de canal.
Le contraste avec les infrastructures de paiement est frappant. Celles-ci progressent vite : QR code interopérable en zone CEMAC, admission du kwanza dans le système de règlement de la SADC, nouvelle chambre de compensation SYSTAC 2, extension du PAPSS. Un commerçant camerounais peut désormais encaisser un paiement depuis N’Djamena. Un épargnant camerounais ne peut toujours pas souscrire simplement à une introduction en Bourse à Lagos.
La tuyauterie des transactions se construit plus vite que celle de l’épargne.
Une contrainte que les marchés de dette illustrent aussi
Le cloisonnement ne concerne pas que les actions. Sur les titres publics, la profondeur de marché détermine directement le coût du financement des États — le Tchad n’a levé en août que 84 % des montants recherchés sur le marché de la CEMAC, quand le Togo obtenait au même moment une couverture de 500 % en Afrique de l’Ouest.
Deux zones franc, deux profondeurs bancaires, deux coûts de la dette. Le mécanisme est le même que pour les actions : une épargne qui ne circule pas se paie en taux d’intérêt.
Trois indicateurs plus utiles qu’un palmarès
Le volume effectivement échangé par des investisseurs non résidents du pays de cotation. L’état d’avancement des accords de compensation entre places. La part de l’épargne institutionnelle africaine placée hors de son marché domestique.
Aucun de ces trois chiffres n’est publié régulièrement. C’est peut-être ce qui explique que le débat continue de se tenir en pourcentages de hausse.








