Attendu depuis quarante ans, le premier grand barrage hydroélectrique du Bénin franchit enfin un cap décisif. Le 17 juillet 2026 à Cotonou, le gouvernement béninois et la Banque mondiale ont signé un financement de 150 millions de dollars pour la première phase du barrage multifonctions de Dogo-Bis, sur le fleuve Ouémé. Ce montant s’inscrit dans une enveloppe de 320 millions de dollars et le lancement, le même jour, du premier cadre de partenariat décennal entre les deux parties.
Quarante ans d’attente
L’anecdote résume l’histoire du projet. « Ce projet est dans notre portefeuille depuis quarante ans. Quand j’ai commencé à travailler pour le gouvernement, il existait déjà », a confié le ministre de l’Économie et des Finances Aristide Médénou, ajoutant y avoir lui-même travaillé « il y a environ quinze ans ». Conçu de longue date mais jamais financé faute de bouclage, Dogo-Bis illustre le temps long des grandes infrastructures africaines, où un ouvrage peut traverser plusieurs générations de fonctionnaires avant de voir le jour. Le financement de 150 millions de dollars (environ 87,5 milliards de FCFA) couvre la phase 1, préparatoire, dans le cadre d’une enveloppe globale estimée à 580 millions pour l’ensemble du projet.
Un ouvrage multifonctions sur l’Ouémé
Dogo-Bis n’est pas qu’un barrage électrique. D’une capacité prévue de 128 mégawatts d’énergie renouvelable, l’ouvrage combine plusieurs fonctions : production hydroélectrique, irrigation de 17 500 hectares de terres agricoles, réduction de 40 % des risques d’inondation dans la vallée de l’Ouémé, et restauration de 14 000 hectares de forêt. Cette polyvalence en fait un projet structurant pour un pays où le déficit énergétique reste un frein à la compétitivité, et où l’agriculture concentre, selon le gouvernement, près de 70 % des personnes pauvres — jusqu’à 80 ou 90 % dans certaines communes. En dynamisant la vallée de l’Ouémé par l’énergie, l’eau et l’irrigation, l’infrastructure vise autant la transformation agricole que la production électrique.
Le second volet : nourrir le Bénin
L’enveloppe de 320 millions de dollars comprend un deuxième financement de 170 millions consacré au programme ALAFIA I, « Nourrir le Bénin pour l’avenir ». Ce volet cible le développement du capital humain : améliorer l’accès des populations, en particulier des femmes et des enfants, à des services intégrés de nutrition, de santé et de développement de la petite enfance. La combinaison des deux projets — infrastructure productive d’un côté, capital humain de l’autre — traduit une stratégie affichée d’investir simultanément dans les deux moteurs de la transformation économique.
Un partenariat décennal sur fond de croissance forte
La signature s’accompagne du premier cadre de partenariat pays conclu sur dix ans entre le Bénin et la Banque mondiale, signe d’une relation approfondie. Le contexte macroéconomique est porteur : entre 2021 et 2025, le pays a enregistré une croissance annuelle moyenne de 6,9 %, avec un pic historique de 8,1 % en 2025, tandis que l’extrême pauvreté reculait de 26,4 % à 20,5 % de la population. Le Bénin a franchi le seuil des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure en 2020. Le défi majeur demeure la création d’emplois formels, insuffisante malgré la vigueur de la croissance — c’est précisément l’ambition affichée par les autorités à travers ces investissements. Reste que, pour Dogo-Bis, l’histoire recommande la prudence : quarante ans de « portefeuille » rappellent que le financement d’une phase préparatoire n’est pas encore un barrage en fonctionnement.
Sources : Agence Ecofin (18 juillet 2026), Banque mondiale, allAfrica (3 juillet 2026), Afrique sur 7 (18 juillet 2026), Baatonu Infos, La Météo Bénin.