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Sahara : le Ghana rallie Rabat et signe 11 accords

Samuel Okudzeto Ablakwa, ministre ghaneen des Affaires etrangeres, artisan du rapprochement du Ghana avec Rabat sur le Sahara occidental

Réunis à Accra le 21 juillet 2026 pour la deuxième session de la Commission mixte de coopération Maroc-Ghana, le ministre ghanéen des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa et son homologue marocain Nasser Bourita ont signé un communiqué conjoint qui fait basculer un pays de plus dans le camp de Rabat : sur le Sahara occidental, le Ghana considère désormais le plan d’autonomie marocain comme « la seule base réaliste et durable » d’un règlement. La formule s’accompagne de onze accords bilatéraux — un échange politique assumé.

Un ralliement inscrit dans onze accords

La déclaration n’est pas une sortie isolée. Elle figure dans le document sanctionnant la Commission mixte, co-présidée par les deux chefs de la diplomatie. Accra y salue aussi la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), adoptée le 31 octobre 2025, qui demande de négocier « sur la base » de la proposition marocaine formulée en 2007.

Ce qui distingue la séquence de juillet 2026, c’est son emballage. Le soutien diplomatique est cette fois adossé à onze accords couvrant les services aériens, les douanes, l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, les mines, la formation professionnelle, les bourses et le sport. Le président John Dramani Mahama a transmis ses salutations au roi Mohammed VI et réclamé des feuilles de route concrètes sur l’énergie solaire, le gazoduc Nigeria-Maroc et la production pharmaceutique. Le message d’Accra est double : sur le Sahara, le Ghana se rapproche de Rabat ; sur le reste, il attend des projets exécutés, pas une pile de protocoles.

Sahara occidental : pourquoi le choix du Ghana pèse

Le ralliement d’un poids lourd n’a pas la portée de celui d’un petit État. Deuxième économie anglophone d’Afrique de l’Ouest, membre influent de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), hôte du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et héritier d’une tradition panafricaniste longtemps proche des non-alignés sur ce dossier, le Ghana compte dans les équilibres régionaux et au sein de l’Union africaine — où la République arabe sahraouie démocratique siège toujours.

Ce que documente la séquence, c’est une méthode. Depuis une décennie, le Maroc adosse sa diplomatie du Sahara à une offre économique tangible — investissements bancaires, engrais de l’Office chérifien des phosphates (OCP), formation, connectivité aérienne, consulats ouverts à Laâyoune et Dakhla — plutôt qu’à un plaidoyer strictement juridique. Le résultat est mesurable : le Bénin a réaffirmé sa position quelques jours plus tôt, le Mali a basculé en avril 2026. Pour un pays confronté à des tensions de financement, l’alignement diplomatique devient une variable de politique économique.

Ce que dit — et ne dit pas — la résolution 2797

La prudence reste de mise. La résolution 2797 est une avancée pour Rabat, mais elle ne reconnaît pas la souveraineté marocaine sur le territoire. Le Conseil de sécurité écrit que l’autonomie « pourrait constituer la solution la plus réalisable » tout en maintenant l’exigence d’une solution « mutuellement acceptable » garantissant l’autodétermination du peuple sahraoui.

Cette double formulation nourrit une bataille d’interprétation. Le Maroc souligne que son plan est placé au centre du processus. Le Front Polisario répond que le droit à l’autodétermination reste inscrit dans le texte et refuse d’y participer. L’Algérie, qui n’a pas pris part au vote, affirme elle aussi que la résolution ne prédétermine pas l’issue. Le Ghana choisit donc la méthode — l’autonomie comme cadre — sans pouvoir décréter le résultat, et devra assumer cette contradiction dans les enceintes africaines où siège encore l’entité que Rabat conteste.

Les Sahraouis, grands absents de l’échange

La dimension la plus révélatrice du communiqué tient à ce qu’il ne montre pas. Les gouvernements parlent de stabilité et d’intégration, mais les populations sahraouies restent hors de la scène où leur avenir se discute. Dans les camps proches de Tindouf, le Programme alimentaire mondial (PAM) assiste chaque mois plus de 133 000 personnes vulnérables ; plus de 80 % des réfugiés dépendent entièrement de l’aide pour se nourrir.

Cinquante ans après le départ de l’Espagne, l’accumulation des soutiens au plan marocain n’a produit ni compromis accepté par les représentants sahraouis, ni fin de la dépendance humanitaire. Pour le Ghana, la déclaration du 21 juillet 2026 est moins un geste symbolique qu’un pari : celui que le rapport de force international rende l’option marocaine plus crédible que ses alternatives. Sa réussite dépendra de deux preuves encore absentes — que les onze accords produisent des résultats pour les Ghanéens, et que le processus finisse par intégrer les Sahraouis autrement que comme l’objet silencieux d’un compromis négocié entre États.

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