L’agence justifie cette dégradation par une dette publique portée à 118 % du PIB en 2024 et des déficits budgétaires persistants, un niveau parmi les plus élevés du continent.
L’agence de notation américaine S&P Global Ratings a abaissé la note de crédit souveraine du Sénégal de « B » à « B- », assortie d’une perspective négative. Selon S&P, cette dégradation reflète la révision massive à la hausse de la dette publique, conjuguée à des déficits budgétaires persistants. L’agence estime désormais la dette à 118 % du PIB en 2024, l’un des taux les plus élevés en Afrique.
Le déclencheur de cette dégradation est un audit indépendant mené par le cabinet Mazars, intégré dans le budget rectificatif 2025. Il révèle l’existence de 8 300 milliards FCFA de dettes non enregistrées, majoritairement des crédits extérieurs, représentant à eux seuls 41 % du PIB. Cette découverte amplifie une alerte déjà lancée par la Cour des comptes, qui avait noté des déficits budgétaires sous-estimés entre 2019 et 2023.

Des besoins de financement records en 2025 et 2026
Avec cette réévaluation, les besoins de financement brut pour 2025 s’élèvent désormais à 5 700 milliards FCFA, soit 26 % du PIB, un seuil exceptionnel, même comparé à la période covid. En 2026, le service de la dette grimperait à 8 800 milliards FCFA, en hausse de 33 %, avec une forte exposition à la dette extérieure.
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Le gouvernement sénégalais mise sur une croissance de 8 % en 2025, soutenue par le lancement de la production pétrolière (champ de Sangomar) et gazière (champ GTA). À cela s’ajoutent des mesures d’austérité censées stabiliser les comptes publics. Mais S&P reste plus prudente, anticipant un déficit budgétaire de 8,9 % du PIB, contre un objectif officiel de 7,8 %, sans même compter les arriérés dus au secteur privé (2 % du PIB).
Des réformes fiscales attendues
À moyen terme, le gouvernement prévoit une réforme du Code général des impôts en 2026, afin d’élargir l’assiette fiscale et limiter les exonérations. Toutefois, l’environnement politique fragile et la montée des tensions sociales liées aux restrictions budgétaires jettent un doute sur la mise en œuvre de cette réforme. Malgré ces tensions, l’ancrage régional du Sénégal dans l’UEMOA lui offre une certaine résilience. Les réserves de change logées à la BCEAO couvrent actuellement 5,6 mois d’importations, garantissant à court terme la capacité du pays à honorer ses dettes extérieures.
Lire : Sénégal : le PIB baisse de 1,2 % au premier trimestre 2025
En parallèle, les émissions de dette domestique restent dynamiques. 364 milliards FCFA ont été levés lors du dernier appel public à l’épargne en juillet, 400 milliards FCFA en avril via syndication et plus de 1 262 milliards FCFA sur le marché régional au premier semestre 2025, soit une hausse de 267 % par rapport à 2024.
Le Sénégal continue de mobiliser des fonds auprès de partenaires internationaux comme la Banque mondiale et la BADEA. Des discussions sont en cours avec le Fonds monétaire international pour un nouveau programme de soutien, bien que certains financements restent conditionnés à la signature de ce programme.








