Le gouvernement béninois a remis le 7 août 2026 à Cotonou 561,8 millions de FCFA d’indemnisations à des producteurs de riz et de coton, au titre de la campagne 2025-2026. Le dispositif d’assurance agricole du Bénin a couvert 94 905 exploitants, subventionnés à 80 % sur leur prime.
Un chiffre manque pourtant à l’annonce, et c’est celui qui permettrait de la mesurer : le nombre de producteurs effectivement indemnisés n’a pas été communiqué.
Un pilote qui a déjà changé d’échelle
Le projet d’assurance agricole indicielle multirisque a été approuvé en Conseil des ministres le 23 octobre 2024, après une étude de faisabilité lancée en 2022 et validée en 2023. Il succède à l’Assurance mutuelle agricole du Bénin (AMAB), dont les autorités reconnaissent l’échec à couvrir les risques spécifiques du secteur.
La progression est rapide. Pour la campagne 2024-2025, la phase pilote avait couvert 11 000 riziculteurs, dont 2 341 ont perçu une indemnité — environ un assuré sur cinq. Un an plus tard, la couverture atteint 94 905 producteurs de riz et de coton dans les douze départements, avec un objectif affiché de 122 000 pour 2026-2027.
Le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Adin Yeton Blokounon Goubalan, a présenté l’opération comme « un moyen de sécuriser les investissements, de préserver les moyens de subsistance et de contribuer durablement à la sécurité alimentaire du Bénin ».
Le chiffre qui manque
Le communiqué gouvernemental détaille la répartition de l’enveloppe : 376,8 millions de FCFA pour les riziculteurs, 185 millions pour les cotonculteurs. Il ne dit pas combien d’exploitants se sont partagé cette somme.
L’omission n’est pas anodine. Rapportée aux 94 905 assurés, l’enveloppe donnerait une moyenne d’environ 5 900 FCFA par tête — mais le chiffre serait trompeur, puisque seuls les producteurs ayant franchi le seuil de perte de rendement sont indemnisés.
Si le taux de sinistralité du pilote 2024-2025 se reproduisait, environ 20 000 exploitants seraient concernés, pour une moyenne proche de 28 000 FCFA. Cette seconde estimation est une hypothèse de notre rédaction, calculée à partir d’un taux qui portait sur la seule filière riz et sur une autre campagne. L’écart entre les deux lectures est d’un facteur cinq — et sans le nombre réel de bénéficiaires, la portée du versement reste indéterminée.
Un mécanisme qui évite l’expertise, et ses angles morts
Le modèle retenu est indiciel et fondé sur le rendement, non sur la pluviométrie. Le déclenchement est automatique dès que l’indice de rendement mesuré sur une zone passe sous un seuil défini.
L’avantage est réel : pas d’expertise individuelle sur le terrain, donc des délais et des coûts de gestion réduits — dans un pays où l’expertise agricole classique serait matériellement impraticable à cette échelle.
La contrepartie est ce que les assureurs appellent le risque de base. L’indice étant calculé sur une zone, un producteur qui subit une perte sévère dans une zone globalement épargnée ne reçoit rien ; à l’inverse, un exploitant peu touché dans une zone sinistrée est indemnisé. Plus le maillage est large, plus l’écart entre la perte réelle et l’indemnité peut être important. C’est la limite structurelle de tous les produits indiciels, et elle se posera avec d’autant plus d’acuité que le dispositif s’étend. Cette lecture est la nôtre : aucune critique publique du dispositif n’a été relevée à ce jour.
Qui porte le risque, et avec quel argent
Le montage associe NSIA Assurances Bénin comme porteur du risque, le cabinet Pula Advisors comme partenaire technique chargé de l’implémentation, et le Fonds national de développement agricole (FNDA) comme opérateur public. Les coopérations suisse et luxembourgeoise accompagnent le projet depuis 2024.
La subvention publique couvre 80 % de la prime. Lors du lancement du pilote, la tarification annoncée était de 13 650 FCFA pour 1,5 hectare de riz — dont 2 730 FCFA à la charge du producteur — et de 27 540 FCFA pour deux hectares de coton, dont 5 508 FCFA payés par l’exploitant.
C’est là que se situe la vraie question de soutenabilité, et le passage à 122 000 producteurs la rendra centrale. Un taux de subvention de 80 % maintenu à cette échelle représente un engagement budgétaire croissant. Sa réduction, elle, testerait la disposition réelle des petits exploitants à payer.
Dans une conjoncture cotonnière dégradée
L’opération intervient alors que la production cotonnière de la zone franc recule pour la deuxième année consécutive — le Bénin y devient premier producteur régional, mais avec une récolte en repli de 16,3 % sur un an. Côté riz, la dépendance aux importations reste massive.
Dans ce contexte, l’assurance indicielle joue un rôle qui dépasse la compensation : elle est présentée par le FNDA comme un levier pour lever la réticence des institutions financières à prêter au secteur agricole.
C’est peut-être là son enjeu principal — non pas ce qu’elle verse aux producteurs, mais ce qu’elle débloque en amont, du côté du crédit.








