Le logisticien Africa Global Logistics et ses filiales camerounaises revendiquent 1 240 salariés après plus de 500 recrutements depuis 2023, soit une progression proche de 68 %. Les chiffres, communiqués le 24 juillet 2026 à Douala lors d’une remise de médailles du travail, émanent de l’entreprise elle-même — dans un secteur où l’emploi logistique reste peu documenté.
Les chiffres annoncés
Africa Global Logistics (AGL) Cameroun, la Société commerciale des ports africains (Socopao) et la Plateforme polyvalente de Kribi affirment employer 1 240 personnes, après avoir recruté plus de 500 salariés depuis 2023. La progression a été présentée à l’occasion de la remise de médailles d’honneur du travail à 300 salariés, cérémonie présidée par Grégoire Owona, ministre du Travail et de la Sécurité sociale. L’entreprise rattache cette évolution à ses investissements dans les infrastructures et la modernisation des opérations. Ces données, relayées par Investir au Cameroun, ne constituent pas une statistique indépendante du secteur.
Kribi tire la dynamique
Le chiffre agrège trois entités, et c’est la Plateforme polyvalente de Kribi qui explique probablement l’essentiel de la hausse. Kribi est le port le plus récent du pays, conçu pour absorber le trafic que Douala ne peut plus traiter faute de tirant d’eau suffisant. La montée en charge d’un terminal neuf s’accompagne mécaniquement de recrutements. Kribi Conteneurs Terminal — consortium associant AGL, des investisseurs camerounais, CMA CGM et China Harbour Engineering Company — a annoncé en octobre 2024 une enveloppe de 114 millions de dollars pour la deuxième phase du terminal, censée tripler sa capacité pour atteindre un million de conteneurs équivalent vingt pieds et créer plus de 300 emplois directs. Ces emplois ne se confondent pas nécessairement avec les 500 recrutements annoncés.
Ce que le chiffre ne dit pas
Une progression d’effectifs communiquée par l’entreprise lors d’une cérémonie officielle appelle trois réserves. La nature des postes n’est pas précisée : dans la logistique portuaire, la distinction entre emplois permanents, contrats à durée déterminée et main-d’œuvre journalière est décisive, un terminal en montée en charge recourant largement au travail intermittent. La contribution à la montée en compétences n’est pas documentée : nombre de postes d’encadrement, part de cadres camerounais et effort de formation ne sont pas communiqués. Enfin, l’effet net sur l’emploi du secteur n’est pas mesurable à partir de cette seule donnée — une croissance d’effectifs peut refléter une croissance du marché comme un transfert d’activité depuis un concurrent.
Un contexte commercial dégradé
L’annonce intervient dans un environnement moins favorable. Les exportations camerounaises ont chuté de 23,6 % au premier trimestre 2026, un logisticien portuaire dépendant directement des volumes échangés. Que les effectifs progressent dans ce contexte peut signifier deux choses : soit les investissements de capacité anticipent une reprise, soit ils traduisent des gains de parts de marché sur un marché qui se contracte. Aucune donnée de trafic ni de chiffre d’affaires n’a été communiquée pour trancher.
Un opérateur sous pavillon MSC
AGL, ex-Bolloré Africa Logistics, a été rachetée par le groupe MSC et opère sous sa marque actuelle depuis mars 2023 — précisément l’année de référence retenue pour mesurer la progression. La comparaison porte donc sur la période qui suit le changement d’actionnaire, ce qui en fait autant un bilan de la reprise par MSC qu’une mesure de dynamique économique. Pour le Cameroun, l’enjeu de fond reste la position relative de Douala et de Kribi dans la desserte de l’hinterland tchadien et centrafricain, en concurrence avec les corridors voisins. C’est cette bataille de corridors, plus que les effectifs d’un opérateur, qui déterminera la place logistique du pays.








