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Uranium Niger : 2 permis réattribués, l’État monte à 40 %

Minerai d'uranium, illustrant les permis attribués à des sociétés nationales au Niger

Mise à jour du 25 août 2026. Cet article, publié le matin du 25 août, présentait les deux permis comme revenant à des sociétés à capitaux nigériens. C’est exact pour TSUMCO, société d’État issue de la nationalisation de la Somaïr. Ce ne l’est pas pour MAMICO : l’australien Atomic Eagle, ex-GoviEx, a annoncé le 24 août au soir en détenir 60 % et en conserver le contrôle opérationnel, l’État nigérien portant sa participation de 20 à 40 %. Madaouela relève donc d’une renégociation, non d’une nationalisation. Le titre et les passages concernés ont été corrigés.

Le Conseil des ministres du Niger, réuni le vendredi 21 août 2026 à Niamey sous la présidence du général d’armée Abdourahamane Tiani, a attribué deux permis de grande exploitation minière d’uranium à deux sociétés de droit nigérien.

Le premier, dénommé « In Azaoua », revient à la Teloua Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO SA), créée après la nationalisation de la Somaïr. Le second, Madaouela I, est réattribué à Madaouela Mining Company (MAMICO), filiale nigérienne de l’australien Atomic Eagle — ex-GoviEx — qui en détient 60 %, l’État nigérien portant sa participation à 40 %. Deux ans après le retrait du permis d’Imouraren à Orano, le bassin d’Arlit change de mains — mais pas de la même façon des deux côtés.

Ce que disent les décrets

Le permis In Azaoua est situé dans la commune et le département d’Arlit, région d’Agadez. Le décret de création de TSUMCO avait prévu la poursuite des travaux sur le périmètre antérieurement exploité par la Somaïr en attendant précisément cette attribution : le nouveau texte sécurise juridiquement cette continuité.

Sur le contenu local, TSUMCO s’engage à créer environ 1 000 emplois au profit de jeunes Nigériens et à accorder la priorité aux entreprises locales pour les prestations de services et la fourniture de biens durant la vie du projet.

Madaouela I était retourné au domaine public par décret du 31 juillet 2024, après avoir été associé au projet développé par le canadien GoviEx. MAMICO s’engage à verser à l’État une redevance forfaitaire initiale.

Une précision s’impose sur les sources : le communiqué de l’Agence nigérienne de presse ne détaille que le permis TSUMCO. Les éléments relatifs à Madaouela proviennent de Bloomberg, repris par Mining.com, et le montant de la redevance n’y figure pas complètement. Le lien capitalistique entre MAMICO et l’ancien titulaire, non documenté au moment de la première publication, a été établi dès le lendemain : Atomic Eagle, née de GoviEx, détient 60 % de la nouvelle société et en garde le contrôle opérationnel.

Trois ans de reprise en main, méthodiquement

La chronologie mérite d’être posée, car elle n’a rien d’improvisé.

  • 2024 — retrait des permis attribués à Orano et à GoviEx ; création de deux sociétés d’État, Mazoumawa National Gold Company pour l’or et Timersoi National Uranium Company pour l’uranium ; ordonnance sur le contenu local dans les mines et les hydrocarbures
  • 20 juin 2024 — retrait à Orano du permis d’Imouraren, gisement dont les réserves sont estimées à 200 000 tonnes, parmi les plus importants au monde, gelé depuis l’effondrement des cours consécutif à Fukushima
  • 19 juin 2025 — nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), détenue à 63,4 % par Orano
  • 18 mai 2026 — annulation de la concession d’Arlit, titre octroyé en janvier 1968 au Commissariat à l’énergie atomique français, pour non-paiement d’une redevance superficiaire ; création de TSUMCO
  • 21 août 2026 — attribution des deux permis

Le nom « Teloua » n’est pas neutre : il renvoie à la nappe aquifère sur laquelle étaient installées les infrastructures de la mine Cominak, exploitée par Orano de 1978 à 2021, et à propos de laquelle le groupe est accusé d’impacts sur les sols, les eaux et la biodiversité.

Le contentieux, que ces décrets alourdissent

Ces attributions ne soldent pas le litige avec Orano. Elles s’y ajoutent.

Le groupe français a engagé en janvier 2025 un arbitrage devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, après la perte de contrôle de la Somaïr, et a saisi plusieurs juridictions commerciales.

Le contentieux porte notamment sur un stock d’uranium. Fin novembre 2025, Orano annonce qu’un chargement a quitté le site d’Arlit, où 1 300 tonnes étaient stockées, en rappelant qu’un tribunal arbitral avait tranché quelques semaines plus tôt que l’État du Niger n’avait pas le droit de vendre ni de céder l’uranium produit par la Somaïr. Le parquet de Paris a ouvert en décembre une enquête pour vol en bande organisée.

Niamey a riposté. Le 4 février 2026, le ministre de la Justice Alio Daouda annonçait l’engagement de procédures contre Orano devant les juridictions nationales et étrangères, invoquant un préjudice écologique — des terres « souillées par l’exploitation » et des « déchets toxiques déversés à l’air libre ».

Une ouverture est apparue le même mois : le général Tiani s’est dit prêt à restituer à Orano la part d’uranium correspondant à son ancienne participation, soit 95 tonnes sur 156 produites avant le changement de régime. Orano conteste ce périmètre. Aucun accord n’a été annoncé depuis.

Ces procédures sont en cours devant le CIRDI, la justice française et les juridictions nigériennes. Les allégations des deux parties sont rapportées ici comme telles.

Trois défis que les communiqués n’abordent pas

C’est le cœur du dossier, et il est plus difficile que la question des titres.

Le défi technique. L’extraction et le traitement du minerai d’uranium exigent un savoir-faire industriel spécifique, des équipements coûteux et une maintenance continue. Le site d’Arlit fonctionne depuis 1971 ; sa reprise suppose de conserver des compétences accumulées sur un demi-siècle, dans un contexte où l’opérateur historique a quitté le pays.

Le défi commercial. L’uranium ne se vend pas sur un marché ouvert comme le cuivre ou l’or : il s’écoule par contrats de long terme avec des électriciens, sous contrôle des régimes de non-prolifération. Un vendeur nouveau, dont les titres font l’objet d’un contentieux arbitral international, se heurte à un obstacle qui n’est pas de prix mais de conformité — un acheteur occidental s’expose à des risques juridiques s’il acquiert un matériau revendiqué par un tiers.

Le défi logistique. La fermeture prolongée de la frontière avec le Bénin avait conduit Orano à suspendre la production en octobre 2024, faute de pouvoir exporter. Le Niger est enclavé ; l’accès aux ports conditionne tout — la même contrainte qui pèse sur le projet de raffinerie de Dosso et sur la relance des exportations pétrolières.

Nationaliser n’est pas exclure

Une nuance que le débat public efface souvent : une société nationale peut parfaitement travailler avec des partenaires techniques ou financiers étrangers sans perdre le contrôle stratégique de l’actif.

En janvier 2026, l’Agence nigérienne de presse rapportait que Timersoi National Uranium Company avait signé un accord stratégique avec Rosatom et Uranium One Group pour développer un projet uranifère. Niamey a par ailleurs annoncé son intention de se tourner vers de nouveaux partenaires, dont la Russie et l’Iran ; Moscou avait déclaré en juillet 2025 sa volonté d’exploiter l’uranium nigérien.

La question n’est donc pas « avec ou sans étrangers », mais : qui détient l’actif, qui finance, qui apporte la technologie, et comment la valeur créée est répartie. C’est sur ces quatre paramètres que se mesurera la profondeur réelle du changement de modèle.

Ce que la France a perdu, et ce qu’elle n’a pas perdu

Un point mérite d’être rétabli, car il circule beaucoup en sens inverse.

Aucune centrale française n’a manqué de combustible depuis l’arrêt des livraisons nigériennes. Orano achète désormais l’essentiel de son uranium au Kazakhstan, premier producteur mondial, ainsi qu’au Canada, en Namibie et en Australie ; des stocks stratégiques couvrent plusieurs années de consommation. Le Niger fournissait environ 4,7 % de la production mondiale d’uranium naturel en 2021 — une part significative, pas critique.

Ce que la séquence a réellement modifié n’est pas l’approvisionnement français. C’est la fin d’un demi-siècle de présence industrielle française dans le nord du Niger, et la démonstration qu’un État sahélien peut reprendre le contrôle de ses titres miniers en trois ans.

Le vrai test commence maintenant

Reprendre un actif est une décision politique ; le faire produire et le vendre est un métier industriel. Les deux ne s’obtiennent pas par le même geste.

TSUMCO devra démontrer qu’elle assure la continuité de l’exploitation héritée de la Somaïr. MAMICO devra transformer un permis en projet financé. Et l’État devra prouver que cette organisation produit davantage de valeur pour l’économie nigérienne — en recettes fiscales, en dividendes, en emplois et en sous-traitance locale.

Pour Arlit, qui vit au rythme de l’uranium depuis cinquante ans, la question est très concrète : la reprise en main nationale se traduira-t-elle par davantage de retombées locales ? Les 1 000 emplois promis par TSUMCO en seront le premier indicateur vérifiable.

Les sources disponibles ne permettent de conclure ni sur les volumes futurs de production, ni sur les acheteurs, ni sur d’éventuels partenariats non encore annoncés.

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