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Madagascar carburant : 27 ans de privatisation prennent fin

Madagascar carburant : la SPM devient l'importateur public du gasoil de la JIRAMA

La première phase de la nationalisation des importations pétrolières malgaches ne passe pas par la création d’une compagnie pétrolière. C’est la State Procurement of Madagascar (SPM), agence publique d’achats créée en 2019, qui importera le carburant destiné à la JIRAMA. Madagascar met ainsi fin à vingt-sept ans d’importations coordonnées par les distributeurs privés — un basculement réel, mais dont le périmètre initial reste étroit et le principal risque extérieur.

Ce qui change pour le carburant à Madagascar

La séquence s’est construite en six semaines. Le 1er juillet 2026, le Parlement adoptait une loi confiant à une entité publique la supervision des importations de carburant. Le 3 août, la Haute Cour constitutionnelle déclarait conforme à la Constitution la loi n° 2026-006 réorganisant certaines activités de l’aval pétrolier.

Un décret pris ensuite en Conseil des ministres réquisitionne la JIRAMA — la compagnie nationale d’eau et d’électricité — pour qu’elle conclue avec la SPM un contrat de fourniture et d’achat du gasoil destiné à ses centrales électriques.

Les autorités rattachent cette première importation à l’état d’urgence énergétique, réactivé le 17 juillet 2026 face aux tensions sur les approvisionnements liées au conflit au Moyen-Orient. Le périmètre est donc étroit : il s’agit du gasoil des centrales, pas encore de l’essence des stations-service.

La fin d’un système vieux de vingt-sept ans

Jusqu’ici, les appels d’offres d’importation étaient coordonnés par le Groupement pétrolier de Madagascar (GPM), qui réunit les filiales locales de TotalEnergies, Vitol, Rubis Énergie et du groupe Axian — présentes commercialement sous les enseignes TotalEnergies, Vivo Energy, Jovena et Galana.

Ce dispositif datait de la libéralisation du secteur pétrolier aval, en 1999, l’année même où fut créé l’Office malgache des hydrocarbures (OMH), chargé de la régulation, du suivi des prix et du contrôle de la qualité. L’entrée de la SPM y met fin, sans que les modalités de coexistence entre importateur public et distributeurs privés aient été précisées.

Le marché n’est pas anodin. Selon l’Institut national de la statistique, Madagascar a consommé 285 518 m³ de produits pétroliers au premier trimestre 2026, dont 169 271 m³ de gasoil. Une erreur de planification de quelques semaines porterait sur des dizaines de millions de litres.

L’opérateur n’est pas une compagnie pétrolière

C’est le point le moins commenté, et probablement le plus déterminant. La SPM n’a pas été créée pour le pétrole. Approuvée en Conseil des ministres en novembre 2019, elle exerce un rôle de régulation du marché des produits essentiels ; l’importation de carburants figurait parmi ses missions envisagées, mais elle ne l’avait jamais exercée.

L’État malgache ne construit donc pas un négociant pétrolier : il étend le mandat d’une centrale d’achat publique. Or importer des produits raffinés suppose des compétences précises — négociation sur les marchés physiques, affrètement maritime, contrôle qualité à la réception, couverture du risque de prix, logistique de dépôt. Ces capacités s’acquièrent ; elles ne se décrètent pas.

Le premier test sera donc opérationnel avant d’être politique : la SPM parvient-elle à livrer le gasoil de la JIRAMA aux volumes, aux délais et à la qualité requis ?

Le point de friction : le risque de sanctions

Les membres du GPM ont fait valoir, dans une prise de position rapportée par Bloomberg, que le nouvel importateur public pourrait s’approvisionner auprès de fournisseurs soumis à des restrictions internationales — exposant alors distributeurs, prestataires logistiques et gros clients à un risque de sanctions.

L’avertissement doit être lu pour ce qu’il est : il émane des opérateurs que la réforme dessaisit. Il ne peut pour autant être écarté, car il vise un risque juridique objectif, susceptible d’atteindre des acteurs qui ne sont pas partie à la décision — compagnies aériennes, opérateurs miniers, logisticiens.

Le contexte lui donne du corps. Le gouvernement malgache a engagé des discussions avec la Russie portant sur l’achat de carburant à tarifs négociés et sur la construction de dépôts de stockage. L’objectif affiché est de réduire la dépendance à un fournisseur unique : le sultanat d’Oman, dont la société OQ Trading a été reconduite en mai 2026 comme principal importateur des carburants blancs pour la période de juin à novembre 2026. En juillet, le président Michaël Randrianirina a reçu une délégation conduite par Abdulsalam bin Al Murshidi, président de l’Oman Investment Authority, pour discuter d’un approvisionnement direct d’État à État.

Substituer une dépendance à une autre, avec en prime une exposition au régime de sanctions, ne résout pas mécaniquement le problème posé.

Un petit marché sur une route maritime majeure

Madagascar ne consomme qu’environ un million de tonnes de produits pétroliers par an — un volume modeste à l’échelle mondiale. Mais sa position le long du canal du Mozambique, corridor majeur du transport pétrolier maritime, lui confère une importance stratégique sans rapport avec la taille de son marché intérieur.

C’est cette asymétrie qui explique l’intérêt des grandes puissances pour un dossier qui, en volume, ne pèse presque rien. La sécurité énergétique du continent se joue aussi sur ces couloirs-là.

Ce que les stocks doivent encore prouver

Contrôler l’achat ne suffit pas : il faut des réserves. Le cadre réglementaire impose déjà un stock de sécurité équivalent à 21 jours de consommation, et les autorités travaillent depuis plusieurs mois à un stock stratégique distinct, destiné aux crises exceptionnelles.

Le frein est physique. Les capacités de stockage existantes atteignent leurs limites, et de nouveaux investissements seront nécessaires pour accueillir ces volumes. Un litre immobilisé pendant plusieurs mois est du capital qui ne finance pas autre chose : la politique de réserve devra arbitrer entre sécurité et coût.

Ce qu’il faut surveiller

Trois indicateurs, dans l’ordre. La bonne exécution de la première cargaison destinée à la JIRAMA. L’identité du ou des fournisseurs retenus, qui déterminera si le risque de sanctions se matérialise. Et l’articulation entre le circuit public et l’approvisionnement commercial : la réussite de la réforme se jouera autant dans sa capacité à sécuriser le carburant des centrales que dans celle à ne pas créer de pénurie à la pompe.

Le mot « nationalisation » a une charge politique forte. Mais le contrôle juridique ne produit pas la souveraineté à lui seul : celle-ci se mesure à la capacité du pays à continuer de fonctionner malgré une crise internationale ou une dépréciation de l’ariary. Pour les Malgaches, le verdict sera très concret — du carburant disponible, un prix soutenable, aucune file d’attente à la pompe.

Ce dossier prolonge nos articles sur la recomposition de l’exécutif malgache et sur le profil du gouvernement de la Refondation.

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