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Glencore : 55 000 t d’Afrique, plus que toute sa croissance

Mine de cuivre congolaise : Glencore tire d'Afrique toute la croissance de sa production

L’Export-Import Bank of Korea a annoncé le lundi 17 août 2026 qu’elle prêterait un milliard de dollars à Glencore International AG. En contrepartie, le négociant suisse s’engage à fournir du cuivre aux entreprises sud-coréennes pendant toute la durée du prêt. La banque publique n’a précisé ni les volumes, ni les prix, ni l’origine du métal.

Cette dernière omission est la plus intéressante. Car la croissance de Glencore dans le cuivre vient aujourd’hui presque intégralement d’Afrique — et ni la République démocratique du Congo ni l’Afrique du Sud ne sont parties à l’accord.

Glencore : la croissance du cuivre est africaine

Le rapport semestriel publié par le groupe le 29 juillet 2026 donne les chiffres. La production de cuivre issue de ses propres actifs atteint 397 000 tonnes au premier semestre, en hausse de 53 100 tonnes — soit 15 % de plus qu’un an auparavant.

Dans le détail de cette progression, l’African Copper apporte à lui seul 55 000 tonnes supplémentaires, devant Antamina au Pérou (27 700 tonnes), le tout partiellement compensé par la fermeture programmée de la mine de Mount Isa en juillet 2025.

L’arithmétique mérite d’être posée : la hausse africaine, 55 000 tonnes, est supérieure à la hausse totale du groupe, 53 100 tonnes. Les actifs africains ne contribuent donc pas à la croissance de Glencore dans le cuivre — ils la constituent. Le reste du portefeuille, pris ensemble, recule.

La progression s’explique par des cadences d’extraction accrues et de meilleures teneurs sur les gisements congolais.

L’effet inattendu des quotas congolais sur le cobalt

Un second mécanisme éclaire cette bascule, et il est plus instructif encore.

Kinshasa a imposé des quotas à l’exportation de cobalt. Conséquence directe : Glencore a réorienté sa production vers le cuivre. Sur le premier semestre, sa production de cobalt a chuté de 46 % à 10 200 tonnes, tandis que celle de cuivre progressait.

Une décision de politique publique congolaise, destinée à soutenir les cours du cobalt en restreignant l’offre, a donc eu pour effet de déverser davantage de cuivre africain sur le marché mondial — au moment précis où ce métal devient le goulet d’étranglement de la transition électrique.

Cette conséquence n’était vraisemblablement pas recherchée. Elle illustre une difficulté classique du contingentement dans les gisements polymétalliques : cuivre et cobalt sortent de la même mine, et contraindre l’un revient à libérer l’autre.

Ce que Séoul achète réellement

La Corée du Sud dépend entièrement des importations pour son cuivre, métal requis par les réseaux électriques, les équipements d’énergies renouvelables et les centres de données. Les cours ont progressé d’environ 15 % depuis le début de l’année et évoluent près de leurs records, sous l’effet de la demande liée à l’intelligence artificielle et à l’électrification.

Un responsable de l’institution coréenne décrit la démarche comme une mesure préemptive du point de vue de la sécurité économique : « Grâce à ce financement et à notre partenariat avec une entreprise qui a établi une position unique sur le marché mondial des matières premières, nous serons en mesure de garantir un approvisionnement stable en matériaux clés pour les chaînes d’approvisionnement de nos industries de pointe. »

Ce que Séoul achète n’est donc pas du métal africain. C’est la faculté de ne pas dépendre d’une origine unique — la capacité d’un négociant à livrer quoi qu’il arrive, en arbitrant entre ses sources. La valeur payée est l’intermédiation, pas la ressource.

Le modèle se retrouve ailleurs dans le portefeuille du groupe. En février 2026, Glencore a conclu avec Orion Minerals une facilité de prépaiement de 250 millions de dollars adossée au projet cuivre-zinc de Prieska, en Afrique du Sud, en échange d’une partie de la future production de concentrés. Le financement précède l’extraction et sécurise la livraison bien avant que le premier concentré ne sorte.

La traduction opérationnelle d’un diagnostic

Trois jours avant l’annonce coréenne, un rapport de Wood Mackenzie identifiait le cuivre — et non le cobalt — comme le principal goulet d’étranglement minier d’une adoption accélérée des véhicules électriques d’ici 2040, analyse détaillée dans notre article sur les quatre-vingts mines à ouvrir.

L’accord coréen en est la traduction immédiate. Quand un métal devient stratégique, les États cessent d’attendre le marché : ils achètent du volume par avance, en adossant du crédit public à des engagements de livraison.

Une réserve toutefois, relevée par plusieurs observateurs du secteur : ce type d’accord verrouille le volume, pas le prix. Les entreprises coréennes restent exposées à une baisse des cours, tandis que Glencore obtient un financement garanti quelle que soit l’évolution du marché.

L’écart qui devrait interpeller

Un dernier élément mérite d’être versé au dossier. Glencore prépare une cotation secondaire à la Bourse australienne dès octobre, afin d’accéder au marché des fonds de pension australiens, estimé à 3 100 milliards de dollars.

Au même moment, la raffinerie Dangote, plus gros actif industriel privé du continent, prépare une introduction en Bourse qui ne pourra se tenir que sur une seule place africaine, faute d’infrastructure de compensation harmonisée entre les marchés du continent.

Le métal congolais alimente ainsi la croissance d’un groupe qui lève des capitaux à Londres, Johannesburg et bientôt Sydney. L’épargne africaine, elle, reste cantonnée à des marchés cloisonnés. C’est la même asymétrie, vue depuis la mine.

Les données de production citées sont publiées par Glencore dans son rapport semestriel du 29 juillet 2026.

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