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Ebola en RDC : 19 déplacés contaminés dans 5 camps

Particules du virus Ebola au microscope électronique, épidémie en RDC

Ebola s’est installé dans les camps de déplacés de l’est de la RDC. Cinq des 69 sites de la province de l’Ituri ont enregistré des cas confirmés : dix-neuf personnes contaminées, dont cinq décédées. C’est ce qu’indique un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) rendu public le jeudi 6 août 2026. Le virus a franchi le seuil que les épidémiologistes redoutaient depuis le début de la flambée — celui des camps, où la promiscuité maximale rencontre l’absence d’eau et de latrines.

Ce que dit le rapport du HCR

Le HCR identifie quatre facteurs aggravants dans ces sites : la surpopulation, le manque d’eau, l’absence d’infrastructures sanitaires et la défiance envers les services de santé. Réunis, ils forment un terrain propice à la propagation rapide du virus Bundibugyo, la souche à l’origine de cette flambée.

Les agences onusiennes redoutent une accélération parmi des populations déracinées par les violences intercommunautaires. Le HCR souligne un chevauchement croissant entre les mouvements de population et la transmission du virus en Ituri, relevé par les données du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).

Pourquoi un camp de déplacés est le pire endroit possible

Ebola se transmet par contact direct avec le sang ou les fluides corporels d’une personne infectée, ainsi qu’avec les objets et surfaces contaminés. Sa propagation dépend donc de la densité des contacts et de la possibilité d’isoler les malades.

Un camp inverse chacune de ces variables : promiscuité maximale, aucune pièce d’isolement, points d’eau partagés, latrines communes ou inexistantes, soins funéraires assurés par les familles alors que les corps des défunts restent particulièrement infectieux.

S’y ajoute la mobilité. Un camp n’est pas une population fermée : les résidents circulent vers les marchés, les champs, les villages d’origine. Une personne exposée peut quitter un site pour chercher de la nourriture ou fuir une nouvelle attaque, tandis que de nouvelles familles arrivent en permanence. La carte des contacts devient mouvante.

Le camp de Kigonze, où manquent 589 latrines

À Bunia, chef-lieu de l’Ituri, le camp de Kigonze concentre ces difficultés. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) y recensait en juillet 2026 plus de 25 000 personnes ayant fui les violences. Kigonze est l’un des six principaux sites de déplacement de la ville.

Selon des évaluations du HCR rapportées par Le Monde début août 2026, il y manquait plus de 589 latrines, un besoin non couvert faute de ressources. Sur le site de Plaine Savo, qui accueille lui aussi des dizaines de milliers de déplacés, une partie importante des latrines était hors service, des infrastructures ayant été dimensionnées pour une population bien plus faible.

Dans une épidémie d’Ebola, l’assainissement n’est pas une question secondaire. La première ligne de défense n’est pas toujours un laboratoire : c’est souvent une latrine qui fonctionne, un robinet alimenté, un savon disponible.

L’insécurité casse le traçage des contacts

La riposte classique repose sur une chaîne : identifier les cas, les isoler, tester, retrouver les contacts, les surveiller pendant l’incubation, sécuriser les enterrements. Dans l’est de la République démocratique du Congo, chaque maillon est fragilisé par le conflit.

Dès le 21 mai 2026, l’OMS signalait que 1 603 contacts avaient été enregistrés en Ituri, mais que le taux de suivi n’atteignait que 21 %, en raison de l’insécurité et des restrictions de mouvement. Dans une zone stable, une équipe revient chaque jour au domicile d’un contact ; dans une zone de conflit, ce domicile peut être inaccessible le lendemain.

La défiance n’est pas un détail culturel

Elle détermine si un malade se présente au centre de traitement ou reste sous sa tente en contaminant son entourage. Elle est le produit de décennies de rapports difficiles entre les populations de l’Est et les institutions, aggravées par la guerre.

L’OMS a formé des représentants communautaires de Kigonze aux mesures de prévention : lavage des mains, port des équipements de protection, désinfection des habitations. Dans un camp, les habitants deviennent eux-mêmes une composante du dispositif sanitaire. Mais demander à une population privée d’eau et de soins depuis des mois de faire confiance à une intervention extérieure suppose plus qu’une campagne d’affichage.

Une flambée dont les bilans divergent

Il s’agit de la dix-septième épidémie d’Ebola en RDC depuis 1976, déclarée par les autorités le 15 mai 2026. Les bilans publiés varient selon les sources et les dates, et méritent d’être cités avec leur date de référence.

Au 21 mai 2026, l’OMS comptait 83 cas confirmés et neuf décès parmi eux, plus 746 cas suspects et 176 décès parmi les cas suspects. Sur la base des données au 31 juillet 2026, Le Monde faisait état de 3 532 cas confirmés et 1 556 décès ; d’autres bilans du début août dépassent 4 000 cas confirmés. La Croix-Rouge estime que l’épidémie n’a pas atteint son pic et pourrait durer un an.

Ce que ces chiffres ont en commun : la progression a été plus rapide que lors de toute autre épidémie d’Ebola enregistrée à ce jour. Nous avions rendu compte de l’état de la flambée début août dans ce point de situation — les bilans cités ici lui sont postérieurs.

Ce qui se joue maintenant

La question n’est plus seulement médicale. Elle est logistique et financière : combien de latrines construites, combien de points d’eau remis en service, combien d’agents communautaires déployés, et avec quels financements dans un contexte de crise de l’aide humanitaire. Chaque déficit d’eau, de personnel ou de confiance devient mécaniquement un facteur de transmission.

Les données de suivi de la situation humanitaire dans l’est du pays sont publiées par le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies.

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