La Banque africaine de développement (BAD) sort renforcée de ses Assemblées annuelles 2026.
Réunis à Brazzaville du 25 au 29 mai, plus de 4 000 participants issus de 81 pays ont validé la nouvelle feuille de route stratégique portée par le président du Groupe, le Dr Sidi Ould Tah.
Cette première grande séquence politique intervient dans un contexte international tendu. Les tensions géopolitiques se multiplient. Les financements concessionnels ralentissent. Dans le même temps, l’Afrique doit mobiliser davantage de ressources propres pour financer son développement.
Les gouverneurs ont ainsi apporté un soutien unanime à la vision des « Quatre Points Cardinaux ». Cette stratégie vise à renforcer les systèmes financiers africains, accélérer l’investissement productif et rendre la BAD plus agile.
Au-delà des annonces institutionnelles, cette édition 2026 a également été marquée par des chiffres record. Plus de 11 milliards de dollars de financements ont été approuvés en 2025. La Banque a également atteint un niveau historique de décaissements.
Derrière ces résultats se cache une question centrale : comment permettre à l’Afrique de financer davantage son développement grâce à ses propres capitaux ?
📊 BAD 2026 en chiffres
- 11 milliards $ de financements approuvés
- 7,1 milliards $ de décaissements
- 200 projets soutenus
- 50 pays bénéficiaires
- 4 000 participants issus de 81 pays représentés
- 400 milliards $ de déficit annuel de financement
La BAD atteint un niveau record avec 11 milliards de dollars de financements approuvés
Les résultats présentés à Brazzaville témoignent d’une activité soutenue en 2025.
La BAD a approuvé plus de 11 milliards de dollars de financements. Parallèlement, elle a atteint un montant record de 7,1 milliards de dollars de décaissements. Au total, près de 200 projets ont été financés dans 50 pays africains.
Ces investissements ont produit des effets concrets. Ainsi, 1,5 million de personnes ont obtenu un accès à l’électricité. De plus, 6,9 millions d’agriculteurs ont adopté des technologies résilientes face au changement climatique. Enfin, 8,1 millions de personnes bénéficient désormais d’un meilleur accès aux infrastructures de transport.
Ces performances interviennent alors que l’Afrique a enregistré une croissance moyenne de 4,2 % en 2025. Plusieurs économies du continent figurent ainsi parmi les plus dynamiques du monde.
Sidi Ould Tah obtient un soutien unanime pour sa stratégie des « Quatre Points Cardinaux »
Nommé à la présidence de la BAD le 1er septembre 2025, le Dr Sidi Ould Tah présentait à Brazzaville sa première grande vision stratégique.
Cette approche repose sur quatre priorités :
- mobiliser davantage de capitaux africains
- renforcer les systèmes financiers
- créer davantage d’opportunités pour les jeunes
- investir dans des infrastructures résilientes
La validation unanime de ce cadre constitue un signal politique fort. Elle donne au président de la BAD une légitimité importante pour engager les réformes qu’il souhaite conduire.
Par ailleurs, le dirigeant mauritanien a réaffirmé son ambition de faire de la Banque une véritable « banque de solutions ». Son objectif est de rapprocher davantage l’institution des réalités du terrain.
Lors de la cérémonie de clôture, il a déclaré :
« Je vous ai écoutés, et je vous ai entendus. Nous avons enclenché une dynamique d’action, une dynamique de transformation, une dynamique d’intégration. »
De leur côté, les gouverneurs ont exprimé un soutien sans ambiguïté. Ludovic Ngatsé, ministre congolais de l’Économie et président des Conseils des gouverneurs, a évoqué un soutien « clair, franc et massif ».
Pourquoi l’Afrique doit mobiliser 400 milliards de dollars supplémentaires chaque année
La question du financement du développement a occupé une place centrale dans les débats.
Lors d’une table ronde de haut niveau modérée par Hassatou N’Sele, vice-présidente chargée des Finances de la BAD, les participants ont convergé vers un même constat. Le continent ne manque pas de ressources. En revanche, il peine encore à les mobiliser efficacement.
Aujourd’hui, le déficit annuel de financement du développement est estimé à 400 milliards de dollars.
Dans ce contexte, la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD) apparaît comme l’un des principaux outils de réforme.
Plusieurs priorités ont été identifiées :
- renforcer la stabilité macroéconomique
- développer les marchés obligataires en monnaie locale
- améliorer les cadres juridiques
- mobiliser davantage les fonds souverains et les fonds de pension africains
Pour Dieudonné Fikiri Alimasi, premier vice-gouverneur de la Banque centrale de la RDC :
« L’Afrique possède tous les atouts nécessaires pour transformer ses économies. »
Le même message a été porté par Nobumitsu Hayashi, gouverneur de la Japan Bank for International Cooperation.
« L’intégration financière régionale est le véritable moteur de la croissance économique durable. »
FAD-17, Fonds bleu et Plan Mattei : les principales annonces financières
Au-delà des débats stratégiques, plusieurs annonces majeures ont marqué cette édition.
Ainsi, l’Angola a annoncé une contribution de 6,5 millions d’euros à la 17e reconstitution du Fonds africain de développement (FAD-17).
Cette décision porte à 25 le nombre de pays africains engagés dans le processus. Le montant total des contributions dépasse désormais 190 millions de dollars.
Cette dynamique traduit une évolution importante. De plus en plus d’États africains participent au financement de leurs propres instruments de développement.
Par ailleurs, plus de 3 milliards de dollars d’engagements ont été mobilisés en faveur du Fonds bleu pour le Bassin du Congo.
L’Italie, les Émirats arabes unis et le Danemark ont également confirmé des contributions cumulées de 168 millions d’euros pour la Facilité de financement du Processus de Rome – Plan Mattei.
Cuisson propre : un million de foyers africains ciblés
Une autre annonce importante concerne le Programme de cuisson propre.
Doté d’une enveloppe initiale de 25 millions d’euros, ce programme vise à fournir des solutions de cuisson propre à près d’un million de ménages africains.
L’objectif est double. D’une part, améliorer les conditions sanitaires. D’autre part, réduire les émissions de carbone.
Selon les estimations présentées à Brazzaville, le programme pourrait éviter l’émission de cinq millions de tonnes de CO₂.
L’enjeu reste considérable. Aujourd’hui encore, près d’un milliard d’Africains n’ont pas accès à des solutions de cuisson propre.
Aviation, santé et libre circulation : les réformes structurelles à l’agenda
Les Assemblées annuelles ont également mis en lumière plusieurs projets structurants.
Deux initiatives ont particulièrement retenu l’attention :
- le Programme intégré de transformation de l’aviation en Afrique (IATP)
- la Facilité africaine pour les médicaments et équipements médicaux (AMEF)
Les chiffres soulignent l’ampleur des défis.
L’Afrique produit seulement 1 % des médicaments qu’elle consomme. Elle fabrique également moins de 1 % de ses vaccins.
Dans le secteur aérien, seulement 19 % des vols sont opérés par des compagnies africaines.
Pour répondre à cette situation, la BAD ambitionne de mobiliser 7 milliards de dollars sur cinq ans pour le programme IATP.
En complément, le Japon a annoncé une contribution de 10 millions de dollars destinée à la Facilité de partage du risque.
Enfin, le Nigeria est devenu le premier pays à signer le Pacte national de l’IATP.
La République du Congo supprimera les visas pour les Africains en 2027
L’une des annonces les plus symboliques de la semaine est venue du président congolais Denis Sassou N’Guesso.
À l’occasion de la Journée de l’Afrique, il a annoncé la suppression des visas pour tous les citoyens africains à compter du 1er janvier 2027.
Le président de la BAD a immédiatement salué une décision « courageuse et profondément panafricaine ».
Par ailleurs, les Assemblées se sont tenues dans un contexte sanitaire particulier. Une épidémie d’Ebola avait été signalée en RDC et en Ouganda quelques jours avant l’ouverture.
Toutefois, grâce à la coordination entre les autorités congolaises, l’OMS, les CDC Afrique et la BAD, l’événement a pu se dérouler normalement.
Brazzaville 2026 : vers une nouvelle architecture du développement africain
Les Assemblées annuelles 2026 auront marqué davantage qu’un simple rendez-vous institutionnel.
Elles consacrent une ambition nouvelle : permettre à l’Afrique de financer davantage son développement avec ses propres ressources.
Pour le Dr Sidi Ould Tah, cette première grande séquence stratégique constitue un succès politique important. Il dispose désormais d’un mandat clair pour conduire ses réformes.
Cependant, le véritable défi commence maintenant.
L’Afrique ne manque ni de ressources, ni d’épargne, ni d’opportunités. En revanche, elle doit encore transformer ces actifs en investissements productifs.
C’est sur cette capacité de transformation que seront jugées les ambitions affichées à Brazzaville. C’est également sur ce terrain que sera évaluée l’action de la BAD dans les années à venir.
Avec APO Group.








