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Dangote Cameroun : doubler le ciment malgré -13 % de ventes

Chantier de construction en parpaings de ciment au Nigeria

Le cimentier nigérian Dangote veut porter sa capacité de ciment au Cameroun de 1,5 à 3 millions de tonnes par an d’ici 2028. Problème : ses ventes locales ont reculé de 13,1 % au premier semestre 2026, après une baisse de 14,1 % en 2025. Et son usine de Douala n’est pas une cimenterie — c’est un broyeur alimenté au clinker importé du Nigeria.

Les chiffres du semestre

La filiale camerounaise de Dangote Cement a écoulé 596 800 tonnes de ciment entre janvier et juin 2026, en baisse de 13,1 % sur un an, selon les résultats semestriels non audités publiés le 29 juillet 2026 par le groupe.

Le détail trimestriel n’invite pas à l’optimisme. Après 300 000 tonnes vendues au premier trimestre, le deuxième ressort par différence à 296 800 tonnes, soit un repli supplémentaire de 1,1 % d’un trimestre à l’autre. Aucun rebond, donc.

Annualisées mécaniquement, ces ventes atteindraient 1,194 million de tonnes sur l’année — un niveau qui ramène pratiquement la filiale à son exercice 2025, année où les volumes de l’usine de Douala avaient déjà reculé de 14,1 %, à 1,2 million de tonnes contre 1,4 million en 2024.

Rapporté à la capacité installée de 1,5 million de tonnes, ce volume représente environ 79,6 %. Rapporté à la capacité projetée de 3 millions, il tombe à 39,8 %. Ces ratios ne sont pas des taux d’utilisation industrielle : les résultats publiés ne précisent ni la production réelle de l’usine, ni les variations de stocks.

Le projet, et sa mémoire

L’ambition a été formulée en juin 2026 : porter les capacités camerounaises de 1,5 à 3 millions de tonnes par an à l’horizon 2028. Elle repose sur deux volets — l’extension de l’usine de Douala et la réactivation d’un projet de seconde unité de 1,5 million de tonnes à Yaoundé, dont le site initialement envisagé à Nomayos a été abandonné au profit d’une zone d’encouragement industriel de la capitale.

Le dossier a repris une forme publique le 21 juillet 2026, à l’issue d’une audience entre le Premier ministre Joseph Dion Ngute et Devakumar Edwin, vice-président du groupe, qui a confirmé l’intention de bâtir une nouvelle cimenterie à Douala et la recherche en cours d’un site. Commercialement, la filiale a lancé le 18 juin 2026 à Douala un ciment de grade 42,5R, BlocMaster, destiné aux fabricants de blocs et aux artisans du gros œuvre.

L’ensemble s’inscrit dans une stratégie continentale adossée à un accord d’environ un milliard de dollars conclu avec le chinois Sinoma Engineering, portant sur la construction et la modernisation d’usines dans sept pays africains — sans ventilation publique par pays : rien ne permet d’attribuer ce montant au seul Cameroun.

Une précision historique s’impose. La référence aux trois millions de tonnes n’est pas neuve : dès l’inauguration de l’usine en 2015, les Services du Premier ministre évoquaient une capacité réelle de trois millions de tonnes selon le promoteur. Onze ans plus tard, Dangote Cement affiche toujours 1,5 million de tonnes installés au Cameroun.

Le point aveugle : le clinker

C’est le cœur du dossier, et il est rarement mis en avant. L’installation de Douala n’est pas une cimenterie intégrée produisant son clinker sur place. Le groupe la décrit comme une unité de broyage dotée d’un quai permettant de décharger directement le clinker importé, ensuite mélangé à de la pouzzolane locale et du gypse.

Cette configuration rattache la filiale camerounaise à la chaîne industrielle nigériane du groupe. Au premier semestre 2026, les usines nigérianes de Dangote ont expédié 754 000 tonnes de clinker vers le Cameroun et le Ghana, en hausse de 56,7 % sur un an — la part camerounaise n’étant pas détaillée. La logique est assumée dans une présentation stratégique publiée en juin 2026 : maximiser l’utilisation de la base d’actifs nigériane et alimenter les sites africains depuis les fours du Nigeria, plutôt que de construire de nouvelles unités de cuisson sur chaque marché.

À l’échelle nationale, le Cameroun a importé 3 106 782 tonnes de clinker en 2025, pour 97,317 milliards de francs CFA, selon l’Institut national de la statistique — des achats en progression de 20,5 % en volume, représentant 1,9 % de la valeur totale des importations du pays.

Ce que cela dit de l’industrialisation

Doubler une capacité de broyage sans installer de four revient à doubler la dépendance au clinker importé. Pour le Cameroun, cela signifie plus de ciment disponible localement, mais aussi une facture d’importation appelée à croître et une valeur ajoutée industrielle — la cuisson du calcaire, l’étape la plus capitalistique et la plus créatrice d’emplois qualifiés — qui reste au Nigeria.

Le schéma n’est pas propre au ciment. Le groupe applique la même grammaire dans l’énergie, où il facture désormais ses carburants en dollars faute de brut local, et multiplie les prises de position continentales, de 2 milliards de dollars engagés en Gambie à 2,5 milliards levés avant l’introduction en Bourse de sa raffinerie.

Le bâtiment et les travaux publics représentent, selon les estimations couramment retenues, entre 6 % et 8 % du produit intérieur brut camerounais. C’est ce socle qui justifie l’investissement. C’est aussi lui qui expose le cimentier : si la demande ne repart pas, une capacité doublée devient une capacité oisive.

Le stade reste préliminaire. Aucun document public ne précise à ce jour le calendrier de mise en service ni le montant de l’investissement camerounais. Les publications aux investisseurs de Dangote Cement restent, pour l’instant, la seule source chiffrée disponible.

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