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Côte d’Ivoire-UE : l’APE ouvre 1 074 lignes tarifaires

Conteneurs empilés au Port autonome de Cotonou

La Côte d’Ivoire ouvre un peu plus son marché aux produits européens. Le Conseil des ministres du 5 août 2026 a adopté l’ordonnance mettant en œuvre la quatrième phase du démantèlement tarifaire prévu par l’Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne. Entrée en vigueur au 1er janvier 2026, elle exonère de droits de douane 1 074 lignes tarifaires. Il reste une phase avant l’échéance de 2029.

Ce qui a été adopté

Réuni le mercredi 5 août 2026 au Palais de la présidence à Abidjan sous la présidence d’Alassane Ouattara, le Conseil des ministres a adopté l’ordonnance ainsi que le projet de loi de ratification correspondant.

Le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a rappelé le cadre : conformément au calendrier convenu entre les parties, un accès préférentiel au marché ivoirien est reconnu aux produits de l’Union européenne sur une période de dix ans, répartie en cinq phases entre 2019 et 2029.

Les trois premières ont démarré les 1er janvier 2019, 2021 et 2024. La quatrième court depuis le 1er janvier 2026. Une cinquième et dernière étape doit achever le calendrier en 2029.

Pourquoi le chiffre de 1 074 doit être lu avec prudence

Ce nombre pourrait laisser croire à une extension spectaculaire de la libéralisation. C’est plus compliqué que cela, et le gouvernement le dit lui-même.

Les 1 074 lignes résultent notamment de la migration du Tarif extérieur commun de la CEDEAO, passé de la nomenclature du Système harmonisé de 2017 à celle de 2022. Or une évolution de nomenclature modifie le nombre de lignes sans modifier dans les mêmes proportions le périmètre économique réel : une ancienne catégorie douanière peut être scindée en plusieurs lignes nouvelles.

Comparer directement les 1 074 lignes de cette quatrième phase aux chiffres des phases précédentes serait donc hasardeux, sauf à retraiter l’ensemble dans une nomenclature identique. Nous ne disposons pas de ce retraitement.

Un accord asymétrique par construction

L’APE n’est pas un accord de libre-échange symétrique. Les exportations ivoiriennes — cacao, caoutchouc, produits transformés — bénéficient d’un accès au marché européen, tandis que l’ouverture du marché ivoirien aux produits européens s’étale sur dix ans et exclut des catégories jugées sensibles.

Cette progressivité est la contrepartie négociée : elle doit laisser à l’économie ivoirienne le temps d’adapter ses filières avant que la concurrence européenne ne s’exerce pleinement. Le pari repose sur une hypothèse — que ce délai soit effectivement utilisé pour monter en gamme.

Trois effets à surveiller

Les recettes douanières. Chaque phase retire des droits perçus à l’entrée. Pour un État dont la fiscalité de porte reste une ressource significative, la question n’est pas théorique : ce manque à gagner doit être compensé par une autre assiette, ou absorbé.

La compétitivité industrielle. Les producteurs locaux qui fabriquent des biens désormais concurrencés sans droits de douane voient leur protection s’éroder. L’effet dépend entièrement de la nature des lignes concernées — un intrant importé moins cher aide l’industrie locale, un produit fini concurrent la fragilise. Le détail des 1 074 lignes est donc plus déterminant que leur nombre. Abidjan mise en parallèle sur la transformation locale, avec par exemple 1 077 milliards de FCFA engagés dans le palmier à huile et le coco.

L’intégration régionale. C’est le point le plus structurel. La Côte d’Ivoire applique un APE bilatéral avec l’UE, alors que la région dispose d’un tarif extérieur commun. Une ouverture différenciée entre pays voisins crée des écarts de traitement à l’intérieur d’un même espace douanier, avec un risque de détournement de trafic : un produit européen entré à Abidjan peut circuler ensuite dans la zone. Les flux régionaux échappent d’ailleurs largement à la statistique officielle, comme le montre notre enquête sur le commerce céréalier invisible en Afrique de l’Ouest.

Ce que cela dit du calendrier ouest-africain

L’APE régional entre l’Afrique de l’Ouest et l’Union européenne n’a jamais été ratifié par l’ensemble des pays. La Côte d’Ivoire et le Ghana ont, eux, mis en œuvre des accords intérimaires bilatéraux pour préserver l’accès de leurs exportations au marché européen.

Chaque phase appliquée à Abidjan écarte donc un peu plus le traitement douanier ivoirien de celui de ses voisins, au moment même où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) cherche à harmoniser les régimes commerciaux du continent. Les deux dynamiques ne sont pas contradictoires en droit, mais elles avancent à des rythmes différents.

Le texte de l’accord et son calendrier de démantèlement sont publiés par la direction générale du Commerce de la Commission européenne.

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