Le Nigeria veut imposer 30 % de valeur ajoutée locale à ses matières premières avant toute exportation, et son Conseil de recherche et de développement des matières premières (RMRDC) promet plus de 1,2 million d’emplois qualifiés en cinq ans. La promesse a été formulée le 5 octobre 2026 à Abuja par le directeur général du RMRDC, le professeur Nnanyelugo Ike-Muonso, lors d’un point de presse en amont du deuxième Africa Raw Materials Summit (ARMS 2026), selon l’Agence de presse africaine (APA). Mais le texte n’est pas en vigueur : l’amendement attend encore l’assentiment du président.
Un projet de loi, pas encore une obligation
La mesure repose sur un amendement à la loi de 2022 sur le RMRDC, qui établirait un minimum légal de valeur ajoutée domestique sur les matières premières nigérianes avant leur exportation. Le Sénat avait présenté son adoption, en mai 2025, comme une étape audacieuse vers la transformation industrielle. Le 30 septembre 2026, le média du RMRDC indiquait que l’amendement avait franchi les étapes législatives et attendait l’assentiment présidentiel ; la fiche officielle du projet le présente comme « en cours ». Tant que la loi n’est pas promulguée et ses modalités précisées, les entreprises n’y sont pas soumises.
Une précision compte : le seuil porte sur la valeur ajoutée réalisée dans le pays, et ne signifie pas nécessairement que 30 % du volume de chaque cargaison devra être transformé. Le mode de calcul, les secteurs concernés, les dérogations et les sanctions ne sont pas détaillés dans la dépêche. Les 1,2 million d’emplois sont une projection du directeur général, dont la méthode n’est pas précisée.
Nigeria : une valeur ajoutée de 20 % contre 69 % en Afrique du Sud
Le constat de départ est sévère. Selon des données citées par la journaliste Juliet Onyema, la valeur ajoutée du Nigeria sur ses matières premières n’a atteint en moyenne que 20,43 % sur la dernière décennie, contre 69,4 % pour l’Afrique du Sud, 57,79 % pour l’Égypte et 89,93 % pour le Brésil. Le RMRDC défend une rupture avec le modèle « de la mine au port », dans lequel les ressources quittent le pays peu transformées tandis que les produits finis reviennent à un coût supérieur. Le Conseil avance que le Nigeria dispose de plus de 582,4 milliards de dollars de ressources naturelles non renouvelables documentées, une estimation dont la méthode n’est pas précisée. Devant l’Association des industriels du Nigeria, le 17 juin 2026 à Lagos, Nnanyelugo Ike-Muonso avait déjà appelé le pays et ses voisins à adopter ce seuil.
Une politique déjà amorcée dans les mines
Dès 2024, le ministère du Développement des minerais solides a annoncé qu’il n’accorderait plus de nouvelles licences minières qu’aux entreprises présentant un plan de transformation locale, avec l’objectif d’une contribution du secteur minier de 10 % au PIB en 2026. Le gouvernement mise aussi sur la filière coton-textile, avec un objectif d’environ 1,5 million d’emplois, alors que la production de coton est tombée à 10 000 tonnes contre 2,5 millions en 2001, selon les autorités. Le Nigeria n’est pas seul sur cette voie : le Zimbabwe et la Namibie ont interdit l’exportation de lithium brut, l’Indonésie a fait de même avec le nickel, et Madagascar a instauré un quota de transformation locale de ses minéraux.
Le test des infrastructures
Le projet suscite des réactions partagées. BusinessDay évoquait dès avril 2025 des analystes divisés entre coup de pouce économique et fardeau. Le risque principal est connu : imposer la transformation sans disposer de l’électricité, des infrastructures et des capacités industrielles nécessaires peut réduire les exportations plutôt que créer des usines. Lors d’un forum du RMRDC, un intervenant a rappelé que l’énergie représente environ 30 % des coûts de production des industriels nigérians. Le Conseil reconnaît lui-même des transports insuffisants entre zones de production et usines, un manque de chaîne du froid pour certains produits agricoles et des capacités limitées de test et de certification. Une règle de contenu local ne crée pas, à elle seule, les équipements, le savoir-faire, les financements ou les acheteurs ; le précédent des projets de minerais critiques financés par la DFC montre que la valeur peut repartir ailleurs.
Le sommet ARMS 2026, prévu les 19 et 20 octobre à Abuja sous le thème « Des matières premières africaines aux usines africaines », doit examiner les infrastructures, les chaînes de valeur régionales dans le cadre de la ZLECAf, l’économie circulaire et le financement. Les 1,2 million d’emplois donnent la mesure de l’ambition du RMRDC, pas encore celle d’un résultat. Le prochain indicateur sera moins le pourcentage inscrit dans la loi que sa définition opérationnelle : comment la valeur ajoutée sera mesurée, quelles filières seront concernées, quel calendrier sera retenu et quels investissements accompagneront l’obligation.