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Dette rétrocédée Cameroun : 845 milliards, CAMTEL en tête

Dette rétrocédée au Cameroun : 845,2 milliards de FCFA portés par onze entreprises publiques

À fin juin 2026, l’encours des prêts extérieurs contractés par l’État camerounais
puis rétrocédés à onze entreprises et établissements publics atteint 845,2 milliards de FCFA,
soit 2,4 % du produit intérieur brut, selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA). CAMTEL
et CAMWATER en concentrent à elles seules 50,3 %.

Comment fonctionne la dette rétrocédée au Cameroun

Le mécanisme obéit à une logique précise. L’État contracte un prêt en son nom auprès d’un
bailleur extérieur, puis transfère les ressources à l’entreprise chargée d’exécuter le projet,
dans le cadre d’une convention bilatérale. L’entreprise bénéficiaire est censée assurer le
service de la dette sur ses recettes d’exploitation.

L’intérêt pour elle est évident : elle accède à des conditions de financement souveraines,
inaccessibles à sa signature propre. Le revers l’est tout autant — si elle ne rembourse pas,
la charge retombe sur le Trésor. Ces 845,2 milliards financent 43 projets, principalement dans
les télécommunications, l’eau, l’électricité, le logement et l’agro-industrie.

Quatre entreprises portent 79,5 % du total

Cameroon Telecommunications (CAMTEL) domine avec 230,4 milliards de FCFA, soit 27,3 % de
l’encours, au titre notamment du réseau national à haut débit et de l’extension du backbone.
Avec CAMWATER, opérateur public de l’eau, les deux entités pèsent 50,3 % du portefeuille.

Quatre bénéficiaires totalisent 672,3 milliards, soit 79,5 % du total. Les autres restent
loin derrière : 27,4 milliards pour la Sodecoton, 17,1 milliards pour Cameroon Postal
Services, 16,8 milliards pour la Société immobilière du Cameroun. La hiérarchie confirme le
poids des grands projets d’infrastructures dans le passif indirect de l’État.

Une baisse réelle, mais en dents de scie

Le stock recule de 3,7 % sur un an et de 2,9 % par rapport à fin mai 2026. Il progresse en
revanche de 20,2 milliards, soit 2,4 %, par rapport aux 825 milliards de fin mars.

Deux mouvements opposés se compensent : les remboursements des bénéficiaires d’un côté, les
nouveaux tirages sur les lignes de financement extérieur de l’autre. Le recul en glissement
annuel indique que le premier l’emporte sur la durée, sans que la trajectoire soit régulière.

Deux dettes différentes sous la même étiquette

Une distinction est ici essentielle, faute de quoi on additionne des passifs qui ne se
recouvrent pas. La dette rétrocédée vient de l’extérieur : l’État emprunte et
transfère. La dette intérieure directe désigne ce que les entreprises
contractent elles-mêmes localement, auprès des banques et des fournisseurs. Ce sont deux
comptes distincts, et les confondre revient à compter deux fois.

À fin mars 2026, cette dette directe atteignait 960 milliards de FCFA, soit 2,8 % du PIB,
dont 53,8 % sur son compartiment intérieur. Les prêts rétrocédés s’élevaient alors à 825
milliards, pour des engagements cumulés de 1 574 milliards.

Le vrai point noir : la dette intérieure

Le second volet du tableau inquiète davantage. Sur la dette intérieure directe des
entreprises publiques, la Société nationale de raffinage (SONARA), Camair-Co et CAMTEL portent
297,3 milliards de FCFA sur un encours suivi de 319,6 milliards — une concentration de 93 % sur
trois entités. À fin mars, la seule SONARA représentait 193,3 milliards, soit 60,5 % de la
dette bancaire intérieure directe du secteur public marchand.

CAMTEL y figure pour 43,6 milliards, soit 13,6 % de l’encours, mais affiche la meilleure
dynamique du groupe : sa dette recule de 5,9 milliards sur un an, une baisse de 11,9 % par
rapport aux 49,5 milliards de fin juin 2025.

Le cas de Camair-Co est différent : son encours est figé depuis décembre 2025, signe d’une
compagnie aérienne toujours incapable de dégager les excédents nécessaires à un remboursement
structuré. La SONARA, raffinerie de Limbé frappée par un sinistre majeur en 2019, continue de
peser sur les comptes publics. Les autres entités ne représentent collectivement que 22,3
milliards, soit 7 % du portefeuille cartographié.

Le risque n’est pas le montant, c’est la concentration

Le Fonds monétaire international (FMI) évaluait la dette totale des entreprises publiques
camerounaises à 4 549 milliards de FCFA, soit 13,8 % du PIB — chiffre établi sur les données
de 2024, à ne pas confondre avec les encours de juin 2026. Les deux tiers reposaient sur cinq
sociétés : SONARA, CAMTEL, CAMWATER, la Société nationale de transport de l’électricité et le
Port autonome de Douala.

C’est ce qui transforme la difficulté d’une entreprise en risque budgétaire national. Une
rupture de trésorerie conduit l’État à subventionner, recapitaliser, reprendre un prêt garanti
ou payer directement un créancier. Le passif devient alors une charge explicite pour le Trésor,
même s’il ne figurait pas dans le périmètre initial de la dette souveraine.

Des dettes croisées qui brouillent la solvabilité

Les relations financières entre l’État et ses entreprises compliquent encore la lecture.
L’administration accumule des factures d’eau et de télécommunications impayées, tandis que les
entreprises retardent impôts, cotisations et paiements aux fournisseurs. Chacun est
simultanément créancier et débiteur de l’autre.

Toujours sur les données de 2024, le FMI chiffrait ces dettes croisées à 476 milliards de
FCFA, dont les deux tiers concentrés sur la Caisse nationale de prévoyance sociale et CAMTEL,
et relevait 141 milliards d’arriérés des entreprises publiques — CAMTEL en représentant 87 %.
D’où ce paradoxe : le FMI jugeait en avril 2026 que CAMTEL et CAMWATER conservaient des fonds
propres relativement solides. Leur problème n’est pas la solvabilité comptable, mais la
liquidité, les tarifs administrés et le recouvrement des créances détenues sur l’État.

Ce que ces chiffres ne disent pas

La cartographie de la CAA porte sur les entités qu’elle suit, et non sur l’intégralité du
secteur public marchand. Le passif réel de l’État vis-à-vis de ses entreprises reste donc
supérieur au montant publié. Avant toute recapitalisation, il faudra consolider les créances
réciproques : sans rapprochement comptable, l’État risque de payer la dette d’une entreprise
tout en lui devant lui-même des factures. La question posée est celle de la soutenabilité de projets
d’infrastructure financés à conditions souveraines par des opérateurs dont les recettes ne
suivent pas toujours — un sujet déjà visible dans
la
reprise en main du secteur électrique par l’État
, et dans les
impayés qui grèvent
les comptes des entreprises publiques
.

Le contexte macroéconomique n’aide pas : la croissance camerounaise
est retombée à
3,2 % après le départ du Hilli Episeyo
, ce qui réduit d’autant les marges budgétaires
disponibles pour absorber une défaillance.

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