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Uranium de Dasa : 2 000 km de Sahara pour le prêt de la DFC

Route transsaharienne entre In Salah et Tamanrasset, seul débouché possible pour l'uranium de Dasa

Le prêt américain de 414,2 millions de dollars approuvé le 16 septembre 2026 pour la mine d’uranium de Dasa, au nord du Niger, tient à une condition que l’entreprise ne maîtrise pas : identifier une route d’exportation viable et sécurisée. Le corridor historique — quelque 1 600 kilomètres jusqu’au port de Cotonou — est fermé depuis 2023. Il ne reste que le nord : la route transsaharienne vers Tamanrasset, puis les ports algériens de la Méditerranée. Environ 2 000 kilomètres de désert, dans un pays qui n’a jamais servi de voie de transit pour de l’uranium.

Le problème : sortir du Niger

Le pays n’a pas de côte. Pendant un demi-siècle, l’uranium d’Arlit a rejoint la mer par la route de l’uranium : convois de camions vers Niamey, puis le Bénin jusqu’à Cotonou, puis bateau vers l’Europe.

Ce corridor est mort. La frontière béninoise est fermée depuis 2023 et les relations entre Niamey et Cotonou sont exécrables. Les alternatives par l’ouest — Burkina Faso, Togo — ou par le sud — Nigeria — traversent des zones de conflit ou des relations diplomatiques tendues.

C’est pourquoi l’agence américaine de financement du développement a fait de la route une condition suspensive, et pourquoi Global Atomic, dès son rapport du deuxième trimestre 2026, mentionnait « un nouveau corridor commercial entre la mine de Dasa et la Méditerranée, dans le cadre du rapprochement entre le Niger et l’Algérie ». Nous avons rendu compte de ce financement dans notre article du 24 septembre : 414,2 millions approuvés, zéro décaissé.

Les distances, et l’état des routes

Dasa se situe à environ 105 kilomètres au sud d’Arlit. La frontière algérienne est à moins de 300 kilomètres, Tamanrasset à environ 700, les ports d’Alger, d’Oran ou de Skikda à près de 2 000. La route transsaharienne est bitumée jusqu’à la frontière côté algérien ; le tronçon nigérien entre Assamaka et Arlit est en cours d’achèvement.

La presse algérienne rapporte qu’une entreprise canadienne juge « l’infrastructure actuelle suffisante » pour s’imposer comme alternative, sans citer de document. Nous n’avons pas trouvé ce document.

Un rapprochement algéro-nigérien récent et rapide

Les 15 et 16 février 2026, le général Abdourahamane Tiani effectuait à Alger sa première visite d’État, avec relance du projet de gazoduc transsaharien. Le 30 août, Alger annonçait la livraison d’avions de combat au Niger et un partenariat pétrolier. Le 4 septembre, Niamey remerciait « l’Algérie et la Russie » pour leur solidarité après la mutinerie d’août.

Côté infrastructures, un projet ferroviaire Alger-Tamanrasset est à l’étude, avec des budgets d’expropriation déjà inscrits dans plusieurs wilayas du sud, pour « prolonger la connexion vers le Niger ». Un accord de coopération portant sur un corridor commercial aurait été signé, selon une source citant Global Atomic — nous n’en avons trouvé ni le texte, ni la date, ni les signataires, et nous ne le tenons donc pas pour acquis.

Pour Alger, l’enjeu dépasse l’uranium. C’est le pari d’une Algérie porte maritime du Sahel, en concurrence avec Lomé, Cotonou, Abidjan et Dakar, et le retour d’une influence régionale perdue ces dernières années.

Trois obstacles que les commentateurs lisent à l’envers

La presse algérienne les minimise, un institut marocain les surligne ; les deux lectures sont orientées, les faits sont communs.

La sécurité. Deux mille kilomètres de Sahara, dont le nord du Niger — région d’Agadez, trafics, groupes armés — et le sud algérien. Le concentré d’uranium n’est pas dangereux radiologiquement en soi, mais il est politiquement sensible, et chaque convoi devra être escorté.

La réglementation. Le transport de matières nucléaires exige des autorisations de transit, des assurances et un contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique. L’Algérie n’a jamais servi de pays de transit pour de l’uranium.

La géopolitique. Faire transiter par un partenaire militaire de Moscou de l’uranium financé par Washington, pour un client occidental, est une acrobatie. Un institut marocain la résume par une question — « l’Algérie au service de l’uranium américain ? » — quand les Algériens y voient de la souveraineté logistique. Le précédent souvent cité est celui du Kazakhstan, qui a dû construire un corridor transcaspien pour contourner la Russie.

Ce que Niamey y gagne, et ce qu’il ne maîtrise pas

Le régime nigérien joue un équilibre : uranium financé par les Américains, sécurité assurée par les Russes, exportation via les Algériens — et, en toile de fond, le contentieux avec son ancien partenaire français devant l’arbitrage international. La rupture avec Paris s’est traduite par le retrait d’un permis, une nationalisation et une recherche active de nouveaux acheteurs.

Le corridor saharien est la pièce qui manque, et c’est celle sur laquelle le Niger a le moins de prise, puisqu’elle dépend d’Alger. Le pays est déjà largement dépendant de partenaires extérieurs pour sa sécurité, 200 hommes de l’Africa Corps ayant repris la base 101, et ses relations avec Alger ne sont pas exemptes de heurts — trois gardes ont été tués début septembre.

Ce qu’il faudra voir

Un accord de transit signé et publié. Une première expédition test. L’état réel de la route entre Arlit et Assamaka. Et la position de l’agence américaine sur la « viabilité » d’un corridor de 2 000 kilomètres traversant un allié de la Russie.

Sans ces éléments, le prêt reste ce qu’il est depuis le 16 septembre : approuvé, pas décaissé. C’est une lecture de la rédaction.

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