L’uranium du Niger est tombé de 4 116 tonnes en 2015 à 962 tonnes en 2024, selon les données reprises par la World Nuclear Association, soit environ 1,6 % de la production minière mondiale. Nationalisation de la Somaïr, nouvelle société publique à Arlit, permis attribué pour In Azaoua, nouvelle convention pour Madaouela, mine de Dasa en chantier : après sa rupture avec le français Orano, Niamey réorganise toute sa filière et a annoncé fin septembre 2026 qu’il vendrait désormais lui-même sa production. Reste à relancer une production qui s’est effondrée.
Un demi-siècle avec Orano, puis la rupture
L’uranium nigérien est exploité depuis le début des années 1970, notamment par la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), à Arlit. Pendant cinquante ans, le groupe français Areva, devenu Orano, a dominé la filière ; le pays assurait encore 4,7 % de la production mondiale d’uranium naturel en 2021, selon l’agence d’approvisionnement d’Euratom. Tout a basculé après le coup d’État de juillet 2023. En juin 2024, les autorités ont retiré à Orano le permis d’exploitation d’Imouraren, l’un des plus grands gisements non exploités au monde. En décembre 2024, Orano a perdu le contrôle opérationnel de ses filiales nigériennes. En juin 2025, la Somaïr a été nationalisée, Niamey invoquant la gouvernance, le partage de la valeur et l’expiration de la convention minière fin 2023.
Le conflit est désormais juridique. Plusieurs arbitrages opposent l’État et Orano sur la nationalisation de la Somaïr, l’annulation du permis d’Imouraren, la gestion de la Cominak et la concession d’Arlit. En septembre 2025, un tribunal du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) avait ordonné au Niger de ne pas vendre l’uranium de la Somaïr ; fin novembre 2025, Orano a dénoncé comme illégal le départ d’une cargaison du site.
Uranium du Niger : à Arlit, l’État remplace l’ancienne structure
En mai 2026, le Conseil des ministres a approuvé la création de la Teloua Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO SA) en remplacement de la société nationalisée. En août, le permis d’Arlit lui a été transféré, et le 21 août le gouvernement a attribué à une société d’État un permis d’exploitation à grande échelle pour le gisement d’In Azaoua, dans la région d’Agadez, présenté comme un moyen d’assurer la continuité de la production. NotreAfrik avait détaillé ces deux permis réattribués à des sociétés nationales. Les informations publiques ne détaillent pas les volumes extraits ou vendus par l’opérateur d’État depuis la reprise : la Somaïr a enregistré une production inférieure de plus de 80 % à sa capacité nominale, selon une source unique et sans période précisée.
Madaouela : l’État passe de 10 à 40 %
Le permis de Madaouela, auparavant détenu par GoviEx Uranium, avait été retiré en 2024. Le 23 septembre 2026, le Niger a signé une nouvelle convention avec Madaouela Mining Company (MAMICO), liée à Atomic Eagle : l’État détiendra 40 % du projet contre 10 % auparavant, Atomic Eagle conservant 60 % et le contrôle opérationnel, selon l’Agence nigérienne de presse. La convention prévoit une redevance initiale de 10 millions de dollars, environ 6,6 milliards de francs CFA, des engagements de développement local et environ 1 000 emplois annoncés pour les jeunes Nigériens. Ce sont des objectifs, pas des emplois créés par une mine en production ; la convention Madaouela a aussi mis fin à l’arbitrage engagé par l’ancien détenteur.
Dasa, le relais de croissance encore à financer
Le principal relais est la mine de Dasa, au sud d’Arlit, portée par la Société minière de Dasa (Somida), qui associe l’État et le canadien Global Atomic. Présentée comme le gisement à plus forte teneur d’Afrique, elle doit entrer en production en 2026 ; en mai 2026, le président de Global Atomic indiquait que quelque 700 personnes travaillaient sur le site. Cette activité de développement ne signifie pas que la mine produit du minerai commercialisable : la société poursuit ses démarches de financement et a encore actualisé ses estimations de coûts en septembre. Le prêt de 414 millions de dollars de la DFC américaine n’était pas décaissé fin septembre.
Le chemin vers le « sommet »
Fin septembre 2026, le Niger a annoncé qu’il commercialiserait lui-même son uranium, mettant fin à la dépendance à un client unique. Les sanctions, l’enclavement, la fermeture des routes d’exportation et les litiges avec Orano compliquent l’accès aux marchés. Le contexte joue en revanche pour Niamey : la demande des réacteurs civils est proche de la production minière mondiale, et les prix sont revenus à des niveaux inédits depuis la fin des années 2000.
Le retour au sommet évoqué par l’Agence Ecofin reste donc conditionnel. Le Niger a réattribué des permis et redessiné les partenariats ; l’augmentation de la production dépendra de la mise en service effective des installations, des investissements et de la stabilité des opérations. Le prochain indicateur à suivre sera la production réelle, mine par mine. Tant que volumes, ventes, calendriers de démarrage et financements ne sont pas publiés régulièrement, la relance demeure une ambition appuyée par des accords récents, plutôt qu’un retour acquis.








