L’encours de la dette publique gabonaise a atteint 8 780,337 milliards de FCFA (environ 15 milliards de dollars) à fin décembre 2025, selon le bulletin statistique de la Direction générale de la Dette. En un an, l’ardoise s’est alourdie de 1 647 milliards de FCFA, soit une hausse de 23 %. Un niveau inédit qui rapproche Libreville du seuil communautaire de 70 % du PIB fixé par la CEMAC, et place la soutenabilité des finances publiques au centre du débat national.
Une dette portée par le marché régional
La structure de cet endettement révèle un basculement stratégique. La progression ne provient pas de la dette extérieure — qui recule même légèrement, à 4 127,620 milliards de FCFA (-0,98 %) —, mais de la dette intérieure, qui concentre l’intégralité de la dynamique haussière avec un bond de 57 % sur un an, à 4 652,718 milliards de FCFA. Dans le détail, le Trésor gabonais a massivement substitué l’émission de titres publics sur le marché régional de la BEAC (qui passe de 480 à 1 283 milliards, +167 %) aux tirages sur prêts-programmes classiques (qui s’effondrent de 830 à 36 milliards, -96 %). Autrement dit, Libreville se finance désormais auprès des investisseurs de la sous-région plutôt qu’auprès des bailleurs traditionnels.
Le tournant d’une réputation de prudence
Le symbole est fort pour un pays qui avait bâti dans les années 2000 sa réputation sur une gestion prudente de ses ratios macroéconomiques. Cinquième économie de la CEMAC, le Gabon voit aujourd’hui son ratio dette/PIB se rapprocher du plafond communautaire de 70 %, sur fond de tensions de trésorerie récurrentes. Le service de la dette avait déjà explosé au premier trimestre 2025, absorbant une part croissante de recettes publiques encore largement dépendantes du pétrole. Une part de cette hausse s’explique aussi par la validation, via une Task-Force dédiée, des dettes moratoires — arriérés désormais pris en charge par la DGD, portant ce compartiment à 758,681 milliards de FCFA.
Le mur des eurobonds
L’inquiétude porte sur les échéances à venir. Le Gabon doit honorer plusieurs remboursements d’eurobonds dans les prochaines années, dont un titre libellé en dollars arrivant à maturité, et dont le refinancement se pose déjà comme un défi majeur. Libreville a testé le marché international en 2024 avec une opération de gestion de passif partiellement adossée à un mécanisme de conversion dette-nature, sans résoudre l’équation de fond. La crédibilité retrouvée auprès des investisseurs suppose désormais une visibilité sur la loi de finances et une reprise du dialogue formel avec le FMI — deux chantiers que les autorités de la transition, sous la présidence de Brice Oligui Nguema, doivent mener de front.
Une soutenabilité suspendue au pétrole
La capacité du Gabon à absorber ce fardeau dépend étroitement de ses secteurs exportateurs, au premier rang desquels le pétrole, pilier des recettes budgétaires. Or la production oscille autour de niveaux qui ne garantissent pas une hausse mécanique des ressources. Le pivot vers le financement régional présente en outre un risque : les maturités du marché BEAC sont généralement plus courtes que celles des prêts multilatéraux, ce qui pourrait concentrer les remboursements sur un horizon rapproché et recréer un effet de mur. La question posée par ce record de 15 milliards de dollars n’est donc pas seulement celle du montant, mais celle du calendrier : le Gabon a gagné du temps en se tournant vers ses voisins, mais il devra prouver que sa croissance et ses recettes suivront le rythme de ses échéances.
Sources : Direction générale de la Dette du Gabon via Financial Afrik et Sika Finance (17-18 juillet 2026), Africtelegraph (18 juillet 2026), Infos Gabon (18 juillet 2026), L’Union.








