L’eurobond du Gabon a trouvé preneur bien au-delà de l’objectif : 920 millions de
dollars levés le 30 juillet 2026, contre 750 millions recherchés, soit 22,7 % de plus. Le
carnet d’ordres a dépassé le milliard. Mais le coupon annuel de 9,375 % dit le prix réel de
ce retour sur les marchés internationaux.
Une opération relevée en cours de route
Le ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations a annoncé le
succès de l’opération le jour même. L’émission porte sur une maturité de sept ans, échéance
2033, pour un règlement attendu autour du 5 août 2026.
Les ordres des investisseurs institutionnels ayant franchi le milliard de dollars, les
autorités ont porté l’émission de 750 à 920 millions. AFG Capital Ltd est intervenue comme
conseiller financier exclusif, Cygnum Capital et Citigroup Global Markets comme arrangeurs.
Ce que coûte vraiment l’eurobond du Gabon
Le taux mérite d’être regardé de près. À 9,375 %, Libreville emprunte nettement plus cher
que son voisin camerounais. Yaoundé a levé 750 millions de dollars le 30 janvier 2026, sur la
même maturité de sept ans, mais avec deux années de grâce et un mécanisme d’échange
dollar-euro qui limite le risque de change — le franc CFA étant arrimé à l’euro. Le ministère
camerounais des Finances a annoncé un coût effectif ramené à 7,79 % en euros.
Aucun dispositif équivalent n’a été rendu public côté gabonais. Appliqué au nominal, le
coupon représente une charge d’intérêts d’environ 86 millions de dollars par an jusqu’en 2033
— un calcul de la rédaction, qui ne tient pas compte du prix d’émission, non publié.
Un budget déjà sous tension
L’opération s’inscrit dans un cadre budgétaire dégradé. La loi de finances rectificative
promulguée le 17 juillet 2026 ramène les prévisions de recettes à 3 240 milliards de francs
CFA, en baisse de 22 % sur le cadrage initial. Le besoin de financement grimpe à 915,6
milliards, en hausse de 13 % sur les estimations de décembre 2025, et les charges d’intérêts
atteignent 487,6 milliards, soit 16 % de plus qu’au budget initial.
L’eurobond ne remplace donc pas les autres sources : il s’ajoute à un programme
d’endettement déjà lourd, complété par 424,9 milliards de francs CFA d’émissions prévues sur
le marché domestique. La dette
publique gabonaise dépasse déjà 15 milliards de dollars.
Les marchés avaient prévenu
Après la publication du budget rectificatif, les obligations gabonaises à échéance 2031 ont
reculé de 1,575 cent, à 84,97 cents pour un dollar de valeur nominale ; celles de 2029 ont
perdu 1,2 cent, à 94,27 cents. Les investisseurs distinguent donc la capacité ponctuelle à
lever des fonds de la trajectoire des finances publiques.
La CEMAC rouvre la porte des marchés
Le Gabon devient le troisième État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique
centrale (CEMAC) à solliciter les marchés internationaux en 2026, après le Cameroun en janvier
et la République du Congo, qui a mobilisé 850 millions de dollars en mai. Pour une sous-région
dont les recettes dépendent des hydrocarbures, cet accès conditionne la capacité à financer
l’investissement public sans s’en remettre au seul marché régional, plus étroit. La
Tunisie a montré
le revers de la médaille : un remboursement d’eurobond peut coûter plusieurs jours de
réserves de change.
Le FMI en arrière-plan
Libreville a formellement demandé un programme au Fonds monétaire international (FMI) en
mars 2026. Plusieurs investisseurs interrogés par Reuters estiment que le recours au
financement de marché peut retarder les négociations, des fonds immédiatement disponibles
réduisant la pression à réformer. Ce n’est pas une position du Fonds, mais une appréciation
d’investisseurs.
Le gouvernement de Brice
Oligui Nguema peut à l’inverse considérer que l’opération lui donne le temps de négocier
sans urgence. La loi de finances rectificative autorise jusqu’à 1,5 milliard de dollars
d’émissions extérieures sur l’exercice : un second passage reste possible d’ici décembre.
Ce qu’il reste à publier
Selon le communiqué, le produit net financera des projets d’investissement et le
remboursement d’arriérés, conformément à la loi de finances rectificative. Aucun rachat
d’obligations existantes n’a été annoncé. La crédibilité de l’opération se jouera moins sur le
montant que sur la publication du prospectus, du calendrier de remboursement et d’un tableau
d’affectation des fonds — dans un pays où un audit de la dette contractée entre 2016 et 2024
examine les passifs non déclarés.








