La Société de presse et d’éditions du Cameroun (Sopecam) a bouclé 2025 sur un bénéfice net de 531,1 millions de FCFA, après une perte de 361 millions en 2024, avec un chiffre d’affaires en hausse de près de 70 %. Mais l’éditeur de Cameroon Tribune termine l’année avec 13,59 milliards de FCFA de créances clients — 1,72 fois son chiffre d’affaires annuel — et près de 11 milliards de dettes courantes. Le redressement est réel ; la trésorerie, elle, ne suit pas.
Un retournement opérationnel incontestable
Il faut d’abord reconnaître ce qui a changé. Sous la direction de Marie-Claire Nnana, l’excédent brut d’exploitation passe d’un déficit de 173 millions de FCFA à un excédent de 1,59 milliard ; le résultat d’exploitation bascule de −242,7 millions à +719,9 millions ; le résultat net s’améliore de près de 892 millions en douze mois. Le chiffre d’affaires bondit de 4,64 à 7,89 milliards. Pour une entreprise publique de presse dans un marché publicitaire contraint, la performance mérite d’être notée sans ironie — d’autant que la Sopecam a assuré l’impression et la couverture des élections de 2025.
Encaisser ce qui est facturé
L’écart entre facturation et encaissement est le cœur du problème. Les créances clients — prestations facturées mais non payées au 31 décembre — sont passées de 11,35 à 13,59 milliards de FCFA en un an (+19,7 %). Ces impayés représentent 1,72 fois le chiffre d’affaires annuel : en délais de recouvrement, plus de vingt mois de production non encaissée. Face à cela, des dettes courantes de près de 11 milliards — dont 8,09 milliards dus aux fournisseurs, 988,8 millions à la Caisse nationale de prévoyance sociale et 1,04 milliard au fisc. La trésorerie nette s’est dégradée, de −44,5 millions en 2024 à −492,6 millions en 2025. La société vend davantage et affiche un bénéfice, mais dispose de moins d’argent pour payer ceux qui la font fonctionner : rentable sur le papier, sous tension sur la trésorerie.
Qui doit réellement les 13,59 milliards ?
C’est la question centrale, et les comptes publiés n’y répondent pas : ni liste des principaux débiteurs, ni ancienneté des créances, ni part imputable aux administrations, aux entreprises publiques ou aux annonceurs privés. Éditrice du quotidien gouvernemental et prestataire d’insertions légales et de travaux officiels, la Sopecam travaille nécessairement avec des clients publics — ce qui ne permet pas d’affirmer qu’ils concentrent les 13,59 milliards, mais impose une ventilation. Or c’est précisément là que se loge un problème camerounais du moment : la dette flottante de l’État — factures dues aux fournisseurs et non réglées — était évaluée à environ 1,8 milliard de dollars au premier trimestre 2026. Si cette lecture est la bonne — elle demande vérification —, la Sopecam ne serait pas mal gérée : elle serait une créancière de plus dans une chaîne d’impayés publics. L’absence de toute dépréciation des créances, alors qu’elles dépassent largement les ventes, renforce le doute : l’entreprise considère que la totalité peut encore être encaissée.
Un cas d’école pour le portefeuille public
L’intérêt du dossier dépasse le sort d’une entreprise de presse : il illustre un mécanisme qui traverse les entreprises publiques camerounaises — des comptes qui s’améliorent parce que l’activité redémarre, mais un bilan qui se dégrade parce que l’État et ses démembrements paient tard, ou ne paient pas. Trois conséquences : les entreprises publiques deviennent des financeurs involontaires du Trésor ; leur accès au crédit se renchérit, faute de trésorerie lisible ; et l’ardoise finit par se retourner contre l’État actionnaire, sous forme de recapitalisations. Le conseil d’administration, présidé par le ministre Joseph Le, devrait exiger un plan de recouvrement public — débiteurs identifiés, créances anciennes distinguées des récentes, échéances, encaissements trimestriels. La question à poser à la tutelle n’est donc pas de savoir si la Sopecam a bien travaillé en 2025 — les chiffres d’exploitation répondent oui — mais qui lui doit 13,59 milliards, et selon quel calendrier ces sommes seront réglées.
Sources : Investir au Cameroun (23 juillet 2026), à partir des états financiers 2025 de la Sopecam ; Cameroon Tribune (compte rendu du conseil d’administration, 1er juillet 2026) ; ministère camerounais des Finances. Le lien entre les créances de la Sopecam et la dette flottante de l’État est une hypothèse de la rédaction, cohérente mais non établie par les sources.








