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CEMAC : un QR Code unique pour payer dans les 6 pays

Kiosque de transfert d'argent mobile money en Afrique de l'Ouest

Un seul standard pour payer chez n’importe quel commerçant de la sous-région, quels que soient sa banque, sa microfinance ou son portefeuille mobile. La Banque des États de l’Afrique centrale a lancé le 29 juillet 2026 à Douala le QR Code de paiement interopérable de la CEMAC, avec 120 000 déploiements visés d’ici 2027 dans une zone où les terminaux de paiement restent rares.

Ce que la BEAC a lancé

Le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a officiellement lancé le dispositif devant les responsables de la Commission bancaire de l’Afrique centrale, des établissements de crédit, de microfinance et de paiement, ainsi que du Groupement interbancaire monétique de l’Afrique centrale (GIMAC), qui a mené le développement.

Le dispositif couvre les six États membres : Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad. Il repose sur un standard unique permettant à un commerçant d’encaisser un paiement via un seul code, quel que soit l’établissement financier ou le portefeuille mobile utilisé par le client.

Une précision de calendrier s’impose, car les deux dates circulent : la validation réglementaire remonte à avril 2026 — le conseil d’administration de la BEAC avait approuvé les projets de règlement début avril, et le cadre a été formalisé par le règlement n°02/26/CEMAC/UMAC/CORENOFI du 8 avril 2026. Le 29 juillet marque le lancement opérationnel, pas la validation.

Le problème que ça résout

Le constat de départ est ancien. La coexistence de solutions propriétaires, portées d’un côté par les banques commerciales et de l’autre par les opérateurs de mobile money, freine l’interopérabilité.

Concrètement, un commerçant devait jusqu’ici afficher plusieurs codes — un par opérateur, un par banque — ou renoncer à accepter certains moyens de paiement. Le gouverneur l’a formulé sans détour : la coexistence de référentiels différents entre banques classiques et opérateurs de monnaie mobile compliquait lourdement les transactions.

L’infrastructure commune oblige désormais tous les acteurs financiers de la zone à adopter le même langage technique. Pour les banques et les fintechs, cela réduit les coûts d’intégration ; pour les commerçants, cela abaisse la barrière à l’entrée du paiement électronique.

Pourquoi un QR Code plutôt qu’un terminal

Le choix de la technologie s’explique par l’économie du terrain. Un terminal de paiement électronique coûte cher, nécessite une maintenance et une connexion stable — d’où sa faible diffusion en zone CEMAC, où la bancarisation demeure inférieure à la moyenne continentale.

Un QR Code, lui, est un autocollant. Le coût d’équipement d’un commerçant tombe à quelques centaines de francs CFA. C’est précisément ce rapport entre coût et couverture qui a fait le succès du paiement par QR Code en Asie du Sud-Est et en Inde, et qui explique l’intérêt des banques centrales africaines.

L’objectif de 120 000 déploiements d’ici 2027 est repris de plusieurs sources concordantes, mais n’a pas été vérifié sur un document primaire de la BEAC.

Souveraineté numérique et articulation continentale

Un enjeu moins visible traverse le dossier : en validant son propre standard, la CEMAC évite de dépendre exclusivement de schémas internationaux, tout en restant compatible avec les normes globales.

Ce positionnement rejoint celui adopté par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest en zone UEMOA, qui a lancé son propre QR Code interopérable en 2024. Les deux zones franc disposent désormais chacune d’un standard régional — ce qui pose, à terme, la question de leur interopérabilité mutuelle.

L’initiative s’inscrit dans une séquence plus large : la BEAC a rejoint le Système panafricain de paiement et de règlement et prévoit le raccordement des banques de la CEMAC à cette infrastructure d’ici fin 2026. Le mouvement est le même que celui observé en Afrique australe, où le kwanza est devenu la deuxième monnaie de règlement du système régional : élargir un tuyau existant plutôt que bâtir une monnaie commune.

Trois variables décideront de l’issue

Le standard technique est en place. Le reste ne l’est pas.

La première variable est le calendrier : la BEAC devra imposer des échéances contraignantes aux acteurs et sanctionner les retards, faute de quoi les solutions propriétaires existantes survivront en parallèle. La deuxième est la tarification : si le coût par transaction pour le commerçant reste supérieur à celui du cash, l’adoption ne suivra pas, quel que soit le confort technique. La troisième est la volonté politique de chaque État membre — la CEMAC ne manque pas de textes communautaires restés lettre morte faute de transposition nationale.

La zone dispose désormais d’un instrument à la hauteur de ses ambitions d’union monétaire. Reste à savoir si les six capitales suivront. Les publications de la BEAC permettront de suivre le rythme réel des déploiements.

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