La récolte de coton de la zone CFA est tombée à 1,98 million de tonnes de coton graine en 2025/2026, soit 14,2 % de moins que la campagne précédente. Le Mali perd sa place de premier producteur après une chute de 39,5 %, et le Bénin passe en tête. C’est la deuxième année consécutive de recul : en deux campagnes, la région a perdu environ un quart de sa production.
Ces données proviennent du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA), qui compile les chiffres des interprofessions des huit pays qu’il suit : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal, Tchad et Togo. Son bulletin d’information a été publié en juillet 2026. Précision utile, car l’appellation prête à confusion : ces huit pays ne sont pas les quatorze États de la zone franc, mais ils concentrent l’essentiel de la production cotonnière du continent hors Égypte.
Le Mali décroche, le Bénin prend la tête
Le Mali enregistre la plus forte contraction de la région : 397 540 tonnes, en recul de 39,5 %. Il perd un rang qu’il occupait de longue date.
Le Bénin lui succède avec 533 590 tonnes, sans échapper au ralentissement — sa production cède 16,3 % sur un an. Le Burkina Faso est la seule exception parmi les grands bassins, avec 313 042 tonnes en hausse de 7 %, ce qui lui permet de dépasser la Côte d’Ivoire et le Cameroun. La Côte d’Ivoire se maintient à 310 407 tonnes (−0,4 %), le Cameroun recule de 11,9 % à 250 722 tonnes.
Le nouveau classement s’établit donc ainsi : Bénin, Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Cameroun.
Deux causes, dont un insecte
Le PR-PICA avance deux explications. La première tient à des conditions climatiques irrégulières. Septembre et octobre sont déterminants : ils coïncident avec la maturation des capsules, l’étape qui commande le rendement final.
La seconde concerne les jassides, principaux ravageurs de la filière. Ces insectes piquent les feuilles du cotonnier, provoquant leur crispation puis leur dessèchement ; la photosynthèse chute, et avec elle la formation des capsules. Le Programme signalait déjà leur présence sur tout le cycle lors de la campagne précédente, avec des infestations moyennes à fortes. Le Mali a été particulièrement exposé à cette pression parasitaire, ce qui explique l’ampleur de son décrochage.
Au Burkina Faso, l’interprofession cotonnière a mis en avant un facteur d’une autre nature : la dégradation sécuritaire dans certaines zones de culture, avec des hameaux désertés et une installation difficile de la campagne. L’insécurité y est devenue une variable agricole à part entière.
Le coton qui n’a jamais été semé
Une partie du recul ne se joue pas au champ mais avant lui. Les objectifs de superficie des huit pays représentaient environ 2,77 millions d’hectares ; les surfaces effectivement recensées en cours de campagne approchaient 2,17 millions. Près de 600 000 hectares manquent à l’appel.
Semis tardifs après des pluies difficiles, réduction volontaire des surfaces, accès contraint à certaines terres, coût et disponibilité des intrants : les causes se cumulent. Le premier problème de la campagne n’est donc pas seulement le rendement du coton semé, c’est le coton qui ne l’a pas été.
Les rendements, le vrai révélateur
Le classement par rendement est plus instructif que celui des volumes. Avec 1 268 kg/ha, le Cameroun affiche le meilleur de la région, devant le Sénégal (1 235 kg/ha) et la Côte d’Ivoire (1 069 kg/ha). À l’opposé, le Mali plafonne à 745 kg/ha et le Tchad à 545 kg/ha.
Plus du double d’écart entre le premier et le dernier. Cet écart ne s’explique ni par le climat seul ni par les sols, mais par la combinaison de l’accès aux intrants, de la qualité des semences, de l’encadrement technique et de la maîtrise phytosanitaire. Autrement dit, le Mali produisait beaucoup parce qu’il cultivait vaste, pas parce qu’il cultivait efficacement — et c’est précisément ce qui le rend vulnérable : quand les surfaces reculent ou que les ravageurs frappent, il n’a aucune marge de rendement pour compenser.
909 888 producteurs derrière les tonnes
Le PR-PICA recensait 909 888 producteurs pour la campagne 2025/2026 dans les huit pays. Le Mali en compte à lui seul plus de 203 000, devant le Bénin (près de 159 000), le Tchad (environ 129 000) et le Cameroun (environ 128 000).
Le coton n’est pas une culture de rente concentrée entre quelques mains. Il fait vivre des centaines de milliers de petites exploitations, souvent dans des zones où il constitue la seule entrée d’argent liquide de l’année — celle qui paie la scolarité, les soins et l’équipement. C’est aussi lui qui finance, par les crédits intrants adossés à la campagne, la production vivrière associée. Le recul se transmet donc aux marchés locaux, aux transporteurs et aux commerces, bien au-delà des recettes d’exportation. Le même mécanisme joue sur les équilibres alimentaires de la région.
Il pèse enfin sur les finances publiques, via les sociétés cotonnières nationales — CMDT au Mali, SOFITEX au Burkina Faso, Sodeco au Bénin, SODECOTON au Cameroun — dont plusieurs sont déjà fragilisées.
Une campagne 2026/2027 sous contrainte
Les premiers semis de la campagne suivante ont été enregistrés dès mai 2026, dans un environnement difficile : la Banque mondiale, dans son rapport Commodity Markets Outlook d’avril 2026, prévoit une hausse de plus de 30 % des prix mondiaux des engrais.
Tete Awokou, président du PR-PICA, se veut néanmoins rassurant. « Nous observons cependant avec satisfaction que des États ont consenti des efforts pour apporter un appui dans la plupart des pays, ce qui permet la cession de ces engrais et l’achat du coton graine à des prix convenables », déclare-t-il.
La formule désigne les deux leviers qui maintiennent l’incitation à semer : la subvention publique aux intrants et le prix garanti au producteur. Le Bénin y ajoute une prime de 10 FCFA par kilogramme si la production nationale franchit 700 000 tonnes. Ces mécanismes pèsent en contrepartie sur des budgets déjà sous tension.
Le problème que personne ne traite
Un élément traverse tout le dossier sans être abordé : le coton de la zone CFA part encore très largement à l’état brut. La valeur ajoutée — filature, tissage, confection — se crée ailleurs, principalement en Asie.
Une région qui produit près de deux millions de tonnes de coton graine et n’en transforme localement qu’une fraction marginale reste exposée à la double volatilité des cours du coton et du prix des intrants, sans aucun amortisseur industriel. C’est le même angle mort que pour le riz ou pour le commerce céréalier régional : des volumes, peu de transformation, et une dépendance qui se paie à chaque retournement.
Un redressement en 2026/2027 est possible. Il ne changera pas cette équation.