Le 22 juillet 2026, sous présidence congolaise, le Conseil de sécurité des Nations unies a consacré un débat aux minerais critiques. António Guterres y a dénoncé un modèle où les ressources sont extraites, la valeur créée ailleurs et les communautés laissées seules face aux dégâts ; la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, a averti que ces minerais sont désormais traités comme des actifs stratégiques, non plus comme de simples marchandises. Le fait diplomatique importe autant que les discours : Kinshasa, qui fournit plus de 70 % du cobalt mondial, a réussi à porter le sujet à la table où se traitent la guerre et la paix.
Un débat obtenu, pas subi
C’est le premier enseignement de la séquence. La République démocratique du Congo présidait le Conseil et a choisi d’y inscrire les minerais critiques. Le geste est stratégique : tant que la question reste cantonnée aux enceintes commerciales et financières, elle se discute en termes de sécurisation des approvisionnements — c’est-à-dire du point de vue des acheteurs. Portée devant le Conseil de sécurité, elle devient une question de paix, donc de responsabilité des consommateurs à l’égard des zones de production.
Félix Tshisekedi, dans un discours lu par sa ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner, en a tiré la formule la plus directe : il ne peut y avoir de chaînes d’approvisionnement réellement sûres sans sécurité pour les États et les communautés qui produisent ces ressources. La sécurité énergétique des pays consommateurs est ainsi présentée comme indissociable de celle des pays producteurs — une inversion de perspective que les capitales occidentales et asiatiques n’ont pas l’habitude d’entendre dans cette enceinte.
Le diagnostic onusien : quand le minerai finance la guerre
Le secrétaire général a lié explicitement l’exploitation illicite des ressources à l’éloignement de la paix, en citant l’est de la RDC, où des groupes armés profitent de l’extraction illégale, et le Soudan, où l’or contribue à financer la guerre. Le mécanisme est connu : le minerai est extrait, mélangé à des cargaisons légales, exporté, transformé ; négociants, sociétés, autorités et acteurs financiers interviennent à chaque étape. Traiter le conflit uniquement à la mine laisse donc hors du champ politique les bénéficiaires situés plus loin dans la chaîne.
L’ordre de grandeur explique la tension : la demande de minerais critiques devrait tripler d’ici 2030, tandis que l’Afrique disposerait d’environ 30 % des réserves mondiales concernées mais ne reçoit qu’environ 2 % des investissements mondiaux dans les énergies propres. La valeur stratégique des territoires miniers augmente ainsi plus vite que la capacité des États et des communautés à en capter les bénéfices. Les minerais ne provoquent pas mécaniquement la guerre : ils la rendent rentable lorsqu’un groupe peut vendre, qu’un fonctionnaire ferme les yeux et qu’un acheteur accepte une traçabilité imparfaite.
L’avertissement de l’OMC : le risque de verrouillage
L’intervention de Ngozi Okonjo-Iweala apporte l’analyse la plus opérationnelle. Le danger qu’elle identifie n’est pas la pénurie, mais la transformation des minerais en instruments de puissance. Dans un contexte de tensions commerciales et de fragmentation de l’économie mondiale, elle redoute que les grandes puissances verrouillent leur accès par des accords exclusifs, reléguant les producteurs au rang de fournisseurs de matières brutes. Sa réponse est une « re-mondialisation » : diversification des chaînes, transformation locale accrue, commerce fondé sur des règles communes plutôt que sur le rapport de force.
Elle rappelle le chiffre qui résume l’enjeu : l’Afrique pèse encore moins de 3 % du commerce mondial, précisément parce que son économie reste dépendante de l’exportation de matières premières. Cette revendication rejoint ce que font déjà les États producteurs — quotas d’exportation congolais sur le cobalt, révision des codes miniers sahéliens, Forum ministériel sur les minéraux critiques tenu à Abidjan le 10 juillet sous l’égide de la Banque africaine de développement.
Ce qu’un débat ne produit pas
Il faut cependant mesurer ce qui a eu lieu. Un débat thématique au Conseil de sécurité n’est ni une résolution, ni un mécanisme, ni une contrainte : aucun dispositif de traçabilité, aucune obligation de diligence, aucun régime de sanctions n’en est sorti. Et la traçabilité échoue précisément là où elle s’arrête aux frontières — une entreprise peut contrôler son fournisseur direct sans savoir comment le minerai a été produit en amont ; un État peut renforcer ses contrôles pendant que les flux se déplacent vers une frontière moins surveillée.
Le partage de la valeur ne dépend donc pas de la géologie, mais des institutions : publier les titres, les contrats et les bénéficiaires effectifs, auditer les revenus, rendre visible dans les écoles et les routes la part qui revient aux communautés minières — souvent les premières déplacées et les dernières consultées. Félix Tshisekedi l’a résumé : les ressources naturelles peuvent fonder une prospérité partagée ou nourrir la prédation, selon la manière dont elles sont gouvernées. La formule vaut d’abord pour les États producteurs eux-mêmes. Le débat du 22 juillet aura eu le mérite de placer la question au bon niveau. Il reste à savoir si l’année qui vient produira un instrument, ou seulement un compte rendu de séance.
Sources : Conseil de sécurité des Nations unies, débat public du 22 juillet 2026 sous présidence de la RDC ; ONU Info ; Panapress ; Organisation mondiale du commerce ; Banque africaine de développement ; présidence de la République démocratique du Congo.






