La Commission électorale de Zambie a déclaré Hakainde Hichilema vainqueur le mardi 18 août 2026, au terme du scrutin du 13 août. Le président sortant recueille environ 60 % des suffrages, contre près de 38 % pour son principal adversaire, Brian Mundubile.
Son premier mandat a attiré plus de dix milliards de dollars d’investissements miniers. Le second devra les convertir en tonnes de cuivre — et cela suppose de résoudre un déficit électrique qui a contraint les opérateurs à importer leur courant.
Un scrutin remporté largement, dans un climat tendu
Hichilema obtient 2 965 326 voix contre 1 856 217 à son rival, sur près de 8,7 millions d’électeurs inscrits. Cinq des 226 circonscriptions n’avaient pas transmis leurs résultats définitifs au moment de la proclamation, sans que cela puisse modifier l’issue.
Le déroulement a été inhabituel pour ce pays d’Afrique australe. Le dépouillement a été brièvement suspendu à l’échelle nationale après des attaques contre du personnel électoral et le vol de bulletins déjà marqués. L’opposition a formulé des accusations de fraude. Les missions d’observation internationales, dont celle de l’Union européenne, ont décrit un scrutin globalement pacifique tout en relevant des restrictions sur certaines libertés fondamentales et des conditions de campagne jugées inégales.
Ce que le premier mandat a construit
Le bilan économique est le socle de cette réélection, et il est réel. Hichilema arrive au pouvoir en 2021 dans un pays qui vient d’être, en novembre 2020, le premier État africain à faire défaut sur sa dette souveraine pendant la pandémie. Depuis, son gouvernement a restructuré une grande partie de cette dette, ramené l’inflation et renforcé le kwacha.
Dans les mines, les réformes fiscales et le dialogue avec les compagnies ont contribué à attirer plus de dix milliards de dollars. La production de cuivre est passée de 732 580 tonnes en 2023 à environ 820 670 tonnes en 2024, soit une hausse de 12 %. Le pays vise plus d’un million de tonnes en 2026 et 1,2 million en 2027, portés par les investissements de First Quantum et de Barrick. L’ambition de long terme est de tripler la production annuelle pour atteindre trois millions de tonnes.
Le goulet d’étranglement n’est pas minier, il est électrique
C’est ici que se situe le vrai sujet du second mandat.
L’électricité zambienne est massivement hydraulique, et les sécheresses ont mis le système à genoux. Les opérateurs miniers ont dû importer leur courant pour maintenir leur activité.
Or l’extraction du cuivre est une industrie électro-intensive : concassage, broyage, pompage d’exhaure, ventilation, et surtout électrolyse pour la production de cathodes. Tripler la production suppose de tripler, ou peu s’en faut, la consommation électrique du secteur — dans un pays qui ne parvient pas à alimenter son parc actuel.
Autrement dit, les dix milliards de dollars attirés dans les mines n’ont de sens que si un investissement comparable, ou supérieur, est engagé dans la production et le transport d’électricité. Les capitaux miniers sont venus ; les capitaux énergétiques restent à mobiliser.
Hichilema a défendu pendant la campagne l’argument d’une sécheresse frappant un système trop dépendant de l’hydroélectricité, et promis de diversifier la production. Ses opposants estiment que le pouvoir a réagi trop lentement et que le coût de la crise a été supporté par les ménages et les petites entreprises.
Le décalage qui fragilise la victoire
Près de quatre électeurs sur dix se sont portés sur un adversaire qui avait fait du coût de la vie son argument central. Ce chiffre dit l’essentiel du mandat qui s’ouvre.
La restructuration de la dette, la baisse de l’inflation et le retour des investisseurs sont des indicateurs macroéconomiques ; ils ne se traduisent pas encore dans le quotidien d’une partie de la population. Pauvreté, chômage et prix des aliments restent les préoccupations dominantes.
Le cuivre représente environ 70 % des recettes d’exportation du pays et plus de 10 % de son produit intérieur brut. La question posée au gouvernement est donc directe : comment faire profiter davantage la population d’une richesse dont la valeur mondiale augmente ?
Un actif que le monde convoite
Le calendrier place la Zambie en position favorable. Un rapport de Wood Mackenzie publié en août 2026 identifie le cuivre — et non le cobalt — comme le principal goulet d’étranglement minier d’une adoption accélérée des véhicules électriques d’ici 2040, analyse détaillée dans notre article sur les quatre-vingts mines à ouvrir. Les cours ont dépassé 12 000 dollars la tonne en décembre 2025 et devraient rester élevés.
Cette tension attire simultanément Washington et Pékin. Le canadien Barrick et First Quantum augmentent leur production ; KoBold Metals, soutenu par des investisseurs américains, prévoit un projet de deux milliards de dollars ; Vedanta annonce 1,3 milliard pour relancer Konkola Copper Mines ; Mopani a été repris par un groupe émirati.
La Zambie et la République démocratique du Congo représentent ensemble environ un sixième de la production mondiale de cuivre. Le poids stratégique de la Ceinture de cuivre n’a jamais été aussi élevé — un basculement dont l’accord entre Séoul et Glencore est une autre manifestation.
Trois indicateurs à surveiller
Le premier est la trajectoire de production : le seuil du million de tonnes annoncé pour 2026 sera le premier test de crédibilité de l’objectif des trois millions. Le deuxième est le calendrier des investissements électriques, et notamment la part non hydraulique des nouvelles capacités. Le troisième est la traduction sociale : tant que les indicateurs macroéconomiques ne se lisent pas dans les prix alimentaires, les 38 % de l’opposition resteront une donnée politique, pas un accident.