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Faim : 55 millions menacés en Afrique de l’Ouest

Dechargement de sacs de riz sur un marche ouest-africain, alors que la faim menace 55 millions de personnes en Afrique de l'Ouest

La faim gagne en Afrique de l’Ouest et du Centre : près de 55 millions de personnes risquent de basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë, dont 3,1 millions déjà en situation d’urgence, ont alerté le 30 juillet 2026 l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le groupe sectoriel onusien chargé de la sécurité alimentaire. Dans le Sahel, 21 à 23 % seulement des financements humanitaires nécessaires ont été mobilisés. Les besoins montent au moment précis où les moyens s’effondrent.

Quatre chocs qui se cumulent

L’alerte ne porte plus sur un facteur isolé. Les agences onusiennes identifient quatre pressions simultanées : les répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient, le recul des financements humanitaires, la résurgence d’Ebola en Afrique centrale et la période de soudure, ce moment de l’année où les réserves des ménages s’épuisent avant les récoltes.

C’est la conjonction qui inquiète. Ce n’est plus une hausse graduelle des besoins, mais un basculement simultané des ménages, des marchés, des systèmes de santé et des capacités de réponse. Les agences décrivent les prochaines semaines comme une dernière fenêtre d’action avant aggravation.

Leur demande porte sur quatre points : financer d’urgence les programmes vitaux, soutenir la campagne agricole en cours, préserver les chaînes d’approvisionnement nutritionnelles et renforcer les acteurs locaux avant l’épuisement des mécanismes de survie des ménages.

Pourquoi la faim progresse en Afrique de l’Ouest

Quatre pays concentrent l’essentiel du risque. Le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger représentent 77 % des personnes projetées en phase d’urgence ou pire, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Dans l’État de Borno, au nord-est du Nigeria, environ 15 000 personnes pourraient basculer en phase 5 — le degré catastrophique de la classification internationale — pour la première fois depuis près d’une décennie.

La crise ne se résume pas à une mauvaise saison agricole. Elle résulte d’un enchevêtrement de conflits, de déplacements forcés, de chocs climatiques, de prix élevés et d’un accès humanitaire dégradé. Pour tenir, les ménages vendent leur bétail, réduisent les repas ou retirent les enfants de l’école — trois arbitrages qui abîment durablement leur capacité de rebond.

Le mécanisme de transmission entre un conflit lointain et l’assiette d’un ménage sahélien est désormais chiffré. La désorganisation des marchés pétroliers et du transport maritime fait grimper le coût de l’énergie et du fret. Selon la note onusienne, les carburants ont augmenté jusqu’à 85 % dans certains pays de la région, et le prix de l’urée — l’engrais azoté indispensable aux céréales — a bondi de près de 86 % en quelques semaines. Ces valeurs, non ventilées par pays, ne sont pas des moyennes régionales.

Un chiffre à manier avec le bon périmètre

Le total de 55 millions circule avec des périmètres différents, et l’écart mérite d’être posé plutôt que gommé. En janvier 2026, la FAO annonçait « près de 52,8 millions » de personnes en phase de crise ou pire pour la soudure de juin à août 2026, sur une analyse portant sur quinze pays et 1 142 zones — le Burkina Faso, la Gambie et la Guinée-Bissau n’ayant pas réalisé l’analyse attendue.

La note du 30 juillet 2026 retient « près de 55 millions ». L’écart de deux millions n’est pas une contradiction : les institutions n’emploient ni le même périmètre géographique, ni la même date de référence. Ce qui est commun aux deux sources est plus solide que le total lui-même — la soudure 2026 est annoncée plus sévère que la fin de l’année 2025.

Même prudence sur la comparaison la plus spectaculaire. Les 3,1 millions de personnes en phase d’urgence sont à rapprocher des 1,4 million recensés en octobre-décembre 2025, mais les deux données ne portent pas sur la même fenêtre saisonnière. Le rapprochement éclaire une tendance, il ne mesure pas un doublement.

L’aide recule quand les besoins montent

C’est probablement la donnée la plus brutale du dossier. Dans le Sahel, 21 à 23 % seulement des financements requis ont été mobilisés, alors que 11,3 millions d’enfants de moins de cinq ans pourraient souffrir de malnutrition aiguë dans cinq pays de la région. Faute de moyens, près de la moitié des enfants atteints de malnutrition aiguë sévère risquent de ne pas recevoir de soins.

Les effets sont déjà mesurables. Le PAM estime avoir besoin de 453 millions de dollars sur six mois pour maintenir ses opérations prioritaires. Au Nigeria, les contraintes financières ont déjà affecté l’assistance nutritionnelle destinée à plus de 300 000 enfants. Au Cameroun, plus de 500 000 personnes risquent de perdre une partie de l’aide alimentaire.

Le Mali fournit l’indicateur le plus parlant sur l’effet des arbitrages budgétaires : dans les zones où les rations ont été réduites, la faim aiguë a progressé de 64 % depuis 2023, tandis qu’elle a reculé de 34 % là où les rations sont restées complètes. La comparaison ne prouve pas que l’aide explique seule l’écart — la sécurité, les récoltes et l’accès aux marchés diffèrent d’une zone à l’autre — mais elle donne un signal opérationnel clair.

De la soudure à la souveraineté alimentaire

Les agences réclament des financements flexibles, prévisibles et pluriannuels. La formulation dit l’essentiel : le problème n’est pas seulement le volume, c’est la structure. Des engagements renouvelés au coup par coup interdisent toute programmation de résilience.

La voie alternative existe et se chiffre. Depuis 2018, les programmes de restauration des terres du PAM auraient réhabilité 300 000 hectares au bénéfice de plus de quatre millions de personnes dans plus de 3 400 villages ; l’agence estime qu’un dollar investi dans ce type de programme peut produire jusqu’à 30 dollars de bénéfices. C’est la logique qui inspire des chantiers nationaux comme le barrage de Pô-Kapro bâti en huit mois au Burkina Faso.

Reste la dépendance de fond. Une région qui produit du mil, du sorgho et du maïs mais importe ses engrais et finance sa réponse d’urgence à l’étranger demeure vulnérable à des décisions prises ailleurs. Le débat rejoint celui du riz malien invendu face à 300 000 tonnes importées, ou celui des 84 % du commerce céréalier ouest-africain qui échappent aux statistiques. La crise de 2026 se jugera à une chose : la capacité à empêcher les projections de devenir des bilans. Le détail des besoins est publié par le Programme alimentaire mondial.

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