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Opacité financière : l’Algérie en tête du classement 2026

Le siege de la Banque d'Algerie a Alger, pays en tete du classement africain de l'opacité financière 2026

L’opacité financière a désormais son classement de référence, et il dérange. Dans le Financial Secrecy Index (FSI) 2026 du Tax Justice Network, publié le 23 juin 2026, l’Algérie arrive en tête des pays africains les plus opaques — 31e rang mondial, score d’opacité de 74 sur 100 — devant l’Égypte (32e) et le Nigeria (35e). Mais l’enseignement principal de l’indice est ailleurs : les grands facilitateurs mondiaux du secret financier ne sont pas africains.

Comment fonctionne l’indice

La méthodologie distingue le FSI des listes noires de l’Union européenne ou de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Le Tax Justice Network (TJN) évalue 141 juridictions et combine deux critères objectifs. D’abord un « score d’opacité » (0 à 100), qui mesure la marge laissée au secret par les lois d’un pays — secret bancaire, visas dorés, transparence de la propriété effective des sociétés — à partir de vingt indicateurs. Ensuite un « poids mondial », soit le volume de services financiers fournis aux non-résidents, fondé sur les données du Fonds monétaire international. Les deux facteurs sont combinés pour produire la valeur qui détermine le classement.

Le classement mondial, révélateur d’une hypocrisie

C’est cette pondération par le volume qui change tout. En tête de l’indice 2026 figurent les États-Unis, suivis de la Suisse, de Singapour, de Hong Kong et des Émirats arabes unis ; un nouveau sous-indice immobilier place le Royaume-Uni en 8e position, ses trusts offshore permettant d’acquérir des biens à Londres en toute opacité. Autrement dit, les juridictions qui organisent réellement la dissimulation des flux financiers mondiaux sont des économies avancées, pas les nations africaines régulièrement épinglées par les listes politiques.

Le directeur exécutif du TJN, Alex Cobham, y voit un « reputation washing » : l’OCDE imposerait ses normes de transparence à l’Afrique sans réciprocité. Un pays africain au secteur financier marginal peut être stigmatisé pour des insuffisances législatives, tandis qu’une grande place financière, dont les défaillances pèsent bien plus lourd, échappe au même traitement en raison de son poids diplomatique.

Opacité financière : ce que perd vraiment l’Afrique

L’enjeu n’est pas académique. Les flux financiers illicites ne disparaissent pas : ils transitent par les juridictions du haut du classement. L’opacité est donc, pour le continent, moins un problème de conformité interne qu’un problème de captation externe. Le combat africain à l’Organisation des Nations unies (ONU) pour une Convention-cadre sur la coopération fiscale internationale — dont la cinquième session de négociation se tient à New York du 3 au 13 août 2026 — vise précisément à déplacer la fabrique des normes vers une enceinte où le continent a voix au chapitre.

Les outils, eux, progressent. Selon le rapport « Transparence fiscale en Afrique 2026 » du Forum mondial et du Forum sur l’administration fiscale africaine, les pays du continent ont identifié 417 millions d’euros de recettes supplémentaires en 2025 grâce à l’échange d’informations, et 4,6 milliards depuis 2009. Mais un registre inutilisable ou une administration sous-dotée peuvent préserver l’apparence de la réforme tout en maintenant l’opacité réelle.

Ne pas s’exonérer pour autant

Le constat ne dispense pas les États africains de leurs propres chantiers. Registres de bénéficiaires effectifs incomplets, secret bancaire persistant, régimes de visas dorés et zones franches faiblement contrôlées restent des faiblesses documentées, et elles servent d’abord les élites locales qui exportent leurs capitaux. La bonne performance de l’Angola, distinguée comme championne africaine de la transparence, montre qu’un pays peut progresser vite lorsque la volonté politique existe.

La leçon du FSI 2026 est double : l’Afrique a des réformes à mener, mais elle ne réglera pas seule un problème dont l’épicentre est ailleurs. Reste une question de fond, adressée à Alger, au Caire et à Abuja comme à leurs partenaires : combien de temps un État acceptera-t-il de voir mal les fortunes qu’il devrait contrôler, alors qu’il connaît avec précision les citoyens auxquels il demande de payer ?

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