Par un communiqué diffusé le 20 juillet 2026, Dakar a annoncé son « plein soutien » à la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Trois jours plus tôt, Bassirou Diomaye Faye avait reçu son prédécesseur au Palais. Le revirement est spectaculaire : fin mars, le Sénégal figurait encore parmi la vingtaine d’États de l’Union africaine qui refusaient de porter cette candidature. Mais soutenir Macky Sall à l’extérieur ne solde pas le contentieux intérieur — et ne lui garantit ni l’unité africaine, ni l’accord des cinq puissances du Conseil de sécurité.
Ce que dit le communiqué, et l’ampleur du revirement
Le texte du ministère des Affaires étrangères est sans ambiguïté sur les moyens engagés : le chef de l’État a instruit le gouvernement et l’ensemble du réseau diplomatique de se mobiliser pour promouvoir la candidature auprès des États membres de l’ONU. Le glissement sémantique est l’élément décisif : la candidature n’est plus une initiative personnelle, mais celle « du Sénégal au service de l’Afrique ». Macky Sall, qui l’avait lancée le 2 mars, a remercié publiquement son successeur.
Le revirement se lit en trois actes. Fin mars, une vingtaine d’États de l’Union africaine, dont le Sénégal, refusaient de soutenir la candidature, alors transmise par le Burundi au titre de la présidence tournante ; une tentative d’adoption par procédure de silence avait échoué. Le 17 juillet, l’ancien président effectue une visite éclair à Dakar. Le 20 juillet, le communiqué tombe. Entre les deux, aucun élément public n’est venu modifier le dossier de fond.
Une raison d’État, pas une réhabilitation
Le geste est d’abord un acte de continuité de l’État. Bassirou Diomaye Faye ne pouvait durablement demander aux partenaires du Sénégal d’examiner une candidature que Dakar refusait d’assumer : cette contradiction fragilisait Macky Sall à l’approche de la phase décisive au Conseil de sécurité. En officialisant son appui, le président rétablit une cohérence diplomatique minimale.
Mais ce choix n’est pas un blanc-seing. Bassirou Diomaye Faye a été élu en mars 2024 sur une promesse de rupture avec le système Sall ; son camp a subi arrestations et interdictions de manifester durant la crise de 2021-2024, qui a fait des dizaines de morts. Soutenir la candidature revient à séparer le contentieux intérieur de la défense des intérêts extérieurs — sans suspendre, pour autant, les enquêtes en cours. La continuité de l’État n’impose pas la continuité de l’impunité, et les familles des victimes pourraient voir dans l’image des deux présidents réunis une normalisation trop rapide.
Un revirement indissociable de la recomposition intérieure
Le contexte politique éclaire la séquence, même s’il relève de l’interprétation. Le 22 mai 2026, le président a mis fin aux fonctions de son Premier ministre et ancien mentor Ousmane Sonko, remplacé par l’économiste Ahmadou Al Aminou Lo, ancien secrétaire général de la BCEAO. Sonko a depuis pris la présidence de l’Assemblée nationale, où le PASTEF conserve la majorité, tandis que le chef de l’État a quitté le parti qui l’avait porté au pouvoir et lancé sa propre formation.
Dans cette configuration, l’apaisement avec l’ancien camp présidentiel change de nature : il cesse d’être une concession pour devenir un calcul d’équilibre. Plusieurs commentateurs sénégalais lisent le soutien du 20 juillet à cette lumière ; d’autres y voient d’abord une décision d’intérêt national. Les deux lectures coexistent, et le communiqué ne permet pas de trancher.
L’obstacle n’est pas à Dakar, il est à New York
Le soutien de l’État lève un handicap majeur — une candidature désavouée par son propre pays n’avait aucune chance — mais ne règle rien de l’équation onusienne. L’article 97 de la Charte prévoit que le secrétaire général est nommé par l’Assemblée sur recommandation du Conseil de sécurité, où chacun des cinq membres permanents peut opposer son veto. S’y ajoute la rotation régionale : selon un usage constant, le tour reviendrait au groupe Amérique latine et Caraïbes, d’où viennent plusieurs des six candidats enregistrés — Michelle Bachelet, Rafael Grossi, Rebeca Grynspan, María Fernanda Espinosa, Carolyn Rodrigues-Birkett et Macky Sall, quatre femmes pouvant devenir la première secrétaire générale de l’histoire.
Enfin, sans endossement formel de l’Union africaine, la candidature reste celle d’un État, non d’un continent. La séquence éclaire une difficulté récurrente : l’Afrique revendique le poste, mais peine à converger sur un nom, faute de mécanisme continental de désignation. Le mandat d’António Guterres s’achève le 31 décembre 2026 : le calendrier laisse peu de place aux campagnes tardives. Macky Sall entre renforcé dans la dernière ligne droite, mais sa candidature reste prise entre trois jugements — celui de son pays sur son bilan, celui de l’Afrique sur sa représentativité, celui des grandes puissances sur son utilité.
Sources : communiqué du ministère sénégalais des Affaires étrangères (20 juillet 2026) ; Nations unies, procédure de sélection du secrétaire général ; Reuters ; AIB et APA (mars 2026) ; Jeune Afrique ; France 24 ; SenePlus.




