Sahel : plus de 500 radios appellent à la protection des journalistes

Selon le bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières, ces professionnels de l’information font face à de graves violences, allant jusqu’aux assassinats et aux enlèvements.

En Afrique de l’Ouest, plus de 500 radios communautaires ont lancé à Bamako un appel à la protection des journalistes qui opèrent dans la région du Sahel. Selon le bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), ces professionnels de l’information sont victimes de violences graves, incluant assassinats et enlèvements. « Il est crucial que le Sahel ne devienne pas un trou noir de l’information », déclare Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique de RSF, l’organisation à l’origine de cette initiative.

Sadibou Marong

D’après l’organisation, ces radios connues sous le nom de « radios communautaires » jouent un rôle fondamental en diffusant des informations locales concernant la santé, l’éducation ou l’agriculture, souvent dans des langues locales. Dans des zones reculées, où l’accès à l’information est limité pour des raisons matérielles, sécuritaires ou politiques, ces stations sont essentielles. En effet, elles assurent une couverture locale grâce à des émissions de proximité à portée moyenne, ce qui en fait des relais cruciaux pour la population.

La mobilisation des journalistes de la zone

L’ONG a recueilli les signatures de 547 radios communautaires, qui appellent les autorités des pays sahéliens à agir. L’appel exige l’ouverture systématique d’enquêtes sur les assassinats de journalistes, des actions en faveur de la libération des journalistes enlevés, la reconstruction des radios détruites, ainsi que la formation des équipes aux mesures de sécurité. Enfin, RSF plaide pour la reconnaissance, par la Loi, de l’importance des radios communautaires.

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Dans un rapport publié en avril 2023, RSF alertait déjà sur la situation inquiétante des médias dans la région. Le Sahel est en train de devenir « la plus grande zone de non-information d’Afrique », selon l’ONG. Les journalistes y sont pris entre les violences perpétrées par les groupes armés et les restrictions imposées par les autorités, notamment à travers des suspensions de médias, des pressions et l’expulsion de correspondants étrangers.

Les menaces qui pèsent sur les journalistes

Les radios communautaires du Sahel fonctionnent dans un contexte dégradé, qui est marqué par la violence djihadiste et la présence de groupes armés au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Tchad. Les journalistes sur le terrain rapportent que des membres de ces groupes armés interviennent parfois directement dans leurs émissions, exigeant des modifications de contenu ou prenant même le contrôle de l’antenne. Selon Sadibou Marong, « au Tchad, des journalistes sont retrouvés et tués chez eux simplement pour avoir couvert des conflits entre agriculteurs et éleveurs ».

Lire : Sénégal : la presse signale la fermeture de médias sous pression des autorités
Publié le 7 août 2024

RSF déplore l’inaction des gouvernements face à ces violences. Depuis novembre 2023, deux journalistes de radios communautaires ont été assassinés, l’un au Mali et l’autre au Tchad, où Idriss Yaya, journaliste de la Radio communautaire de Mongo, a été tué avec sa femme et leur fils. RSF estime qu’au moins quatre autres journalistes ont été enlevés dans la région.

Notre Afrik avec AFP

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