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Sosucam : Yaoundé suspend la cession des 82 % de Somdiaa

Morceaux de sucre blanc, illustrant la filiere sucriere camerounaise et la cession de la Sosucam

Le gouvernement camerounais a demandé à Somdiaa de surseoir « avec effet immédiat » à toute démarche de cession de ses parts dans la Société sucrière du Cameroun. La correspondance est datée du 10 août 2026.

Trois jours plus tard, le groupe français annonçait la signature d’un accord cédant 82 % du capital de la Sosucam à un consortium de cinq investisseurs camerounais. Ces deux dates, si elles sont exactes, font de ce dossier autre chose qu’une opération capitalistique ordinaire.

Morceaux de sucre blanc, illustrant la filiere sucriere camerounaise et la cession de la Sosucam
Photo d'illustration : morceaux de sucre. Pinakpani, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Ce qui est gelé, et par qui

L’information figure dans une correspondance adressée au président-directeur général du groupe. Le directeur de cabinet du Premier ministre, Balungeli Confiance Ebune, y demande de « surseoir, avec effet immédiat, à toute démarche relative au projet de cession, qu’elle soit engagée ou préparative, auprès de toute personne physique ou morale concernée ».

Le motif invoqué est procédural : aucune évolution du processus ne saurait intervenir avant l’achèvement des travaux d’un comité stratégique de pilotage, institué par le Premier ministre Joseph Dion Ngute et chargé d’examiner l’ensemble des implications de l’opération. Ce comité dispose de six mois pour rendre ses conclusions.

Une précision s’impose d’emblée, car la nuance se perd vite : la transaction n’est pas annulée. Elle est suspendue, et reste conditionnée à l’examen des autorités. Rien n’indique à ce stade que l’État rejette le principe d’une reprise par des capitaux camerounais.

La chronologie que personne n’a encore levée

C’est le point central, et il doit être exposé avec prudence.

Le 13 août 2026, Somdiaa a annoncé par communiqué la signature d’un contrat de cession au profit du consortium. Trois jours après la date portée sur la correspondance gouvernementale.

Deux lectures sont possibles, et les sources disponibles ne permettent pas de trancher. Soit la correspondance du 10 août n’était pas parvenue à son destinataire, ou n’avait pas produit ses effets au moment de la signature. Soit le groupe a signé en connaissance de l’injonction — ce qui donnerait au dossier une tout autre portée.

Plusieurs médias camerounais présentent d’ailleurs le blocage gouvernemental comme une réaction à la signature, ce qui suppose une chronologie inverse de celle qu’indique la date de la lettre.

Nous ne tranchons pas. Ce qui est établi, en revanche, c’est que l’accord signé reste explicitement soumis à l’aval des autorités compétentes — Somdiaa l’a précisé dans son propre communiqué.

Qui sont les repreneurs

Le consortium réunit cinq investisseurs camerounais : l’avocat d’affaires Joseph Pagop Noupoué, l’avicultrice industrielle Henriette Noutchougouin, le financier William Nkontchou, ainsi qu’Igor Djoukwé et Marcel Tchagongom.

Ils s’engagent sur un plan d’investissement pluriannuel chiffré à 137,7 milliards de FCFA — environ 210 millions d’euros — destiné à moderniser les plantations, les usines et les capacités d’irrigation, à valoriser les coproduits comme la mélasse et la bagasse, et à préserver l’emploi sur les sites de Mbandjock et Nkoteng.

Le choix écarte plusieurs prétendants étrangers, dont le groupe nigérian de Aliko Dangote, présent sur le marché sucrier depuis plus de vingt ans et intéressé par le dossier.

Pourquoi l’État ne peut pas rester spectateur

Sosucam n’est pas une entreprise ordinaire, et les chiffres l’expliquent mieux que les déclarations.

  • Fondée en 1965, elle exploite deux complexes agro-industriels à Mbandjock et Nkoteng, adossés à un domaine agricole de 27 600 hectares
  • Elle emploie environ 9 000 personnes, dont un grand nombre de saisonniers
  • Sa production, comprise selon les années entre 120 000 et 160 000 tonnes, ne couvre pas une demande nationale estimée autour de 300 000 tonnes par an
  • Le déficit se comble par les importations : 208 443 tonnes de sucre raffiné en 2025, pour 69,3 milliards de FCFA

Le sucre appartient aux produits dont la disponibilité se lit immédiatement dans le budget des ménages — et le contexte ne s’y prête pas, alors que l’indice FAO des prix alimentaires est au plus haut depuis trois ans. Une rupture d’approvisionnement se paierait en rayons vides et en inflation, pas en points de gouvernance.

Le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a résumé la position gouvernementale : « une transition ne peut être précipitée ». Les autorités avaient déjà obtenu, lors d’une réunion du 8 juin, que Somdiaa conduise la campagne sucrière 2026-2027 — de novembre à mai — avant tout transfert effectif.

Une contradiction mérite au passage d’être relevée. Quelques mois avant l’annonce de son retrait, Sosucam soutenait auprès du ministère du Commerce que la production nationale suffisait à couvrir les besoins du pays, et demandait la suspension des importations pour 2026. Difficile de tenir ce discours et d’invoquer ensuite une baisse de productivité pour justifier un départ.

Une querelle de famille qui pèse sur le calendrier

Un facteur extérieur complique le dossier, et il n’a rien de camerounais.

Somdiaa est la filiale agro-industrielle du groupe Castel. Le projet de cession a déclenché une confrontation au sommet de la famille fondatrice. Le 22 juin 2026, Romy Castel, fille unique du fondateur Pierre Castel, a publié un communiqué prenant ouvertement position contre le projet. Elle et Alain Castel ont été révoqués quelques jours plus tard de leurs fonctions d’administrateurs de Castel Vins.

Romy Castel a promis de présenter aux autorités camerounaises un plan alternatif d’investissement et de maintien de l’emploi, en s’appuyant sur la solidité financière de Boissons du Cameroun. Proposition conditionnée à sa propre reprise en main de la gouvernance du groupe, et donc suspendue à l’issue d’une procédure judiciaire à Singapour.

La holding familiale indique de son côté que la décision de cession a été discutée et approuvée à l’unanimité en conseil, notamment le 15 juin 2026. Ces éléments datent de juin et juillet ; l’état de la procédure singapourienne à ce jour n’est pas établi.

Ce que l’État devra vérifier

Le comité stratégique n’a pas seulement à dire oui ou non. Il a à examiner la solidité d’un montage, et c’est un exercice plus technique qu’il n’y paraît.

Une acquisition industrielle de cette taille ne se mesure pas au prix payé au vendeur. Elle dépend de la capacité des nouveaux propriétaires à financer les campagnes agricoles, moderniser des usines, entretenir 27 600 hectares de plantations et supporter des besoins de trésorerie saisonniers — le tout en reprenant les engagements financiers existants de l’entreprise.

Les 137,7 milliards annoncés sont un engagement, pas encore un décaissement. C’est précisément ce que six mois d’examen servent à vérifier.

Trois enjeux qui dépassent le sucre

Le premier est le contrôle d’un actif stratégique. Dans un marché où les importations sont encadrées pour préserver la production locale, l’actionnariat de l’opérateur historique conditionne l’orientation des investissements, l’emploi agricole et la politique tarifaire. L’État ne peut pas traiter cela comme une transaction entre personnes privées.

Le deuxième est la capacité de financement local. Le passage sous contrôle camerounais d’un actif de cette taille est présenté comme un tournant, et il pose une question de fond : un actionnariat national peut-il financer durablement un secteur capitalistique que l’État cherche depuis des années à rendre moins dépendant des importations ? Changer la nationalité des actionnaires ne résout aucun problème industriel par soi-même. Les 137,7 milliards répondront par les faits.

Le troisième est le désengagement européen. Somdiaa quitte le Cameroun après des décennies de présence, invoquant une chute des performances. Ce retrait s’inscrit dans un mouvement plus large, celui des groupes industriels et bancaires européens qui cèdent leurs positions africaines à des repreneurs nationaux ou panafricains — le dossier Vista-BGGE en Guinée équatoriale relève de la même recomposition, avec les mêmes questions sur la solidité des repreneurs.

Le comité stratégique doit rendre ses conclusions dans un délai de six mois à compter de sa création. C’est ce calendrier, et non celui de Somdiaa, qui déterminera l’issue.

Une réserve sur les chiffres : la participation cédée est donnée à 82 % par la majorité des sources, à 88,36 % par d’autres. Les volumes de production et de demande nationale proviennent de la presse économique camerounaise et n’ont pas été recoupés auprès de la filière.

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